Contre toute attente, les prix des carburants enregistrent une baisse notable à Madagascar à compter du jeudi 5 mars 2026. L’annonce a été faite par l’Office malgache des hydrocarbures (OMH) dans un communiqué publié dans le cadre de l’application du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants. Selon les nouvelles grilles affichées à la pompe, les principaux produits pétroliers connaissent une diminution uniforme de 200 ariary par litre. Le super carburant (SP95) passe ainsi de 5 100 ariary à 4 900 ariary, le gasoil de 4 860 ariary à 4 660 ariary, tandis que le pétrole lampant recule de 3 710 ariary à 3 510 ariary. Une baisse qui tranche avec les anticipations de nombreux observateurs du secteur énergétique.
Car le contexte international semble plutôt annoncer l’inverse. Depuis plusieurs semaines, l’escalade des violences au Proche et au Moyen-Orient alimente les inquiétudes sur les marchés pétroliers. Les tensions impliquant notamment Israël, l’Iran et leurs alliés ravivent les craintes de perturbations dans l’approvisionnement mondial en brut. Les analystes surveillent particulièrement les routes maritimes stratégiques de la région, notamment le détroit d’Ormuz, par lequel transite une part considérable du pétrole exporté dans le monde. Dans un tel climat, plusieurs experts évoquent déjà la possibilité d’une flambée des cours si la situation venait à se détériorer davantage.
Dans ce contexte tendu, la décision annoncée dans la Grande île apparaît presque paradoxale. Alors que la plupart des pays importateurs redoutent une hausse des prix à la pompe dans les mois à venir, Madagascar enregistre au contraire une baisse immédiate. Une évolution qui a surpris les consommateurs comme les observateurs économiques, tant les marchés pétroliers restent sensibles aux moindres secousses géopolitiques.
Le ministère de l’Énergie et des Hydrocarbures ainsi que l’OMH avancent cependant plusieurs explications pour éclairer cette situation. Madagascar s’approvisionne principalement auprès du Sultanat d’Oman, et les cargaisons destinées au pays n’empruntent pas le détroit actuellement sous tension. Cette particularité logistique permet pour l’instant d’éviter les perturbations liées aux tensions géopolitiques qui affectent certaines routes maritimes du Golfe.
Les autorités rappellent également que l’approvisionnement pétrolier du pays repose sur une planification anticipée. Les commandes sont programmées plusieurs semaines à l’avance conformément aux contrats en vigueur.
Les cargaisons prévues pour ce mois de mars ont ainsi été sécurisées depuis près de deux mois, bien avant la montée des tensions observée récemment dans la région. Quant aux livraisons destinées au mois de mai, elles doivent être confirmées dans les délais habituels, soit entre 45 et 60 jours avant leur expédition.
Au-delà de ces dispositions contractuelles, les responsables indiquent aussi que des réserves stratégiques ont été constituées afin de prévenir toute rupture soudaine d’approvisionnement. Ce dispositif vise notamment à amortir d’éventuelles hausses sur les marchés internationaux et à garantir la continuité de l’approvisionnement local. Un enjeu crucial pour Madagascar, où certaines infrastructures énergétiques, notamment les centrales thermiques de la Jirama, fonctionnent encore largement au fuel lourd et au gasoil.
Pour l’heure, ces différents mécanismes permettent donc au pays de maintenir une relative stabilité, voire une baisse des prix à la pompe. Mais la prudence reste de mise. Si les tensions au Moyen-Orient venaient à s’intensifier et à affecter durablement les marchés pétroliers, l’impact pourrait se faire sentir lors des prochains ajustements. Dans ce contexte international incertain, la baisse observée aujourd’hui pourrait bien n’être qu’un répit temporaire, un calme avant la tempête.
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