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	<title>Madagascar-Tribune.com</title>
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	<description>L'actualit&#233; &#224; Madagascar. Informations politiques, &#233;conomiques, sociales, culturelles et sportives. Tourisme, m&#233;t&#233;o, guides pratiques, dossiers et reportages.</description>
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		<title>Madagascar-Tribune.com</title>
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		<title>Diaspora, du devoir au d&#233;sir</title>
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		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Convoqu&#233;e partout, la diaspora malagasy reste pens&#233;e comme une ressource &#224; capter : transferts, comp&#233;tences, investissements. Une question manque : pourquoi aurait-elle envie de le faire ? Une diaspora n'est pas h&#233;r&#233;ditaire ; elle se reconstruit &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, et l'envie ne se d&#233;cr&#232;te pas. &#192; la veille des Assises Nationales de la Diplomatie Malagasy, plaidoyer pour passer du devoir au d&#233;sir : donner aux nouvelles g&#233;n&#233;rations une bonne raison de rester dans la famille. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'invitation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo-22-81001.jpg?1789158196' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Convoqu&#233;e partout, la diaspora malagasy reste pens&#233;e comme une ressource &#224; capter : transferts, comp&#233;tences, investissements. Une question manque : pourquoi aurait-elle envie de le faire ? Une diaspora n'est pas h&#233;r&#233;ditaire ; elle se reconstruit &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, et l'envie ne se d&#233;cr&#232;te pas.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#192; la veille des Assises Nationales de la Diplomatie Malagasy, plaidoyer pour passer du devoir au d&#233;sir : donner aux nouvelles g&#233;n&#233;rations une bonne raison de rester dans la famille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20975 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH419/illustration_1-8-efad3.jpg?1789158196' width='500' height='419' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'invitation qui m'a &#233;t&#233; faite &#224; participer aux Assises Nationales de la Diplomatie Malagasy m'a remis devant un de ces sujets dont nous parlons beaucoup : la diaspora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la convoque partout : strat&#233;gies nationales, discours minist&#233;riels, colloques, ateliers, rapports de consultants et PowerPoint institutionnels o&#249; des fl&#232;ches relient Paris, Montr&#233;al, Bruxelles ou Washington &#224; Madagascar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les diapositives, tout circule : l'argent, les comp&#233;tences, les investissements, les r&#233;seaux, l'expertise. Il ne manque g&#233;n&#233;ralement que les gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car nous commen&#231;ons presque toujours par ce que la diaspora pourrait apporter. Combien transf&#232;re-t-elle ? Combien pourrait-elle investir ? Comment mobiliser ses comp&#233;tences, attirer ses entrepreneurs, faire revenir ses chercheurs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il en manque toujours une : pourquoi aurait-elle envie de le faire ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Nous sommes devenus de remarquables plombiers&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Lettre de Politique Nationale d'Engagement de la Diaspora, la LPNED, est int&#233;ressante. Inutile de lui faire un mauvais proc&#232;s. Elle reconna&#238;t la diaspora comme acteur du d&#233;veloppement et &#233;voque confiance, jeunesse, culture, mobilit&#233;, investissement, comp&#233;tences et participation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais sa logique reste classique : la diaspora poss&#232;de des ressources, organisons-nous donc pour mieux les mobiliser. Capital financier, &#233;conomique, technique, professionnel, culturel, politique : elle a manifestement beaucoup de capital. Nous voil&#224; rassur&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste &#224; trouver les bons robinets : faciliter transferts et investissements, am&#233;liorer les proc&#233;dures, identifier les comp&#233;tences, ouvrir des guichets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes devenus de remarquables plombiers de la diaspora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement voil&#224; : un tuyau, m&#234;me bien r&#233;glement&#233;, ne produit pas l'eau. Et nous r&#233;fl&#233;chissons beaucoup moins &#224; la source.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une diaspora n'est pas h&#233;r&#233;ditaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour celui qui a quitt&#233; Madagascar &#224; trente ans, l'appartenance n'est pas abstraite. Il reste la famille, la maison, le village, les mots, les souvenirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais son fils ? Sa petite-fille ? Le jeune n&#233; &#224; Lyon qui comprend vaguement le malgache ? La jeune ing&#233;nieure de Bruxelles dont Madagascar se r&#233;sume aux vacances et aux commentaires familiaux sur la politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons parfois comme si la diaspora se transmettait g&#233;n&#233;tiquement. Malheureusement, l'identit&#233; n'est pas un groupe sanguin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diaspora doit se reconstruire &#224; chaque g&#233;n&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus int&#233;ressant est que la LPNED conna&#238;t presque la r&#233;ponse. Dans sa d&#233;finition apparaissent trois notions essentielles : histoire, identit&#233;, exp&#233;rience partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais lorsque la LPNED devient op&#233;rationnelle, ces mots s'effacent derri&#232;re les instruments. On sait ce qui fabrique une diaspora. Puis on organise surtout ce qu'elle pourrait produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est comme conna&#238;tre les conditions pour faire pousser un arbre et consacrer ensuite la politique agricole &#224; compter les fruits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le retour aux sources est une curieuse id&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La LPNED parle de langue, de culture, de jeunesse, de &#171; retour aux sources &#187;. Fort bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette expression suppose qu'une identit&#233; malgache attend le jeune diasporique, rang&#233;e dans une armoire entre un lamba et quelques photos s&#233;pia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune Franco-Malgache n'est pas un Malgache momentan&#233;ment &#233;gar&#233; en France. Il est aussi fran&#231;ais. Cette pluralit&#233; constitue pr&#233;cis&#233;ment la richesse d'une diaspora.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son identit&#233; n'est pas &#224; restaurer. Elle est &#224; construire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut donc pas seulement emp&#234;cher qu'il &#171; perde &#187; Madagascar, mais faire en sorte que le pays soit assez vivant et familier pour qu'il veuille le garder.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et l'Histoire, dans tout cela ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On parle volontiers de culture, de langue, de musique, de gastronomie. Mais que transmettons-nous de notre histoire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que conna&#238;t un jeune diasporique des royaumes, des r&#233;sistances, de la colonisation, de 1947, de l'ind&#233;pendance, des choix politiques, des r&#233;ussites et des impasses ? Que sait-il de ceux qui ont pens&#233;, combattu, enseign&#233;, cr&#233;&#233;, soign&#233;, entrepris ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On appartient pourtant difficilement &#224; une histoire dont on ne conna&#238;t aucun personnage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de fabriquer un roman national bien repass&#233; o&#249; tous auraient &#233;t&#233; h&#233;ro&#239;ques depuis quatre si&#232;cles. Entre propagande patriotique et amn&#233;sie, une place existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons besoin de h&#233;ros. M&#234;me imparfaits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot provoque chez l'intellectuel correctement form&#233; une crispation. Il imagine statues, hymnes, moustaches militaires et quelques d&#233;tournements commis au nom de la Patrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut simplement des figures montrant ce qu'un Malgache a pu faire : chercheur, &#233;crivain, m&#233;decin, entrepreneur, artiste, enseignant, sportif, inventeur, responsable associatif, b&#226;tisseur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des femmes et des hommes qui disent : &#171; Quelqu'un issu de cette histoire a essay&#233;. &#192; toi de voir ce que tu peux en faire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une nation transmet aussi r&#233;cits, blessures, victoires, contradictions. C'est ainsi que l'on fabrique une m&#233;moire habitable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du devoir au d&#233;sir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le discours adress&#233; aux diasporas repose encore sur une vieille m&#233;canique morale : vous &#234;tes partis, vous avez &#233;tudi&#233;, vous avez r&#233;ussi, vous devez maintenant rendre quelque chose au pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette injonction peut fonctionner avec la premi&#232;re g&#233;n&#233;ration. Deux g&#233;n&#233;rations plus tard, elle devient fragile : difficile de demander &#224; quelqu'un de rembourser une dette qu'il n'a jamais contract&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc passer du devoir au d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madagascar doit aussi leur apporter quelque chose : une exp&#233;rience, un r&#233;seau, une opportunit&#233;, un projet, une rencontre, une possibilit&#233; d'&#234;tre utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas du mat&#233;rialisme. C'est la base d'une relation &#233;quilibr&#233;e. Les histoires d'amour finissent mal, en g&#233;n&#233;ral, lorsqu'un seul des partenaires demande constamment de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il faut fabriquer des exp&#233;riences&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La LPNED pr&#233;voit mobilit&#233;, volontariat et &#233;changes de jeunes. C'est une piste majeure. Mais attention &#224; notre passion administrative pour les indicateurs : combien de jeunes, de missions, d'accords, de s&#233;jours ? Nous en ferons de beaux tableaux Excel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combien veulent revenir ? Combien ont gard&#233; leurs contacts ? Combien ont d&#233;couvert un domaine d'action &#224; Madagascar ? Combien ont cr&#233;&#233; un projet ? Combien int&#232;grent d&#233;sormais le pays dans leur horizon professionnel, culturel ou civique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un s&#233;jour de trois semaines o&#249; un jeune travaille avec des Malgaches de son &#226;ge sur un projet r&#233;el peut faire davantage pour l'engagement diasporique que vingt conf&#233;rences sur &#171; la mobilisation des comp&#233;tences de la diaspora &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Parce que l'appartenance ne se proclame pas. Elle s'exp&#233;rimente.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons quelques talents : dossier incomplet, tampon manquant, signature du monsieur absent, petits pouvoirs, susceptibilit&#233;s, m&#233;fiance envers celui qui revient de l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jeune qui agit et voit un r&#233;sultat reviendra probablement. Celui qui rencontre surtout bureaucratie et soup&#231;on apprendra quelque chose sur Madagascar, mais pas n&#233;cessairement ce que nous avions pr&#233;vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diaspora ne veut pas seulement &#234;tre utile&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle veut aussi &#234;tre reconnue. Pas uniquement lorsqu'on cherche un investisseur, qu'il faut financer une &#233;cole ou qu'un minist&#232;re souhaite un expert gratuitement mercredi prochain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle veut pouvoir r&#233;fl&#233;chir, proposer, construire, critiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui peut &#234;tre le signe qu'elle commence r&#233;ellement &#224; se sentir chez elle : l'appartenance familiale commence lorsque l'on vous reconna&#238;t enfin le droit d'&#234;tre p&#233;nible.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Peut-&#234;tre faut-il maintenant un acte II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas de jeter la LPNED aux orties. Ce serait facile et injuste. Elle a pos&#233; des bases. Elle a construit une infrastructure de mobilisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Assises Nationales de la Diplomatie Malagasy pourraient imaginer la suite : l'infrastructure de l'appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transmettre l'histoire. Faire conna&#238;tre les grandes figures malgaches. Faire vivre langue et culture contemporaine. Organiser des immersions. D&#233;velopper le mentorat. Relier les jeunes du pays et ceux de la diaspora. Construire des communaut&#233;s professionnelles transnationales. Favoriser les projets communs. Donner &#224; la diaspora une place r&#233;elle dans les politiques qui la concernent. Cesser de commencer par ce que nous voulons obtenir d'elle et commencer par ce que nous voulons construire avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de demander : &#171; Que peut apporter la diaspora &#224; Madagascar ? &#187;, demandons : &#171; Quel Madagascar voulons-nous transmettre &#224; nos enfants &lt;strong&gt;pour qu'ils aient envie d'en &#233;crire la suite ?&lt;/strong&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car avant de demander &#224; une diaspora son argent, ses comp&#233;tences, ses r&#233;seaux et ses investissements, il faudrait peut-&#234;tre lui offrir quelque chose de plus difficile &#224; produire : une histoire &#224; conna&#238;tre, des h&#233;ros &#224; discuter, une culture &#224; habiter, une place o&#249; agir et, &lt;strong&gt;surtout, une bonne raison d'avoir encore envie de rester dans la famille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - Septembre 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Rafetsy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le lieu o&#249; tenir &#8211; Chapitre 3. Le raccourci qui ne devrait pas exister</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Le-lieu-ou-tenir-Chapitre-3-Le-raccourci-qui-ne-devrait-pas-exister.html</link>
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		<dc:date>2026-09-08T05:17:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce travail de r&#233;flexion en quatre volets est n&#233; d'un basculement : le rapprochement acc&#233;l&#233;r&#233; de Madagascar avec la Russie &#8212; reconnaissance diplomatique, accords &#233;conomiques, formateurs militaires &#8212; pr&#233;sent&#233; comme un changement d'&#232;re. Beaucoup y lisent une rupture g&#233;opolitique. J'y ai vu autre chose : la r&#233;p&#233;tition d'un geste ancien, celui d'un pouvoir qui va chercher au-dehors la l&#233;gitimit&#233; et les moyens qu'il ne trouve plus au-dedans. C'est ce geste, davantage que le partenaire du moment, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo-21-136a0.jpg?1789158196' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce travail de r&#233;flexion en quatre volets est n&#233; d'un basculement : le rapprochement acc&#233;l&#233;r&#233; de Madagascar avec la Russie &#8212; reconnaissance diplomatique, accords &#233;conomiques, formateurs militaires &#8212; pr&#233;sent&#233; comme un changement d'&#232;re. Beaucoup y lisent une rupture g&#233;opolitique. J'y ai vu autre chose : la r&#233;p&#233;tition d'un geste ancien, celui d'un pouvoir qui va chercher au-dehors la l&#233;gitimit&#233; et les moyens qu'il ne trouve plus au-dedans. C'est ce geste, davantage que le partenaire du moment, que ce t&#233;traptyque entreprend d'interroger : d'o&#249; vient-il, que co&#251;te-t-il, comment en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier volet montrait comment la structure d'incitation du pouvoir r&#233;compense le survivant contre le b&#226;tisseur ; le deuxi&#232;me, que les visions n'ont jamais manqu&#233;, mais bien l'architecture &#8212; fiscale d'abord &#8212; capable de les faire survivre &#224; leur auteur. Ce troisi&#232;me volet offre une lecture d'autres racines du mal : l'extraversion, la bascule coloniale, et ce raccourci que les &#201;tats devenus autonomes, eux, n'ont jamais eu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madagascar n'a pas souffert d'avoir trop peu de ressources. Le pays a souffert d'avoir toujours trouv&#233;, dans les moments critiques, quelqu'un pour lui &#233;viter de construire les siennes.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;III. Le raccourci qui ne devrait pas exister&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_20970 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH282/illustration_1-7-92a88.jpg?1789158196' width='500' height='282' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pi&#232;ge du faux argument de la &#171; mentalit&#233; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; &#224; ce point de la d&#233;monstration, une tentation nous guette. Elle est ancienne, confortable et surtout tr&#232;s &#233;conomique en mati&#232;re grise : tout expliquer par la &#171; mentalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites malgaches auraient donc une mentalit&#233; du court terme. Elles manqueraient de responsabilit&#233;, de sens de l'&#201;tat, de vision. Il suffirait alors de dater l'apparition de cette &#233;trange disposition d'esprit et, hop, nous tiendrions l'explication&#8230; La mentalit&#233; a bon dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les m&#234;mes raisons que nous refusions, dans le volet pr&#233;c&#233;dent, de tout expliquer par la corruption, il faut r&#233;sister ici &#224; cette facilit&#233;. Invoquer une &#171; mentalit&#233; &#187; n'explique pas grand-chose. Cela d&#233;place simplement le probl&#232;me vers le terrain culturaliste, o&#249; chacun peut apporter son anecdote, son proverbe et son Malgache id&#233;al. La discussion est alors rapidement close, pr&#233;cis&#233;ment au moment o&#249; elle devrait commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le politiste Jean-Fran&#231;ois Bayart&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Afrique dans le monde : une histoire d'extraversion [article] (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; nous fournit un outil autrement plus exigeant : l'extraversion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'extraversion, mode d'emploi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; rebours des th&#233;ories de la d&#233;pendance qui d&#233;crivaient volontiers nos pays comme les victimes passives d'un syst&#232;me mondial, Bayart propose dans &lt;i&gt;L'&#201;tat en Afrique&lt;/i&gt; une autre grille de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lites africaines ne feraient pas que subir leur relation avec l'ext&#233;rieur. Elles sauraient aussi fort bien s'en servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissance internationale, aide &#233;conomique, financements, alliances politiques, appuis militaires : autant de ressources ext&#233;rieures susceptibles d'&#234;tre converties en pouvoir int&#233;rieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;pendance cesse alors d'&#234;tre seulement le joug infernal impos&#233; par des puissances &#233;trang&#232;res n&#233;cessairement avides et malveillantes. Elle peut &#233;galement devenir une strat&#233;gie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e, au fond, est assez simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un pouvoir peine &#224; obtenir de sa propre soci&#233;t&#233; l'autorit&#233;, les ressources ou l'adh&#233;sion dont il a besoin, il peut aller les chercher ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La reconnaissance d'une grande puissance, l'argent d'un bailleur, les armes d'un alli&#233; viennent alors remplacer ce que l'imp&#244;t, l'adh&#233;sion des citoyens ou des institutions solides ne fournissent pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'ext&#233;rieur devient la b&#233;quille du dedans.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et une b&#233;quille, chacun le sait, a ceci de pratique qu'elle permet de marcher sans avoir tout &#224; fait r&#233;par&#233; la jambe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pouvoir extraverti n'est donc pas n&#233;cessairement un pouvoir faible condamn&#233; &#224; subir. C'est aussi un pouvoir qui a d&#233;couvert qu'il pouvait &#234;tre plus commode de se financer, de se prot&#233;ger ou de se l&#233;gitimer ailleurs que chez lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette grille de lecture a un autre m&#233;rite : elle r&#233;siste aux datations trop faciles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car l'extraversion n'est pas n&#233;e avec la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radama Ier en offre m&#234;me, dans le Madagascar pr&#233;colonial, une illustration particuli&#232;rement aboutie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; son p&#232;re Andrianampoinimerina avait b&#226;ti l'essentiel de sa puissance sur des ressources int&#233;rieures &#8212; notamment ce fanompoana mobilis&#233; pour les rizi&#232;res que nous avons rencontr&#233; dans le volet pr&#233;c&#233;dent &#8212; Radama va chercher au-dehors une partie des moyens qui lui manquent pour dominer l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le trait&#233; de 1817 avec les Britanniques lui apporte trois ressources d&#233;cisives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une reconnaissance diplomatique : Londres le consacre &#171; roi de Madagascar &#187;, alors qu'il ne contr&#244;le encore gu&#232;re que l'Imerina.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, une compensation annuelle en armes, munitions et &#233;quipements en &#233;change de l'abandon de la traite des esclaves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, des instructeurs capables de former son arm&#233;e &#224; l'europ&#233;enne, bient&#244;t suivis par les missionnaires et leurs &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconnaissance, argent, armes, savoir-faire : le paquet est d&#233;j&#224; bien garni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est avec ces ressources venues de l'ext&#233;rieur que Radama conquiert l'essentiel de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sch&#233;ma extraverti para&#238;t donc complet : &lt;strong&gt;un appui ext&#233;rieur converti en domination int&#233;rieure.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une diff&#233;rence pr&#232;s&#8230;Et elle change beaucoup de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; Radama tient-il son droit de r&#233;gner ? Pas de Londres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa l&#233;gitimit&#233; vient du dedans : de la lign&#233;e d'Andrianampoinimerina, du caract&#232;re sacr&#233; attach&#233; &#224; la souverainet&#233;, des rituels qui relient le souverain &#224; ses anc&#234;tres, des kabary o&#249; le pouvoir se met en sc&#232;ne face au peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alliance britannique lui donne des moyens. Elle ne lui donne pas son tr&#244;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait le dire ainsi : &lt;strong&gt;qu'il perde Londres, il reste roi.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec la colonisation, entre 1896 et 1960, que le rapport se renverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement n'est pas l'apparition de l'extraversion. Celle-ci existait d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change, c'est la source m&#234;me du droit de commander.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouverneur g&#233;n&#233;ral tient d&#233;sormais son pouvoir de Paris. Il est nomm&#233; &#224; Paris. Il rend compte &#224; Paris&#8230; Le dehors ne fournit plus seulement les moyens du pouvoir : il fonde le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cette inversion survit largement &#224; l'ind&#233;pendance&#8230; Les chefs d'&#201;tat se font et se d&#233;font d&#233;sormais davantage dans la reconnaissance des chancelleries, la certification des bailleurs ou l'appui d'un protecteur que dans l'adh&#233;sion de leurs citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;S'il perd le dehors, il tombe.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; la question fondamentale &#8212; &lt;i&gt;&#224; qui le pouvoir doit-il des comptes ?&lt;/i&gt; &#8212; la r&#233;ponse a ainsi chang&#233; en 1896.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, pour l'essentiel, elle n'a jamais vraiment rechang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni 1960, ni 1972-1975 n'ont rompu le fil. L'ind&#233;pendance reconduit largement l'extraversion vers la France plut&#244;t qu'elle ne l'interrompt. Ratsiraka change de patron sans v&#233;ritablement changer de logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, &#224; chaque g&#233;n&#233;ration, le parrain change.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France hier&#8230; Les bailleurs multilat&#233;raux ensuite&#8230;La Russie demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Changer de parrain n'est pas n&#233;cessairement changer de famille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois pr&#233;cisions &#8212; et une r&#233;serve&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut toutefois &#233;viter de faire dire &#224; l'extraversion davantage qu'elle ne dit. Trois pr&#233;cisions et une r&#233;serve sont ici n&#233;cessaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un : les &#233;lites choisissent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'extraversion n'est pas seulement subie par des acteurs d&#233;munis, accul&#233;s par des forces qui les d&#233;passeraient enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dominants peuvent la choisir activement parce qu'elle sert leurs int&#233;r&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela interdit une repr&#233;sentation particuli&#232;rement commode de nos dirigeants successifs : celle de simples marionnettes dont les ficelles seraient toujours tir&#233;es depuis Paris, Washington, Moscou ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ficelles existent parfois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la marionnette peut aussi avoir lu le mode d'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deux : l'extraversion se joue sur plusieurs registres &#224; la fois.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle peut &#234;tre politique, par la reconnaissance diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Financi&#232;re, par l'aide et les pr&#234;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;conomique, par le commerce et l'investissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Culturelle, par la langue et la formation des &#233;lites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militaire, enfin, par les armes, les instructeurs et les dispositifs de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le partenariat russe qui se dessine actuellement active pr&#233;cis&#233;ment plusieurs de ces registres. Mais, sous cet angle, il ne constitue pas une invention particuli&#232;rement exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tutelle fran&#231;aise les mobilisait hier. L'&#232;re des bailleurs les a mobilis&#233;s ensuite. Le paquet change d'&#233;tiquette. Sa composition g&#233;n&#233;rale demeure famili&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui change davantage, c'est peut-&#234;tre &lt;strong&gt;le prix demand&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appui occidental se payait, au moins officiellement, en conditionnalit&#233;s, normes et r&#233;formes de gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appui russe se paie plut&#244;t en alignement g&#233;opolitique, avec beaucoup moins de curiosit&#233; pour la mani&#232;re dont le pouvoir traite ses propres citoyens&#8230; Et surtout, son destinataire semble moins &#234;tre l'&#201;tat dans la dur&#233;e que le r&#233;gime dans son besoin imm&#233;diat de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuance importante : aider un &#201;tat &#224; tenir n'est pas exactement la m&#234;me chose qu'aider ceux qui le dirigent &#224; rester assis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Trois : l'extraversion finit par pr&#233;senter la facture.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pouvoir qui construit sa l&#233;gitimit&#233; vers l'ext&#233;rieur plut&#244;t que dans sa relation avec sa population s'expose n&#233;cessairement &#224; un d&#233;ficit d'int&#233;gration sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement populaire d'octobre 2025 en a fourni une illustration spectaculaire : une jeunesse, la Gen Z, puis une partie du peuple finissent par se soulever contre un pouvoir qui avait cherch&#233; &#224; &#234;tre reconnu, certifi&#233; et fr&#233;quentable partout&#8230; sauf peut-&#234;tre aupr&#232;s d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste maintenant la r&#233;serve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; trop insister sur le choix des &#233;lites, nous risquerions de faire dispara&#238;tre une violence ext&#233;rieure qui, elle, est parfaitement r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dire que les dirigeants malgaches choisissent l'extraversion ne signifie pas qu'ils choisissent dans un monde neutre, autour d'une table o&#249; chacun disposerait des m&#234;mes cartes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces a &#233;t&#233; largement fa&#231;onn&#233; depuis l'ext&#233;rieur : colonial hier, financier aujourd'hui. Il faut donc tenir ensemble deux id&#233;es qui s'accommodent mal des slogans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'excuse g&#233;n&#233;rale par la structure&#8230; Mais pas davantage de proc&#232;s unilat&#233;ral faisant comme si les dirigeants avaient toujours dispos&#233; d'une souverainet&#233; intacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur marge de man&#339;uvre &#233;tait r&#233;elle&#8230; Elle &#233;tait aussi contrainte. Les programmes d'ajustement structurel l'ont suffisamment montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1897 : un dommage pr&#233;cis, pas une abstraction&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste une question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi cette bascule de 1896 &#8212; ce moment o&#249; la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir commence &#224; se r&#233;f&#233;rer davantage &#224; l'ext&#233;rieur &#8212; a-t-elle &#233;t&#233; si profonde et si durable &#224; Madagascar, alors que d'autres soci&#233;t&#233;s colonis&#233;es ont conserv&#233; davantage de leurs institutions ant&#233;rieures ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inutile, l&#224; encore, de convoquer quelque mal&#233;diction malgache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une partie de la r&#233;ponse tient &#224; la m&#233;thode coloniale elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'administration fran&#231;aise gouvernait directement. Elle rempla&#231;ait les institutions existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, l'&lt;i&gt;indirect rule&lt;/i&gt; britannique cherchait, avec toutes ses ambigu&#239;t&#233;s et toutes ses violences, &#224; gouverner par l'interm&#233;diaire des chefferies et des royaumes pr&#233;existants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Madagascar n'a donc pas seulement subi &#171; la colonisation fran&#231;aise &#187; comme une grande abstraction commode pour les dissertations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est produit quelque chose de beaucoup plus pr&#233;cis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1897, une institution pr&#233;coloniale centralis&#233;e, ancienne et sophistiqu&#233;e &#8212; le royaume merina &#8212; est purement et simplement supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment le genre de structure qu'un syst&#232;me d'administration indirecte aurait pu absorber, d&#233;tourner, contr&#244;ler peut-&#234;tre, mais conserver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dommage institutionnel malgache a donc une forme particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne suffit pas de dire : &lt;i&gt;nous avons &#233;t&#233; colonis&#233;s&lt;/i&gt;. Il faut encore regarder &lt;strong&gt;ce qui a &#233;t&#233; d&#233;truit, comment, et par quoi cela a &#233;t&#233; remplac&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment les autres ont fait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la question la plus instructive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment certains &#201;tats, ailleurs, ont-ils r&#233;ussi &#224; construire une autonomie que Madagascar n'a jamais v&#233;ritablement atteinte ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La sociologie historique de l'&#201;tat, qu'elle observe l'Europe moderne, l'Am&#233;rique latine ou le Japon, fait appara&#238;tre une variable int&#233;ressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est ni la culture&#8230; Ni la g&#233;ographie&#8230;Ni quelque myst&#233;rieux g&#233;nie national distribu&#233; avec parcimonie par l'Histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette variable tient plut&#244;t &#224; &lt;strong&gt;l'absence de raccourci ext&#233;rieur au moment pr&#233;cis o&#249; survient l'obligation de b&#226;tir&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Europe, Am&#233;rique latine, Japon : dans des circonstances &#233;videmment diff&#233;rentes, des &#201;tats se sont trouv&#233;s confront&#233;s &#224; une pression telle qu'ils ne pouvaient plus simplement demander &#224; quelqu'un d'autre de r&#233;gler le probl&#232;me &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pression peut &#234;tre une guerre&#8230; Une dette&#8230;Une menace existentielle&#8230;Le risque d'une mise sous tutelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, ce moment d&#233;sagr&#233;able o&#249; l'&#201;tat doit trouver beaucoup de ressources, tr&#232;s vite, sous peine de dispara&#238;tre ou de perdre son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le raccourci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment la solution ext&#233;rieure qui permet d'&#233;viter d'aller chercher ces ressources dans sa propre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un protecteur&#8230; Un pr&#234;teur&#8230; Une rente&#8230; Un soutien militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelqu'un qui, pour des raisons qui lui appartiennent, vient opportun&#233;ment remplacer l'effort int&#233;rieur devenu urgent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand ce raccourci existe, la tentation de le prendre est immense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi imposer, administrer, n&#233;gocier, convaincre, rendre des comptes &#8212; toutes activit&#233;s fatigantes et parfois &#233;lectoralement contrariantes &#8212; si un guichet ext&#233;rieur reste ouvert ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand le raccourci dispara&#238;t, il ne reste plus grand monde vers qui se tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon les siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut alors recenser, lever l'imp&#244;t, organiser&#8230; Et surtout : convaincre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puisqu'une soci&#233;t&#233; accepte rarement avec enthousiasme de donner davantage sans demander quelque chose en retour, il faut n&#233;gocier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que la contrainte devient politiquement f&#233;conde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car de cette n&#233;gociation forc&#233;e peuvent na&#238;tre une administration fiscale efficiente, des institutions v&#233;ritablement repr&#233;sentatives et cette architecture durable dont le volet pr&#233;c&#233;dent constatait pr&#233;cis&#233;ment l'absence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradoxe est rude : ce que l'on croyait &#234;tre un secours peut aussi devenir ce qui dispense de construire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le raccourci toujours pris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Madagascar, lui, n'a pas manqu&#233; de moments de pression : La dette coloniale&#8230; Les ajustements structurels des ann&#233;es 1980-1990&#8230; La crise sociale et &#233;nerg&#233;tique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque &#233;poque, la pression a chang&#233; de visage. Ce qui a manqu&#233;, peut-&#234;tre, c'est le mur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car chaque fois qu'il devenait indispensable de construire des ressources internes, un raccourci ext&#233;rieur restait disponible&#8230; Et chaque fois, ou presque, il a &#233;t&#233; pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce m&#234;me r&#233;flexe que l'on voit aujourd'hui se rejouer dans le rapprochement avec Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une conclusion apparemment logique &#8212; et franchement inqui&#233;tante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si le raccourci emp&#234;che de b&#226;tir, ne faudrait-il pas supprimer le raccourci ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fermer la porte ? Se couper du dehors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;er volontairement la contrainte qui obligerait enfin l'&#201;tat &#224; vivre de ses propres ressources ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autrement dit : puisque la b&#233;quille emp&#234;che la jambe de travailler, cassons la b&#233;quille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La proposition poss&#232;de une certaine coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle poss&#232;de &#233;galement quelques petits ant&#233;c&#233;dents historiques qui invitent &#224; ne pas se pr&#233;cipiter vers la menuiserie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Guin&#233;e de S&#233;kou Tour&#233; a montr&#233; ce que peut produire une rupture avec l'ext&#233;rieur lorsqu'aucune architecture int&#233;rieure solide ne vient prendre le relais : un &#201;tat qui collecte moins qu'&#224; l'&#233;poque coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, le Japon de Meiji, pourtant extr&#234;mement m&#233;fiant envers le cr&#233;dit &#233;tranger, &#233;tait tout sauf ferm&#233; au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il envoyait des missions d'&#233;tude, il recrutait des experts, il commer&#231;ait, il observait, il apprenait&#8230; Il refusait la b&#233;quille.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Il ne refusait pas l'&#233;change.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre l&#224; que l'histoire compar&#233;e nous livre son enseignement le plus int&#233;ressant &#8212; et le plus d&#233;rangeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut probablement un mur pour construire un &#201;tat&#8230; Mais pas n&#233;cessairement celui auquel on pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur utile n'est pas celui qui enferme une soci&#233;t&#233; derri&#232;re ses fronti&#232;res. Ce serait seulement transformer une d&#233;pendance en solitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur &#224; construire est celui qui emp&#234;che le pouvoir de disposer ind&#233;finiment de ressources ext&#233;rieures lui permettant de se dispenser de n&#233;gocier avec sa propre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; qui complique l&#233;g&#232;rement les slogans sur la souverainet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est tant mieux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question du quatri&#232;me et dernier volet ne sera donc pas de savoir si Moscou vaut mieux que Paris, si P&#233;kin serait plus g&#233;n&#233;reux que Bruxelles ou si le prochain protecteur aurait enfin la d&#233;licatesse de nous prot&#233;ger gratuitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les parrains gratuits sont une esp&#232;ce assez rare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question sera autrement difficile : &lt;strong&gt;quel sevrage &#8212; s&#233;lectif, impos&#233; par qui, tenu comment et &#224; quel co&#251;t &#8212; pourrait rendre un jour ce raccourci indisponible ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou, &#224; d&#233;faut, rendre enfin intenable le cercle qu'il perp&#233;tue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - Ao&#251;t 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'Afrique dans le monde : une histoire d'extraversion [article] Jean-Fran&#231;ois Bayart &#8211; &lt;a href=&#034;https://www.persee.fr/doc/criti_1290-7839_1999_num_5_1_1505&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.persee.fr/doc/criti_1290-7839_1999_num_5_1_1505&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#8211; ni pr&#233;lever, ni d&#233;penser, Diptyque sur le double effet ciseau de l'&#201;tat malgache</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/ni-prelever-ni-depenser-Diptyque-sur-le-double-effet-ciseau-de-l-Etat-malgache.html</link>
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		<dc:date>2026-08-31T05:30:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les chiffres de l'ex&#233;cution budg&#233;taire 2026 &#224;n Madagascar dessinent un paradoxe choquant qui devrait relever du scandale national : il y a de l'argent dans les caisses, des budgets vot&#233;s, des financements sign&#233;s &#8212; et ils ne sont pas d&#233;pens&#233;s. Deux milliards de dollars de financements ext&#233;rieurs non ex&#233;cut&#233;s, des minist&#232;res &#224; 2 ou 3 % d'engagement, une tr&#233;sorerie qui gonfle &#224; la Banque centrale pendant que les routes s'effondrent. Ce n'est pas une crise de financement : c'est une crise de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo_720-59-fcecf.jpg?1789158201' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les chiffres de l'ex&#233;cution budg&#233;taire 2026 &#224;n Madagascar dessinent un paradoxe choquant qui devrait relever du scandale national : il y a de l'argent dans les caisses, des budgets vot&#233;s, des financements sign&#233;s &#8212; et ils ne sont pas d&#233;pens&#233;s. Deux milliards de dollars de financements ext&#233;rieurs non ex&#233;cut&#233;s, des minist&#232;res &#224; 2 ou 3 % d'engagement, une tr&#233;sorerie qui gonfle &#224; la Banque centrale pendant que les routes s'effondrent. Ce n'est pas une crise de financement : c'est une crise de l'&#201;tat ex&#233;cutant. Premier volet d'un diptyque &#8212; car cette infirmit&#233; se combine &#224; une autre, plus ancienne, pour former un double effet ciseau : un &#201;tat qui ne sait ni pr&#233;lever ni d&#233;penser. Le probl&#232;me n'est pas particuli&#232;rement masqu&#233;. Il est surprenant qu'il ne soul&#232;ve pas plus d&#233;bat.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Volet I &#8212; L'argent qui dort, l'&#201;tat qui ne sait plus d&#233;penser&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_20943 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://m.madagascar-tribune.com/IMG/jpg/dyptique-illustration-1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH281/dyptique-illustration-1-e158c.jpg?1789158201' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Expos&#233; des faits&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au premier trimestre T1 2026, selon le compte rendu d'ex&#233;cution budg&#233;taire du minist&#232;re de l'&#201;conomie et des Finances lui-m&#234;me, les investissements sur financement interne n'ont &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;s qu'&#224; hauteur de 2,3 %. Le minist&#232;re de la Sant&#233; publique est pass&#233; d'un taux d'engagement de 40,3 % &#224; 2,9 %&#8230; C'est une quasi-paralysie caract&#233;ris&#233;e. Le minist&#232;re de l'&#201;ducation nationale, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur caract&#233;risent eux aussi des niveaux d'engagement quasi nuls&#8230; et on s'&#233;tonne apr&#232;s que les choses donnent le sentiment d'une in&#233;luctable et r&#233;guli&#232;re r&#233;gression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne remerciera pas le gouvernement pr&#233;c&#233;dent d'avoir interrompu pendant six ann&#233;es successives la revue semestrielle d'ex&#233;cution budg&#233;taire (ce qui explique que ces anomalies n'aient pas &#233;t&#233; d&#233;cel&#233;es plus t&#244;t)&#8230; On f&#233;licitera ce gouvernement-ci de l'avoir r&#233;tablie&#8230; Un peu de transparence n'est pas un luxe en la mati&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste qu'&#224; mi-parcours de l'ann&#233;e, l'&#201;tat aurait d&#251; logiquement avoir d&#233;pens&#233; la moiti&#233; de son budget d'investissement. Or il n'en a d&#233;pens&#233; que le quart : sur 2 026 milliards d'ariary pr&#233;vus, 503 milliards seulement ont &#233;t&#233; r&#233;ellement engag&#233;s dans des projets. Et qu'on ne nous dise pas que les caisses sont vides : les recettes fiscales rentrent presque au rythme pr&#233;vu, les salaires sont pay&#233;s, la dette est servie. L'argent est l&#224; pour l'essentiel&#8230; wtf ? C'est la d&#233;cision de d&#233;penser qui manque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'argent des bailleurs, le ministre des Finances lui-m&#234;me le reconnaissait en mai : pr&#232;s de 2 milliards de dollars d&#233;j&#224; accord&#233;s dorment sans &#234;tre utilis&#233;s &#8212; l'&#233;quivalent de plus d'une ann&#233;e enti&#232;re de recettes fiscales du pays. Et sur les projets de la Banque mondiale, moins d'un tiers des fonds mis &#224; disposition est effectivement d&#233;pens&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Absurdit&#233; absolue : nous courons les sommets internationaux &#224; qu&#233;mander des financements que nous sommes ensuite incapables d'absorber ! Nous n&#233;gocions &#226;prement des enveloppes qui dormiront dans des comptes d&#233;sign&#233;s. Il ne faut pas s'&#233;tonner que certains &#233;noncent qu'on peut se passer de l'aide ext&#233;rieure&#8230; La contrainte n'est plus l'argent. La contrainte est ailleurs. Mais o&#249; donc ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les goulots d'&#233;tranglement sont cependant caract&#233;ris&#233;s, qui fixent au moins ce qui freine la capacit&#233; &#224; d&#233;caisser&#8230; Encore faut-il qu'on veuille les r&#233;sorber. Quels sont-ils ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#201;tat qui recommence toujours et le spoils system&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le premier goulot est &#224; mes yeux la matrice de tout le reste : la non-continuit&#233; de l'&#201;tat&#8230; non-continuit&#233; qui se manifeste trois fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la destruction des instruments, d'abord. Le FMI le notait d&#232;s 2022 : le cadre de gestion des investissements publics adopt&#233; en 2018 n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus utilis&#233;, et le d&#233;mant&#232;lement de l'agence d&#233;di&#233;e, l'OCSIF&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;OCSIF : Organisme de Coordination et de Suivi des Investissements et de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avait fait d&#233;railler jusqu'&#224; la finalisation du manuel d'investissement. On a cr&#233;&#233; un outil de pilotage&#8230; et puis on l'a d&#233;mantel&#233; au gr&#233; des recompositions&#8230; Tout en promettant d'en recr&#233;er un autre. L'&#201;tat malgache, c'est connu, ne capitalise pas : il recommence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par l'interruption des routines, ensuite. La revue semestrielle d'ex&#233;cution budg&#233;taire, on l'a signal&#233; plus haut, n'avait plus eu lieu depuis six ans. Six ans ! Le ministre lui-m&#234;me en tire la conclusion qui s'impose : c'est pour cela que les anomalies n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;cel&#233;es plus t&#244;t. Pendant six ans, personne, au sommet de l'&#201;tat, ne comparait syst&#233;matiquement ce qui &#233;tait programm&#233; et ce qui &#233;tait r&#233;alis&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la rotation des hommes, enfin. Chaque remaniement &#8212; celui de mars 2026 en est la derni&#232;re illustration &#8212; g&#232;le les d&#233;l&#233;gations de signature&#8230; remet &#224; z&#233;ro les circuits de validation&#8230; et disperse la m&#233;moire des dossiers. Le &#171; syst&#232;me des d&#233;pouilles &#187; (spoils system, qui n'existe pas que chez nous) caract&#233;rise la pratique syst&#233;matique consistant, pour chaque &#233;quipe politique qui arrive au pouvoir, &#224; redistribuer les postes de l'administration &#224; ses partisans&#8230; &#224; ses parents&#8230; &#224; ses clients&#8230; Le spoils system traite l'administration comme un butin &#224; redistribuer, jamais comme une m&#233;moire &#224; pr&#233;server.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce &#233;videmment en &#233;vin&#231;ant les titulaires nomm&#233;s par l'&#233;quipe pr&#233;c&#233;dente&#8230; et ind&#233;pendamment de toute consid&#233;ration de comp&#233;tence&#8230; ou, pire encore, de continuit&#233; du service&#8230; et on recommence &#224; chaque nouveau cycle&#8230; D'autant que l'opinion publique est l&#224; pour d&#233;noncer l'ant&#233;riorit&#233; suspicieuse&#8230; Un pour tous, tous pourris scande-t-on trop facilement sur un air de blues&#8230; Pardon de Bleu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez dit &#171; tuer la comp&#233;tence &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres du premier trimestre portent la cicatrice exacte de ce remaniement : des minist&#232;res entiers &#224; l'arr&#234;t, le temps que les nouveaux titulaires reconstituent ce que leurs pr&#233;d&#233;cesseurs avaient construit&#8230; Et parfois emport&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le goulot d'Iavoloha&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me r&#233;ponse, la plus m&#233;canique : la cha&#238;ne de la d&#233;pense est hypercentralis&#233;e. Le diagnostic conduit par le PNUD et l'USAID dans le cadre du programme RINDRA&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;RINDRA &#8212; &#171; Renforcer la Gouvernance &#224; Madagascar &#187; &#8212; est un programme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; l'&#233;crivait sans d&#233;tour d&#232;s 2023 : il subsiste dans le circuit budg&#233;taire des points d'approbation qui entravent le processus de paiement &#8212; et parmi eux, le point de d&#233;cision pr&#233;sidentiel, qui &#171; ajoute du temps au traitement &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce d&#233;tail chiffr&#233; m&#233;rite d'&#234;tre retenu : toute d&#233;pense de projet au-del&#224; de 200 millions d'ariary &#8212; environ 50 000 dollars &#8212; requiert le visa du Pr&#233;sident et du Premier ministre&#8230; et d&#232;s le premier ariary pour un transfert en esp&#232;ces. Des partenaires de d&#233;veloppement confiaient aux enqu&#234;teurs devoir rencontrer de hauts responsables, jusqu'au pr&#233;sident, pour d&#233;bloquer des probl&#232;mes mineurs de traitement. Traduisons : pour les d&#233;cisions qui comptent, la signature remonte jusqu'&#224; Iavoloha.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un dysfonctionnement, c'est une architecture. La concentration du pouvoir de signature est, dans le pr&#233;sidentialisme malgache, un instrument de contr&#244;le politique et de distribution de la rente. Mais elle a un co&#251;t m&#233;canique implacable : un ex&#233;cutif qui veut tout viser devient le goulot d'&#233;tranglement de tout. L'&#201;tat qui veut tout contr&#244;ler ne peut rien d&#233;caisser vite. Chaque dossier attend son tour dans l'antichambre du prince &#8212; et les dossiers sont des milliers.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'incomp&#233;tence est une explication commode&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me r&#233;ponse, celle qu'on entend le plus souvent : le manque de comp&#233;tences. Elle n'est pas fausse, d'autant que ce manque de comp&#233;tences est amplifi&#233; par les m&#233;faits du spoils system.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que le montage d'un dossier conforme aux proc&#233;dures des bailleurs &#8212; &#233;tudes de faisabilit&#233;, passation de march&#233;s, gestion fiduciaire &#8212; exige une ing&#233;nierie administrative que les minist&#232;res sectoriels ne ma&#238;trisent que dans des unit&#233;s de gestion de projets (UGP) isol&#233;es, &#8230; UGP mieux pay&#233;es, qui siphonnent d'ailleurs les meilleurs cadres de l'administration ordinaire&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le montage d'un dossier conforme aux proc&#233;dures des bailleurs &#8212; &#233;tudes de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cercle vicieux entretenu par les bailleurs eux-m&#234;mes : pour faire avancer leurs projets, ils vident l'&#201;tat de ses comp&#233;tences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardons-nous toutefois de cette explication trop commode&#8230; politiquement neutre, elle ne d&#233;signe personne. Parce que les m&#234;mes fonctionnaires, dans les m&#234;mes bureaux, savent ex&#233;cuter tr&#232;s vite certaines d&#233;penses &#8212; celles qui int&#233;ressent le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me n'est pas ici le stock de comp&#233;tences ; c'est leur allocation, leur rotation permanente, et surtout l'absence de toute incitation &#224; d&#233;cider. Ce qui nous am&#232;ne au point le plus d&#233;rangeant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La corruption et la peur de signer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La corruption explique la lenteur des d&#233;caissements par deux m&#233;canismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier m&#233;canisme est classique : la lenteur cr&#233;e la rente. Chaque visa, chaque &#233;tape de la cha&#238;ne de la d&#233;pense est un p&#233;age potentiel. La complexit&#233; proc&#233;durale n'est pas un accident que la corruption exploiterait ; elle est fonctionnelle pour ceux qui la monnayent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un pays class&#233; 26/100 &#224; l'indice de perception de la corruption &#8212; largement sous la moyenne subsaharienne &#8212; et dont le FMI pointe &#171; les soup&#231;ons de mainmise sur l'&#201;tat par des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s &#187;, le circuit lent est avant tout un circuit rentable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second m&#233;canisme est la paralysie d&#233;fensive. Quand la lutte anticorruption frappe de fa&#231;on s&#233;lective et impr&#233;visible, au gr&#233; des recompositions politiques, l'ordonnateur rationnel ne signe plus. Signer un march&#233;, c'est s'exposer &#8212; aujourd'hui &#224; la commission d'appel d'offres, demain au BIANCO d'un pouvoir qui aura chang&#233; de mains. Ne rien engager, c'est ne rien risquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La chute de la Sant&#233; publique &#224; 2,9 % d'engagement apr&#232;s le remaniement n'est pas seulement de la d&#233;sorganisation : c'est de la prudence de survie&#8230; de directeurs administratifs et financiers qui attendent de savoir qui sera prot&#233;g&#233; demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'anticorruption instrumentalis&#233;e produit ainsi exactement le m&#234;me effet que la corruption qu'elle pr&#233;tend combattre : l'immobilisme. On a l&#224; un n&#339;ud gordien&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Deux imp&#233;ratifs l&#233;gitimes s'&#233;tranglent mutuellement. Rel&#226;cher la r&#233;pression, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#8230; et ce n'est pas avec une nouvelle task force qu'on le tranchera.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le pi&#232;ge de la basse confiance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter la boucle qui verrouille le syst&#232;me : la r&#233;ponse des bailleurs. Face au risque fiduciaire, ils multiplient les sas &#8212; comptes d&#233;sign&#233;s, avis de non-objection &#224; chaque &#233;tape, audits en cascade. Plus la gouvernance est faible, plus les proc&#233;dures se durcissent, plus l'ex&#233;cution ralentit, moins le pays absorbe&#8230; et plus les bailleurs se m&#233;fient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute le probl&#232;me des fonds de contrepartie : l'&#201;tat, qui pr&#233;l&#232;ve &#224; peine 11 % du PIB, ne parvient pas &#224; d&#233;bloquer sa quote-part des cofinancements, ce qui bloque le d&#233;caissement de la part bailleur. L'infirmit&#233; fiscale vient ici aggraver l'infirmit&#233; ex&#233;cutante &#8212; on y reviendra pour conclure.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le budget comme th&#233;&#226;tre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste la question que les rapports techniques ne posent jamais : notre budget d'investissement est-il seulement fait pour &#234;tre ex&#233;cut&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une part des programmes inscrits en loi de finances rel&#232;ve de l'affichage &#8212; vis-&#224;-vis des bailleurs, &#224; qui l'on montre l'ambition ; de l'opinion, &#224; qui l'on promet ; des client&#232;les r&#233;gionales, que l'on flatte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inscrire un cr&#233;dit ne co&#251;te rien. L'ex&#233;cuter exige des &#233;tudes, du foncier, des indemnisations, des comp&#233;tences&#8230; le ministre reconnaissait lui-m&#234;me que les compensations aux familles d&#233;plac&#233;es ( dont les terrains sont travers&#233;s par les projets d'utilit&#233; publique ), retard&#233;es faute de d&#233;caissement, font &#171; patiner &#187; les projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart chronique entre le programm&#233; et le r&#233;alis&#233; n'est alors pas une anomalie du syst&#232;me : il en est le fonctionnement normal. Un &#201;tat qui gouverne par l'annonce produit structurellement des budgets-vitrines. La tr&#233;sorerie qui dort &#224; Antaninarenina en est le r&#233;sidu comptable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;capitulons &#8212; et ouvrons le ciseau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La non-continuit&#233; de l'&#201;tat est la matrice : elle d&#233;truit les instruments, les routines et les hommes. L'hypercentralisation pr&#233;sidentielle est le goulot m&#233;canique. La corruption et son ombre port&#233;e &#8212; la peur de signer &#8212; sont &#224; la fois le lubrifiant pervers et le frein. Le d&#233;ficit de comp&#233;tences est r&#233;el mais largement fabriqu&#233; par la rotation et le siphonnage. Et la d&#233;fiance fiduciaire des bailleurs boucle le pi&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce constat serait d&#233;j&#224; accablant s'il &#233;tait isol&#233;. Mais il ne l'est pas. Il faut le superposer &#224; une autre infirmit&#233;, plus ancienne, qu'une chronique ant&#233;rieure caract&#233;risait sous l'&#233;nonc&#233; &#171; Une fiscalit&#233; sans contrat &#187; : Madagascar mobilise p&#233;niblement 10 &#224; 11 % de son PIB en recettes fiscales, l'un des taux les plus faibles du continent, dans une &#233;conomie informelle &#224; 95 %. Un &#201;tat qui ne pr&#233;l&#232;ve pas est un &#201;tat qui ne doit rien &#224; personne&#8230; et &#224; qui &#233;videmment personne ne demande de comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici donc le ciseau&#8230; et a&#239;e&#8230; il coupe des deux c&#244;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re lame : l'&#201;tat ne sait pas mobiliser ses ressources propres&#8230; la Banque mondiale ne cesse de rappeler que l'insuffisance des recettes fiscales limite structurellement la capacit&#233; d'investissement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde lame : quand l'argent lui est donn&#233; &#8212; tant par les bailleurs que par les rares recettes recouvr&#233;es &#8212; il ne sait pas le d&#233;penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#201;tat normalement d&#233;faillant &#233;choue d'un seul c&#244;t&#233; : il veut d&#233;penser plus qu'il ne collecte. Le n&#244;tre r&#233;ussit l'exploit d'&#233;chouer des deux : pauvre en amont, impotent en aval. Entre les deux lames, ce qui est cisaill&#233;, c'est le d&#233;veloppement lui-m&#234;me et la population, qui n'est ni contribuable associ&#233;e ni b&#233;n&#233;ficiaire servie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quant &#224; la premi&#232;re lame, la plus ancienne, la plus profonde il faut encore caract&#233;riser o&#249; g&#238;t donc cet argent que l'&#201;tat ne pr&#233;l&#232;ve pas, laisse fuir ou abandonne ? Il est localis&#233;, chiffr&#233;, publi&#233;. Ce sera l'objet du second volet de ce dyptique : car le pays, on va le voir, n'est pas ruin&#233; &#8212; il est saign&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Volet 2 &#8211; Qui a dit pays ruin&#233; ?&lt;/h2&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;cit du d&#233;nuement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le premier volet de ce diptyque montrait un &#201;tat incapable de d&#233;penser l'argent dont il dispose &#8212; goulot pr&#233;sidentiel d'Iavoloha, spoils system, peur de signer, budgets-vitrines. Celui-ci s'attaque au r&#233;cit qui excuse tout : celui d'un pays exsangue, trop pauvre pour r&#233;pondre &#224; ses responsabilit&#233;s. On a tout faux. Les chiffres officiels, publi&#233;s par l'administration malgache elle-m&#234;me, localisent, chiffrent et cartographient des sommes qui d&#233;passent les budgets sociaux du pays. Le pays n'est pas ruin&#233;. Il est saign&#233;. Et la nuance n'est pas rh&#233;torique : elle est politique.&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenons o&#249; la premi&#232;re lame du ciseau nous avait laiss&#233;s : un &#201;tat qui mobilise p&#233;niblement 10 &#224; 11 % de son PIB, dans une &#233;conomie informelle &#224; 95 %. Un biais cognitif nous fait croire de fait &#224; un pays financi&#232;rement exsangue, &#224; un &#201;tat incapable de r&#233;pondre, faute de moyens, &#224; ses responsabilit&#233;s sociales&#8230; ou d'engager le moindre projet d'infrastructure sans l'assistance des bailleurs ext&#233;rieurs. On a tout faux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit du d&#233;nuement arrange tout le monde. Il arrange le pouvoir, qui transforme chaque d&#233;faillance en fatalit&#233; budg&#233;taire &#8212; certains croient encore qu'on ne demande pas de comptes &#224; un pauvre. Ce r&#233;cit arrange aussi les bailleurs, dont il justifie la tutelle perp&#233;tuelle&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut ici &#233;noncer une loi que la pudeur diplomatique interdit de dire : un (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Il arrange enfin ceux qui prosp&#232;rent pr&#233;cis&#233;ment dans les interstices de cette pr&#233;tendue mis&#232;re publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les chiffres officiels, publi&#233;s par l'administration malgache elle-m&#234;me, racontent une tout autre histoire : celle d'un &#201;tat qui renonce, laisse fuir ou n&#233;glige de collecter, chaque ann&#233;e, des sommes qui d&#233;passent ses budgets sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; est donc l'argent ? Il g&#238;t en trois endroits parfaitement cartographi&#233;s &#8212; trois gisements que l'&#201;tat conna&#238;t, documente, et n'exploite pas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trois gisements cartographi&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premier gisement : l'argent auquel l'&#201;tat renonce volontairement. Cela porte un nom technique, les d&#233;penses fiscales, &#224; savoir exon&#233;rations, r&#233;ductions, taux pr&#233;f&#233;rentiels. Le rapport officiel de l'Unit&#233; de Politique fiscale les chiffre &#224; 2 281 milliards d'ariary pour 2024, soit pr&#232;s de 27 % des recettes domestiques. L'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente, le m&#234;me exercice les &#233;valuait &#224; pr&#232;s de 3 000 milliards d'ariary &#8212; 46 % des recettes fiscales, 4,2 % du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relisons lentement : pour chaque tranche de 100 ariary collect&#233;s, l'&#201;tat en abandonne entre 27 et 46 par d&#233;cision discr&#233;tionnaire. Et la Banque mondiale note que cette liste comprend de nombreuses exon&#233;rations occasionnelles en faveur de b&#233;n&#233;ficiaires privil&#233;gi&#233;s, ouvrant la voie &#224; la fraude &#8212; soci&#233;t&#233;s abusivement enregistr&#233;es comme entreprises franches, d&#233;clarations frauduleuses sur les importations de riz.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoutent, selon la soci&#233;t&#233; civile, des d&#233;rogations qui ne figurent m&#234;me pas dans les textes budg&#233;taires. Le renoncement l&#233;gal a son ombre port&#233;e : le renoncement occulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me gisement : l'argent qui fuit. Le SAMIFIN, service de renseignement financier de l'&#201;tat, a d&#233;tect&#233; 3 340 milliards d'ariary de flux financiers illicites pour la seule ann&#233;e 2023, dont plus d'un tiers des dossiers li&#233;s &#224; la fraude fiscale et aux fausses d&#233;clarations &#224; l'import-export. D&#233;tect&#233;s, disent-ils&#8230; on n'a l&#224; que la partie &#233;merg&#233;e de l'iceberg. Et que recouvre-t-on ? 6,3 milliards d'ariary d'avoirs illicites &#8212; moins de deux milli&#232;mes des flux identifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;morragie est document&#233;e par l'&#201;tat ; le garrot, lui, n'est jamais pos&#233;. L'or qui s'envole par valises enti&#232;res vers Duba&#239;, la vanille sous-factur&#233;e, le bois de rose : chacune de ces fili&#232;res a fait l'objet de rapports, de scandales, de promesses. Aucune n'a &#233;t&#233; tarie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me gisement : l'argent qu'on ne demande pas. La pression fiscale malgache stagne autour de 10-11 % du PIB, quand la moyenne d'Afrique subsaharienne d&#233;passe 15 %. Chaque point de PIB non collect&#233; repr&#233;sente environ 1 000 milliards d'ariary.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cart avec la simple moyenne continentale &#8212; pas avec la Su&#232;de, avec la moyenne africaine &#8212; &#233;quivaut donc &#224; 4 000 &#224; 5 000 milliards d'ariary par an. Non pas parce que la mati&#232;re imposable n'existe pas, mais parce que le contrat fiscal n'existe pas : une &#233;conomie informelle &#224; 95 % de l'emploi n'est pas une anomalie statistique, c'est le sympt&#244;me d'un &#201;tat qui a renonc&#233; &#224; &#233;changer l'imp&#244;t contre le service &#8212; on y reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En additionnant, prudemment, &#224; la louche&#8230; Exon&#233;rations, r&#233;ductions, taux pr&#233;f&#233;rentiels : 2 200 milliards&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nonobstant qu'il est concevable qu'on puisse et doive favoriser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Flux illicites d&#233;tect&#233;s : 3 300 milliards. &#201;cart de collecte &#224; la moyenne africaine : 4 000 milliards. M&#234;me en admettant des recouvrements entre ces cat&#233;gories, l'ordre de grandeur est sans appel : entre 6 000 et 9 000 milliards d'ariary &#233;chappent chaque ann&#233;e au circuit public (sur 37 000 milliards de budget global)&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit presque deux fois les budgets de la sant&#233;, de l'&#233;ducation et des travaux publics cumul&#233;s&#8230; davantage que l'aide ext&#233;rieure que le pays mendie dans le m&#234;me temps. Voil&#224; le paradoxe constitutif : Madagascar tend la s&#233;bile d'une main et laisse couler de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Saign&#233;, pas ruin&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;Le pays n'est pas ruin&#233;. Il est saign&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;. La nuance n'est pas rh&#233;torique, elle est politique. Un pays ruin&#233; appelle la charit&#233; ; un pays saign&#233; appelle des responsables. Le r&#233;cit de l'&#201;tat exsangue est une anesth&#233;sie : il transforme des choix &#8212; exon&#233;rer tel importateur, ne pas poursuivre tel trafiquant, ne pas fiscaliser telle rente &#8212; en contraintes naturelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le biais cognitif dont nous parlions n'est pas une erreur innocente de perception : c'est un r&#233;cit entretenu, parce qu'il est la condition de possibilit&#233; du syst&#232;me de pr&#233;l&#232;vement priv&#233; sur la ressource publique. La question n'est donc pas &#171; o&#249; trouver l'argent ? &#187; &#8212; il est localis&#233;, chiffr&#233;, publi&#233; au Journal officiel des renoncements. La question est : qui a int&#233;r&#234;t &#224; ce que nous continuions de croire qu'il n'existe pas ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En conclusion &#8212; refermer le diptyque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Refermons le ciseau sur ses deux lames. D'un c&#244;t&#233;, un &#201;tat qui renonce, laisse fuir ou n&#233;glige de collecter entre 6 000 et 9 000 milliards d'ariary par an ; de l'autre, un &#201;tat qui laisse dormir jusqu'&#224; l'argent qu'on lui donne, faute de continuit&#233;, de d&#233;concentration et d'incitation &#224; d&#233;cider.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le gouvernement annonce une task force et le retour de la revue semestrielle. Fort bien : ce sont les sympt&#244;mes proc&#233;duraux que l'on traite. La matrice &#8212; la stabilit&#233; de l'appareil d'&#201;tat au-del&#224; des cycles politiques, et le contrat fiscal qui donne au citoyen un droit de regard &#8212; reste intouch&#233;e. C'est pourtant l&#224; que se jouera le seul test qui vaille pour la Refondation, et il tient en trois questions. Non pas : qu'inscrit-elle au budget ? Mais : qu'ex&#233;cute-t-elle ? Et surtout : que laissera-t-elle debout de l'administration quand elle partira ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un pays qui n'arrive ni &#224; pr&#233;lever l'imp&#244;t ni &#224; d&#233;penser l'argent qu'on lui donne n'a pas un probl&#232;me de moyens. Il a un probl&#232;me d'&#201;tat. Et cet &#201;tat-l&#224;, aucun bailleur ne le d&#233;caissera &#224; notre place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - 28/08/2026&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;OCSIF : Organisme de Coordination et de Suivi des Investissements et de leurs Financements. Intitul&#233; donn&#233; par le d&#233;cret n&#176; 2017-094 portant sa cr&#233;ation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;RINDRA &#8212; &#171; Renforcer la Gouvernance &#224; Madagascar &#187; &#8212; est un programme quinquennal (2021-2026), financ&#233; par l'USAID (et interrompu depuis, cf. Trump vs USAID) et mis en &#339;uvre par le PNUD Madagascar avec l'ONG malgache MSIS-Tatao. Il s'agit d'un programme financ&#233; par un bailleur pour apprendre &#224; l'&#201;tat &#224; d&#233;penser l'argent des bailleurs ! C'est donc de l'aide &#224; absorber l'aide : la mise en abyme dit tout du degr&#233; d'extraversion atteint.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#171; Le montage d'un dossier conforme aux proc&#233;dures des bailleurs &#8212; &#233;tudes de faisabilit&#233;, plans de passation de march&#233;s, rapports fiduciaires trimestriels, audits &#8212; exige un savoir-faire administratif tr&#232;s sp&#233;cifique. Or ce savoir-faire, l'administration malgache ne le poss&#232;de gu&#232;re que dans des enclaves : les unit&#233;s de gestion de projets, ces UGP que chaque bailleur exige ou tol&#232;re en marge des minist&#232;res pour piloter &#171; son &#187; projet. Structures parall&#232;les, recrut&#233;es sur contrat, pay&#233;es sur les fonds du projet &#224; des salaires qui peuvent repr&#233;senter trois, cinq, parfois dix fois le traitement d'un fonctionnaire de grade &#233;quivalent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Deux imp&#233;ratifs l&#233;gitimes s'&#233;tranglent mutuellement. Rel&#226;cher la r&#233;pression, c'est rouvrir les vannes de la pr&#233;dation&#8230; l'intensifier sans la rendre impartiale et pr&#233;visible, c'est &#233;paissir la paralysie &#8212; chaque nouvelle vague d'arrestations spectaculaires convainc un peu plus les ordonnateurs de bonne foi que la seule signature s&#251;re est celle qu'on ne donne pas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut ici &#233;noncer une loi que la pudeur diplomatique interdit de dire : un bailleur existe d'abord pour lui-m&#234;me. Comme toute organisation, sa premi&#232;re mission &#8212; non &#233;crite, mais imp&#233;rieuse &#8212; est de justifier son existence et d'assurer sa p&#233;rennit&#233; : ses effectifs, ses budgets, ses repr&#233;sentations-pays, la carri&#232;re de ses agents, ses inh&#233;rents politiques ou g&#233;opolitiques. Le d&#233;veloppement du b&#233;n&#233;ficiaire vient ensuite &#8212; sinc&#232;rement poursuivi, souvent, mais structurellement second. Nul complot l&#224;-dedans, nulle mauvaise foi des individus, qui sont pour la plupart d&#233;vou&#233;s : c'est la pente de toute institution, que la sociologie nomme depuis un si&#232;cle la loi d'airain des organisations. La Banque mondiale l'a &#233;crit sur elle-m&#234;me d&#232;s 1992 : un rapport constatait que la carri&#232;re d'un charg&#233; de projet s'y jouait sur le volume de pr&#234;ts approuv&#233;s, non sur leurs r&#233;sultats &#8212; une &#171; culture de l'approbation &#187; que trente ans de r&#233;formes n'ont pas dissoute.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nonobstant qu'il est concevable qu'on puisse et doive favoriser l'investissement priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le parrain, la dette et le miroir</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Le-parrain-la-dette-et-le-miroir.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://m.madagascar-tribune.com/Le-parrain-la-dette-et-le-miroir.html</guid>
		<dc:date>2026-08-19T05:28:46Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Chronique d'une inf&#233;odation qui s'annonce &#8212; et de ce que l'histoire en dit d&#233;j&#224; &lt;br class='autobr' /&gt;
Une donn&#233;e que les communiqu&#233;s taisent parce qu'ils ne nous donnent pas une vision globale &#8230; mais que le calendrier r&#233;v&#232;le : depuis octobre 2025, Madagascar franchit CHAQUE MOIS une &#233;tape nouvelle de son rapprochement avec Moscou. Cette cadence n'est pas celle d'un partenariat qui m&#251;rit&#8230; C'est celle d'une fen&#234;tre d'opportunit&#233;s que les acteurs exploitent &#224; fond avant qu'elle ne se referme. &lt;br class='autobr' /&gt;
La cadence du (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo_600-395cd.jpg?1789158201' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chronique d'une inf&#233;odation qui s'annonce &#8212; et de ce que l'histoire en dit d&#233;j&#224;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20912 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH333/illustration-11-921a0.jpg?1789158201' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une donn&#233;e que les communiqu&#233;s taisent parce qu'ils ne nous donnent pas une vision globale &#8230; mais que le calendrier r&#233;v&#232;le : depuis octobre 2025, Madagascar franchit CHAQUE MOIS une &#233;tape nouvelle de son rapprochement avec Moscou. Cette cadence n'est pas celle d'un partenariat qui m&#251;rit&#8230; C'est celle d'une fen&#234;tre d'opportunit&#233;s que les acteurs exploitent &#224; fond avant qu'elle ne se referme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La cadence du printemps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Novembre 2025 : le pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, passe cinq jours &#224; Moscou pour &#233;voquer &#233;nergie, mines et p&#234;che. Janvier 2026 : des instructeurs russes d'Africa Corps &#8212; l'h&#233;ritier institutionnalis&#233; de Wagner &#8212; viennent &#171; former &#187; l'arm&#233;e malagasy. F&#233;vrier : le colonel Randrianirina est re&#231;u deux heures au Kremlin ; un accord ratifi&#233; le 19 couvre &#171; tous les domaines &#187; &#8212; agriculture, prospection g&#233;ologique, extraction, sant&#233;, enseignement sup&#233;rieur, s&#233;curit&#233;&#8230; Ouf !!! En marge, une ambition : r&#233;habiliter les installations militaires de Diego-Suarez&#8230; pour y installer des troupes russes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mars : lancement du parti du &#171; R&#233;veil Patriotique de Madagascar Uni &#187;, c&#233;r&#233;monie complaisamment diffus&#233;e par African Initiative, l'organe d'influence du Kremlin en Afrique&#8230; Et d'un&#8230; Cr&#233;ation simultan&#233;e d'une chambre de commerce russo-malgache&#8230; Et de deux. Avril : livraison de blind&#233;s BMP-3, d'armes, de munitions, de tenues de combat&#8230; Et de trois&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai : le Premier ministre rencontre Sergue&#239; Cho&#239;gou &#224; Moscou ; on annonce une &#171; zone &#233;conomique commune &#187;, des d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers russes, la diversification des importations de carburant. Et de quatre&#8230; et de cinq&#8230; et de six&#8230; Avec, dans l'ombre, l'implantation de la banque russe PSB &#8212; &#233;tablissement sous sanctions qui finance l'effort de guerre russe &#8212; pour r&#233;gler les achats de p&#233;trole et de mat&#233;riel militaire&#8230; et de sept&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Militaire, politique, informationnel, financier : quatre fronts ouverts en huit mois. Ceux qui ont observ&#233; Bangui reconna&#238;tront la grammaire. Et l'ordre des mots.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que co&#251;te un parrain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la d&#233;testation des postures imp&#233;rialistes, d'o&#249; qu'elles viennent, quels sont les dangers ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le danger patrimonial&lt;/i&gt; saute imm&#233;diatement aux yeux. La Russie ne fait pas cr&#233;dit, elle se paie sur la b&#234;te&#8230; D'autres &#8212; chinois compris &#8212; font de m&#234;me, on le sait&#8230; Mais ici, concessions mini&#232;res, potentiel gazier offshore, d&#233;p&#244;ts p&#233;troliers : chaque &#171; coop&#233;ration &#187; &#233;voqu&#233;e au Kremlin sera une hypoth&#232;que sur un actif national&#8230; n&#233;goci&#233;e dans l'opacit&#233; par des acteurs de transition qui n'ont re&#231;u mandat de personne pour engager le sous-sol des g&#233;n&#233;rations futures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le danger politique&lt;/i&gt; n'est pas moindre : un parti fabriqu&#233; avec l'appui d'un appareil d'influence &#233;tranger, &#224; la veille d'&#233;ch&#233;ances &#233;lectorales, n'est ni un gag ni un folklore. C'est l'importation d'une technologie de pouvoir &#8212; celle qui a permis &#224; Bangui un r&#233;f&#233;rendum supprimant la limite des mandats. Quand le parrain organise l'&#233;lection, il choisit l'&#233;lu. On d&#233;finit m&#234;me des coop&#233;rations et transferts de technologies entre la CENI malagasy et les institutions russes &#8212; mod&#232;les bien connus de transparence et de d&#233;mocratie&#8230; Jamais l'image du renard dans le poulailler ne m'a paru plus ad&#233;quate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le danger strat&#233;gique&lt;/i&gt; s'imagine ais&#233;ment. Une pr&#233;sence militaire russe &#224; Diego-Suarez, dans un espace indianoc&#233;anique devenu carrefour des enjeux mondiaux, ferait basculer Madagascar de pays pauvre ignor&#233; &#224; pi&#232;ce sacrifi&#233;e sur l'&#233;chiquier&#8230; Peut-on faire confiance au pouvoir en place pour n&#233;gocier durablement EN FAVEUR du pays ?&#8230; En 1962, le sort de Cuba s'est r&#233;gl&#233; au t&#233;l&#233;phone entre Washington et Moscou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le danger financier, in fine : transiter par une banque sous sanctions expose aux sanctions secondaires, &#224; la mise &#224; l'index des circuits financiers, au reflux des investissements et des bailleurs. Pour une &#233;conomie qui vit de l'aide, du textile sous AGOA et de la vanille export&#233;e vers l'Occident, on joue peut-&#234;tre la maison sur un coup de d&#233;s&#8230; D'aucuns diront qu'on se d&#233;barrasserait enfin de la tutelle des bailleurs&#8230; Quitte &#224; la remplacer par un parrain mafieux &#224; la violence av&#233;r&#233;e ???&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le palmar&#232;s du parrain : de Ratsiraka &#224; Bamako&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Or l'histoire a d&#233;j&#224; rendu son verdict&#8230; et Madagascar y figure deux fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d&#233;j&#224; donn&#233;. La Deuxi&#232;me R&#233;publique s'est align&#233;e sur le bloc sovi&#233;tique &#8212; conseillers militaires, cadres form&#233;s &#224; Moscou, Charte de la r&#233;volution socialiste. Le bilan est dans nos m&#233;moires de baby-boomers &#8212; pas assez, peut-&#234;tre, dans celle des g&#233;n&#233;rations X, Y et Z &#8212; et dans nos statistiques : une &#233;conomie administr&#233;e effondr&#233;e, un &#201;tat militaris&#233;, et &#224; la chute de l'URSS, ni infrastructures ni institutions &#8212; des dettes et des cadres orphelins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on a de nouveau donn&#233; : en 2018, l'op&#233;ration Prigojine finan&#231;ait simultan&#233;ment plusieurs candidats &#224; la pr&#233;sidentielle, stipendiait des journalistes, fabriquait de faux sondages &#8212; pendant que la reprise de Kraoma par Ferrum Mining laissait l'entreprise publique exsangue.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'accord c&#233;dait 80 % du capital et des concessions d'exploitation &#224; Ferrum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Deux essais, deux le&#231;ons non retenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, le palmar&#232;s n'est pas moins consternant. &lt;strong&gt;Cuba&lt;/strong&gt;, client le plus choy&#233; de l'histoire sovi&#233;tique, a d&#233;couvert en 1991 ce que valait une &#233;conomie construite pour d&#233;pendre : le &lt;i&gt;per&#237;odo especial&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Crise &#233;conomique, sociale et humanitaire travers&#233;e par Cuba dans les ann&#233;es (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, un PIB amput&#233; d'un tiers, la famine larv&#233;e. &lt;strong&gt;Bangui&lt;/strong&gt; : les armes et les &#171; instructeurs &#187; d'abord, la garde pr&#233;sidentielle confi&#233;e &#224; Wagner, puis l'&#201;tat privatis&#233; au profit d'une milice pay&#233;e en or et en diamants, la cons&#233;cration antid&#233;mocratique de Touad&#233;ra &#8212; et un pays toujours dernier au classement du d&#233;veloppement humain. &lt;strong&gt;Bamako et le Sahel&lt;/strong&gt; : rupture avec les partenaires, massacres document&#233;s, ins&#233;curit&#233; aggrav&#233;e, isolement financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et Caracas&lt;/strong&gt; d&#233;roule la d&#233;monstration compl&#232;te, jusqu'au d&#233;nouement : dix-sept milliards de pr&#234;ts gag&#233;s sur le p&#233;trole, Rosneft pay&#233;e en participations p&#233;troli&#232;res, mercenaires pour la garde rapproch&#233;e. Bilan : le r&#233;gime a surv&#233;cu &#224; tout pendant que l'&#233;conomie s'effondrait et que huit millions de V&#233;n&#233;zu&#233;liens prenaient la route de l'exil. Et bing&#8230; le 3 janvier 2026, les forces am&#233;ricaines bombardent Caracas et cueillent Maduro dans son lit. Ce jour-l&#224;, le protecteur russe n'a pas lev&#233; le petit doigt. L'assurance-vie du Kremlin couvre la rue, l'opposition, les mutineries&#8230; pas le moment d&#233;cisif. RE bing : les actifs hypoth&#233;qu&#233;s ont chang&#233; de mains &#8212; p&#233;trole privatis&#233;, sanctions lev&#233;es. Le pays aura pay&#233; deux fois : la rente au parrain pendant vingt ans&#8230; puis la facture de la chute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La constante traverse soixante ans et trois continents : Moscou sauve des r&#233;gimes&#8230; jamais des nations (mais qui le fait ?). L'URSS, elle, offrait un projet &#8212; inad&#233;quat&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, co&#251;teux, d&#233;pendant, mais un projet. La Russie de Poutine offre la d&#233;pendance sans le projet&#8230; juste une pr&#233;dation &#224; bas co&#251;t.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les rivaux t&#233;tanis&#233;s qui ne comprennent pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, la France ne commet pas une erreur mais une s&#233;rie, dont l'accumulation compose un contresens strat&#233;gique. L'exfiltration d'Andry Rajoelina &#224; bord d'un avion militaire fran&#231;ais a offert &#224; la propagande russe son meilleur argument : la preuve en images que Paris prot&#232;ge &#171; ses &#187; clients contre le peuple malgache. Le dossier des &#238;les &#201;parses, laiss&#233; pourrir depuis un demi-si&#232;cle, fournit gratuitement &#224; Moscou son vernis &#171; anticolonial &#187;. Et la coop&#233;ration fran&#231;aise &#8212; dont les volumes &#233;crasent pourtant tout ce que la Russie apportera jamais &#8212; demeure invisible : des projets d&#233;caiss&#233;s sur cinq ans ne p&#232;sent rien face &#224; des blind&#233;s livr&#233;s devant les cam&#233;ras.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe, elle, oscille entre deux postures &#233;galement st&#233;riles. L'indiff&#233;rence : Madagascar n'existe dans l'agenda bruxellois qu'en cas de cyclone ou de putsch, et son principal instrument &#8212; l'aide, suspendue ou conditionn&#233;e au gr&#233; des crises &#8212; parle aux minist&#232;res, jamais aux gens. Le r&#233;flexe de camp : sommer Antananarivo de &#171; choisir &#187;, brandir la conditionnalit&#233; comme une punition &#8212; validant exactement la mise en sc&#232;ne du Kremlin, l'&#238;le comme th&#233;&#226;tre d'une rivalit&#233; entre patrons. On ne combat pas un narratif en jouant le r&#244;le qu'il vous a &#233;crit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe pourtant un terrain o&#249; Moscou ne peut structurellement pas suivre &#8212; celui que Paris et Bruxelles n&#233;gligent. La Russie n'a presque rien &#224; offrir &#224; une soci&#233;t&#233; : pas de visas, pas de march&#233; pour la vanille ou le textile, pas de diaspora malgache sur son sol. Ses imitations &#8212; Maison russe en franchise, &#233;mission sur la radio nationale, bourses pour Moscou &#8212; ne visent pas la nation mais ses futurs relais : la fraction d'&#233;lite qui parlera pour le parrain, h&#233;riti&#232;re des boursiers de l'&#232;re Ratsiraka. Son offre r&#233;elle s'adresse au pouvoir &#8212; armes, mercenaires, protection diplomatique : il lui suffit de capturer un palais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe, elle, d&#233;tient ce qui parle &#224; la nation : universit&#233;s o&#249; la jeunesse veut &#233;tudier, march&#233;s dont vivent les producteurs, financements du journalisme ind&#233;pendant, un demi-million de Malgaches sur son sol. La force russe &#8212; n'avoir besoin que du r&#233;gime &#8212; est aussi sa limite : un parrain qui n'a rien donn&#233; &#224; la soci&#233;t&#233; tombe avec le r&#233;gime qu'il prot&#232;ge. L'Europe perd faute d'utiliser ses armes ; la Russie gagne faute d'adversaire sur le seul terrain o&#249; elle est d&#233;sarm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et P&#233;kin observe&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un mot sur l'acteur dont le silence est une strat&#233;gie. La Chine ne parraine pas : elle s'ins&#232;re. Agnostique au r&#233;gime &#8212; elle a travaill&#233; avec Ravalomanana, avec Rajoelina, elle travaillera avec Randrianirina ou son successeur &#8212;, elle mise sur l'&#201;tat, jamais sur un homme. Ses leviers sont lents et lourds : dette, commerce, infrastructures, t&#233;l&#233;coms, une communaut&#233; marchande implant&#233;e depuis un si&#232;cle. L&#224; o&#249; Moscou vend de la survie &#224; trente mois, P&#233;kin ach&#232;te des positions &#224; trente ans. Le risque chinois existe &#8212; l'accord de p&#234;che de 2018, enterr&#233; sous la pression citoyenne, et les d&#233;rives mini&#232;res et aurif&#232;res du Sud l'ont montr&#233; &#8212;, mais il rel&#232;ve du contrat, donc &#8212; esp&#233;rons-le &#8212; de la comp&#233;tence &#224; n&#233;gocier. Question : un r&#233;gime captur&#233; par Moscou pourra-t-il encore n&#233;gocier librement avec P&#233;kin ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La souverainet&#233;, quel que soit le parrain&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La vraie question, pourtant, n'est pas de savoir quel rival contrera Moscou, mais si nous cesserons enfin de nous chercher un parrain. Car l'inf&#233;odation n'est pas une force qui s'impose : elle s'engouffre dans nos vuln&#233;rabilit&#233;s &#8212; crise de l&#233;gitimit&#233;, pr&#233;carit&#233; &#233;nerg&#233;tique, jeunesse sans horizon. C'est l'extraversion comme mode de gouvernement : chercher au-dehors les ressources qu'on refuse de construire au-dedans, par le contrat fiscal et la reddition de comptes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le non-alignement fut une id&#233;e malgache avant d'&#234;tre un slogan. L'id&#233;e des &#233;quilibristes du XIXe si&#232;cle entre Londres et Paris&#8230; Celle de 1973, qui fit &#233;vacuer la baie de Diego-Suarez au nom de la souverainet&#233;&#8230; cette m&#234;me baie qu'on propose aujourd'hui &#224; un autre pavillon. Refonder le non-alignement, ce n'est pas &#233;quilibrer les parrains : c'est restaurer un &#201;tat capable de contracter en position de force parce qu'il tient debout par sa propre assiette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bangui enseigne que la capture devient irr&#233;versible quand toutes les alternatives ont &#233;t&#233; ferm&#233;es. Les n&#244;tres sont encore ouvertes. C'est maintenant qu'il faut le dire &#8212; et l'&#233;crire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - 18/08/2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'accord c&#233;dait 80 % du capital et des concessions d'exploitation &#224; Ferrum Mining, ne laissant que 20 % &#224; la soci&#233;t&#233; d'&#201;tat Kraoma &#8212; contre des promesses jamais tenues d'injection de capitaux, de modernisation de l'outil de production et d'apurement des arri&#233;r&#233;s de salaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Crise &#233;conomique, sociale et humanitaire travers&#233;e par Cuba dans les ann&#233;es 1990 : l'effondrement de l'URSS fit perdre &#224; l'&#238;le 80 % de son commerce ext&#233;rieur et l'essentiel de ses subventions (p&#233;trole &#224; prix pr&#233;f&#233;rentiel contre sucre sur&#233;valu&#233;), pendant que les lois Torricelli (1992) et Helms-Burton (1996) durcissaient l'embargo am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/2025/10/21/les-chroniques-de-ragidro-les-chasse-neiges-siberiens-et-les-illusions-tropicales/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://madagoravox.com/2025/10/21/les-chroniques-de-ragidro-les-chasse-neiges-siberiens-et-les-illusions-tropicales/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le lieu o&#249; tenir &#8211; Chapitre 2. Les b&#226;tisseurs interrompus</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Le-lieu-ou-tenir-Chapitre-2-Les-batisseurs-interrompus.html</link>
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		<dc:date>2026-08-10T05:59:22Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le probl&#232;me malgache n'est pas tant un manque de b&#226;tisseurs et de vision, mais l'absence d'une architecture institutionnelle pour survivre &#224; leur d&#233;part. Sans contrat fiscal et sans autonomie financi&#232;re de l'&#201;tat (pression fiscale &#224; 10-11%), aucune vision politique ne peut tenir dans la dur&#233;e. Il est temps de passer du proc&#232;s moral (chercher un sauveur) au proc&#232;s institutionnel (construire un syst&#232;me). &lt;br class='autobr' /&gt;
&#171; Pr&#233;cisons l'ambigu&#239;t&#233; : &#234;tre en capacit&#233; de planifier sa succession politique (cf (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L428xH285/logo-20-f2cb9.jpg?1789158695' class='spip_logo spip_logo_right' width='428' height='285' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le probl&#232;me malgache n'est pas tant un manque de b&#226;tisseurs et de vision, mais l'absence d'une architecture institutionnelle pour survivre &#224; leur d&#233;part.&lt;br class='autobr' /&gt;
Sans contrat fiscal et sans autonomie financi&#232;re de l'&#201;tat (pression fiscale &#224; 10-11%), aucune vision politique ne peut tenir dans la dur&#233;e.&lt;br class='autobr' /&gt;
Il est temps de passer du proc&#232;s moral (chercher un sauveur) au proc&#232;s institutionnel (construire un syst&#232;me).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pr&#233;cisons l'ambigu&#239;t&#233; : &#234;tre en capacit&#233; de planifier sa succession politique (cf Andry) ne fait pas automatiquement d'un dirigeant un b&#226;tisseur d'&#201;tat. La nuance est fondamentale entre l'art de se maintenir au pouvoir et la capacit&#233; &#224; b&#226;tir des structures &#233;conomiques et fiscales p&#233;rennes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH281/illustration_1-6-db187.jpg?1789158695' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des visions, il y en eut&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Certains mauvais penseurs objecteront &#8212; mais combien avec raison &#8212; que le diagnostic du volet pr&#233;c&#233;dent est trop commode : &#224; force de parler de structures, on finit par disculper les hommes. Or l'histoire malgache, contrairement au fatalisme ambiant, a connu des dirigeants capables de penser &#224; vingt ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a seulement manqu&#233;, syst&#233;matiquement, d'un endroit o&#249; cette vision puisse survivre &#224; celui qui la portait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrianampoinimerina, qui r&#232;gne sur l'Imerina de 1787 &#224; 1810, en offre l'exemple le plus abouti. Son &#339;uvre d'irrigation des rizi&#232;res, son unification progressive du royaume ne relevaient pas du coup d'&#233;clat ni d'une vision de Miami sur Pangalanes&#8230; mais d'une accumulation patiente, &#233;tal&#233;e sur vingt-trois ann&#233;es, sans rupture majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas un hasard si c'est pr&#233;cis&#233;ment la dur&#233;e &#8212; et non la seule qualit&#233; de la vision &#8212; qui permet &#224; l'&#339;uvre de prendre racine : un syst&#232;me d'irrigation ne se juge pas sur une saison, mais sur des g&#233;n&#233;rations de rizi&#232;res entretenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radama Ier construit, lui, durant dix-huit ans sur un autre registre : ouverture d'&#233;coles, transcription du malgache en caract&#232;res latins, envoi d'&#233;l&#232;ves &#224; Maurice et &#224; Londres. Une &#339;uvre de b&#226;tisseur, incontestablement&#8230;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est frappant de r&#233;aliser que leur vision des deux mamelles de la Nation (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; Et pourtant d&#233;faite en quelques ann&#233;es &#224; peine par Ranavalona Ire, apr&#232;s sa mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision ne manquait pas. Ce qui manquait, c'&#233;tait un m&#233;canisme capable de la faire tenir ind&#233;pendamment de la survie physique et politique de son auteur.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Penser loin ne suffit pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il serait toutefois faux de r&#233;duire l'histoire malgache moderne &#224; de seuls &#233;checs de transmission. Ratsiraka avait bien pens&#233; sur le temps long, avec la R&#233;volution socialiste de 1975. Mais penser loin ne suffit pas si le cap est erron&#233;. &lt;strong&gt;Une vision sur vingt ans mal orient&#233;e produit un d&#233;sastre de vingt ans&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a pas fini de se relever des errements de cette exp&#233;rience&#8230; Ou bien aurait-il fallu aller au bout du bout ??? Aurait-on pu avoir un succ&#232;s diff&#233;r&#233; ? No lo se&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;valuation a posteriori de Ravalomanana, avec son MAP &#8212; Madagascar Action Plan 2007-2012 &#8212;, n'est pas moins ambig&#252;e : un plan participatif sur dix ans, construit avec un souci r&#233;el de m&#233;thode (m&#234;me s'il faisait &#224; mon go&#251;t trop laboratoire Banque mondiale)&#8230; rompu net par le coup de force de 2009.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je posais d&#233;j&#224; en 2009, sur ce m&#234;me blog, la question de la sinc&#233;rit&#233; et de la pertinence de cette vision. Elle reste ouverte ; il serait malhonn&#234;te de la trancher avec une assurance r&#233;trospective que les faits ne permettent pas. Mais quelle que soit la r&#233;ponse, le sort du MAP illustre la m&#234;me le&#231;on : aucune vision, si bien con&#231;ue et honn&#234;tement port&#233;e soit-elle, ne survit &#224; une rupture de r&#233;gime si rien n'a &#233;t&#233; b&#226;ti, en amont, pour la prot&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du proc&#232;s moral au proc&#232;s institutionnel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on la plus d&#233;rangeante de cette &#233;valuation en quatre s&#233;quences est ici. Andrianampoinimerina, Radama Ier, Ratsiraka, Ravalomanana : quatre visions r&#233;elles&#8230; quatre &#339;uvres emport&#233;es&#8230; Il ne s'agit donc plus de d&#233;signer un coupable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La le&#231;on d&#233;place le jugement du terrain moral vers le terrain institutionnel : juger un homme referme un dossier ; juger un syst&#232;me interdit d'attendre, encore une fois, le prochain dirigeant enfin diff&#233;rent. Qu'il s'appelle Andry, Dada, Michael ou autre : il faut arr&#234;ter d'esp&#233;rer le prochain sauveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vertu et la comp&#233;tence ne suffisent pas sans une architecture pour les faire durer. Ce d&#233;placement est plus exigeant : il retire la satisfaction facile du coupable d&#233;sign&#233;, et impose de construire plut&#244;t que d'esp&#233;rer. Le motif commun &#224; ces quatre trajectoires n'est donc pas un d&#233;ficit de b&#226;tisseurs. C'est l'absence, obstin&#233;ment r&#233;p&#233;t&#233;e, d'une architecture capable de faire survivre l'&#339;uvre &#224; son auteur&#8230; ou &#224; son moment politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le paradoxe de la dur&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un paradoxe traverse ces quatre s&#233;quences : plus le r&#232;gne dure sans rupture &#8212; les vingt-trois ann&#233;es d'Andrianampoinimerina en sont l'exemple le plus net &#8212;, plus l'&#339;uvre prend racine. Non que la vision s'am&#233;liore avec le temps : la dur&#233;e elle-m&#234;me finit par produire ce que l'architecture institutionnelle n'a jamais offert, une garantie de continuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, chaque interruption pr&#233;matur&#233;e &#8212; la mort de Radama &#224; trente-cinq ans, le coup de 2009 &#8212; ne se contente pas d'arr&#234;ter un projet : elle d&#233;montre, chaque fois un peu plus, qu'aucun projet malgache n'a &#233;t&#233; pens&#233; pour survivre &#224; son porteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne construit pas une &#233;cole pour qu'elle referme ses portes &#224; la disparition de celui qui l'a ouverte. C'est pourtant ce sch&#233;ma qui s'est r&#233;p&#233;t&#233;, avec une r&#233;gularit&#233; presque clinique, sur deux si&#232;cles d'histoire politique malgache &#8212; &#224; l'exception peut-&#234;tre de la s&#233;quence rajoelienne, que l'on savait pr&#234;te &#224; construire sa succession.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'&#233;pisode rajoelien pourrait infirmer la th&#232;se de la n&#233;cessaire dur&#233;e. Mais (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'assiette, nerf de la vision&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette absence n'est pas qu'une affaire de grands hommes. Une vision ne tient que si &lt;strong&gt;l'&#201;tat dispose des moyens propres de la financer&lt;/strong&gt; au-del&#224; de l'&#233;lan qui l'a lanc&#233;e &#8212; sans quoi elle d&#233;pend, comme le pouvoir lui-m&#234;me, de la survie de son auteur&#8230; ou de la bonne volont&#233; des bailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que la m&#233;canique la plus prosa&#239;que de l'&#201;tat rejoint la question des grands hommes : &lt;strong&gt;leur capacit&#233;, ou leur incapacit&#233;, &#224; se financer par eux-m&#234;me&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Andrianampoinimerina l'avait compris mieux que quiconque, m&#234;me s'il n'en avait pas le vocabulaire : le fanompoana mobilis&#233; pour creuser les canaux n'&#233;tait pas une d&#233;pense, c'&#233;tait un investissement dans l'assiette de l'imp&#244;t elle-m&#234;me : chaque rizi&#232;re gagn&#233;e augmentait le surplus agricole qui, l'ann&#233;e suivante, alimentait le tribut&#8230; donc les moyens du royaume.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision et son financement ne sont pas deux chantiers s&#233;par&#233;s, mais un seul et m&#234;me geste. C'est cette diff&#233;rence de nature &#8212; construire l'assiette ou l'emprunter &#8212; qui s&#233;pare d&#233;j&#224;, deux si&#232;cles avant l'&#232;re du FMI et de Moscou, le b&#226;tisseur Andrianomponimerina des survivants Andry ou Michael.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fiscalit&#233; sans contrat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le taux de pression fiscale malgache plafonne en fait entre dix et onze pour cent du PIB, contre une moyenne subsaharienne de 16,8 %. L'objectif de 18 % fix&#233; pour 2028 a toutes les chances de ne pas &#234;tre atteint&#8230; comme les pr&#233;c&#233;dents objectifs qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;&#8230; Les probl&#232;mes de la Jirama ou du co&#251;t &#224; la pompe de l'essence &#8211; tant qu'ils ne seront pas pris &#224; bras le corps autrement que par des mesurettes de changement de fournisseurs &#8211; sont l&#224; pour le contredire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce chiffre n'est pas un accident conjoncturel. Il traduit un socle structurel : une informalit&#233; qui repr&#233;sente 95 % de l'emploi et, selon les estimations, entre 47 et 80 % de l'activit&#233; hors agriculture. S'y ajoutent les zones franches : des exon&#233;rations jusqu'&#224; quinze ans pour plus de quatre cents entreprises employant quelque deux cent mille personnes &#8212; un renoncement l&#233;gal, assum&#233;, &#224; une part significative de l'assiette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;forme de l'IRSA de 2026 resserre la charge sur les contribuables d&#233;j&#224; captifs du secteur formel plut&#244;t que d'&#233;largir la base. Le lien est direct : un &#201;tat qui ne finance que dix pour cent de son fonctionnement par un imp&#244;t n&#233;goci&#233; n'a, m&#233;caniquement, jamais eu &#224; construire le &lt;strong&gt;contrat fiscal-repr&#233;sentatif qui est le socle de toute pens&#233;e d'&#201;tat &#224; long terme&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, le d&#233;faut est h&#233;rit&#233; de longue date : les colonisateurs pr&#233;levaient beaucoup, mais sans jamais n&#233;gocier ce pr&#233;l&#232;vement &#8212; un imp&#244;t de capitation impos&#233; par la force, recouvr&#233; sans contrepartie ni concertation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Premi&#232;re R&#233;publique en h&#233;rite tel quel : quinze ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance, m&#234;me destination, m&#234;me absence de dialogue. La r&#233;volte du Sud de 1971, r&#233;prim&#233;e dans le sang, en paie le prix. Son abolition en 1972-1975 r&#233;pond au sympt&#244;me, jamais &#224; la maladie : une soustraction, pas une n&#233;gociation &#8212; remplac&#233;e aussit&#244;t par la rente d'&#201;tat de la R&#233;volution socialiste. Le probl&#232;me survit, sous un autre nom.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'arbitrage du survivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La faiblesse du recouvrement douanier compl&#232;te le tableau : un autre pan de l'assiette &#233;chappe structurellement &#224; l'&#201;tat &#8212; non par accident, mais parce qu'aucun pouvoir n'a eu d'int&#233;r&#234;t politique imm&#233;diat &#224; s'y attaquer s&#233;rieusement. Le b&#233;n&#233;fice d'un recouvrement renforc&#233; se mesure sur plusieurs ann&#233;es budg&#233;taires ; son co&#251;t politique, lui, se paie tout de suite, aupr&#232;s d'importateurs et d'op&#233;rateurs qui comptent parmi les soutiens de toute coalition au pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve, &#224; l'&#233;chelle administrative la plus terre-&#224;-terre, le m&#234;me arbitrage temporel que celui qui gouverne le choix d'un partenaire diplomatique : &lt;strong&gt;le b&#233;n&#233;fice diff&#233;r&#233; sacrifi&#233; au co&#251;t imm&#233;diat &#233;vit&#233;&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Corruption : renverser la causalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut ici corriger un raccourci trop souvent r&#233;p&#233;t&#233;, y compris dans ces colonnes : celui qui voudrait que &#171; la corruption favorise l'informalit&#233; &#187;. L'explication est s&#233;duisante, mais trop faible pour porter, seule, un ph&#233;nom&#232;ne qui touche 95 % de l'emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne corrompt pas un pays entier. Ce chiffre d&#233;crit un dualisme structurel &#8212; une &#233;conomie de subsistance et une industrialisation rest&#233;e embryonnaire &#8212; qui n'a rien &#224; voir, dans son ampleur, avec la corruption.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la marge, en revanche, la corruption agit bien comme une d&#233;sincitation &#224; la formalisation : l'Enterprise Survey rel&#232;ve que 32 % des entrepreneurs malgaches d&#233;clarent avoir subi des demandes de pots-de-vin &#8212; et ce sont &lt;strong&gt;toujours&lt;/strong&gt;, le patronat le constate lui-m&#234;me, &lt;strong&gt;les m&#234;mes entreprises formelles qui paient&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut m&#234;me retourner la causalit&#233; : c'est souvent une fiscalit&#233; mal calibr&#233;e qui nourrit la corruption, plut&#244;t que l'inverse. La &#171; politique du ventre &#187; et sa lecture de l'&#201;tat rhizome&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Fran&#231;ois Bayart.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; offrent ici la grille la plus juste : certains segments de l'administration ont un int&#233;r&#234;t actif &#224; pr&#233;server le flou entre formel et informel, parce que ce flou est pr&#233;cis&#233;ment la technologie de leur pouvoir discr&#233;tionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce qui ne tient pas&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se dessine, &#224; travers l'histoire des b&#226;tisseurs interrompus comme &#224; travers l'anatomie de l'assiette fiscale, c'est une m&#234;me incapacit&#233; &#224; faire tenir quoi que ce soit au-del&#224; de l'instant qui l'a produit &#8212; r&#232;gne, mandat ou exercice budg&#233;taire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; comprendre d'o&#249; vient, historiquement, cette incapacit&#233; &#224; construire une autonomie qui dure. C'est l'objet du volet suivant : &lt;strong&gt;III. Le raccourci qui n'existait pas&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le volet 1 est ici : &lt;a href=&#034;https://www.madagascar-tribune.com/Le-lieu-ou-tenir-Chapitre-1-Le-survivant-et-le-batisseur.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;I. Le survivant et le b&#226;tisseur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) - 7 Ao&#251;t 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il est frappant de r&#233;aliser que leur vision des deux mamelles de la Nation malagasy &#233;tait les infrastructures et l'&#233;ducation&#8230; Que ne les a-t-on pas copi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;L'&#233;pisode rajoelien pourrait infirmer la th&#232;se de la n&#233;cessaire dur&#233;e. Mais Rajoelina n'a jamais port&#233; de vision d'&#201;tat : seize ans de pouvoir au service d'une oligarchie familiale et affairiste, dont la nationalit&#233; fran&#231;aise acquise en secret d&#232;s 2014 est l'aveu &#8212; une sortie de secours personnelle. Cas le plus pur du t&#233;traptyque : la dur&#233;e n'y a servi que ceux qui en profitaient d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jean-Fran&#231;ois Bayart.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le lieu o&#249; tenir &#8211; Chapitre 1. Le survivant et le b&#226;tisseur</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Le-lieu-ou-tenir-Chapitre-1-Le-survivant-et-le-batisseur.html</link>
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		<dc:date>2026-08-03T09:14:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Madagascar n'a jamais manqu&#233; de vision ni de b&#226;tisseurs &#8212; il a manqu&#233; d'un endroit o&#249; leur &#339;uvre puisse tenir au-del&#224; de son auteur. Le pivot russe de f&#233;vrier 2026 n'est qu'un cas r&#233;cent d'un r&#233;flexe ancien : pr&#233;f&#233;rer le geste imm&#233;diat &#224; l'&#339;uvre diff&#233;r&#233;e, chaque fois qu'un raccourci ext&#233;rieur &#8212; hier la France, puis les bailleurs multilat&#233;raux, aujourd'hui Moscou &#8212; le permet. Cette s&#233;rie en quatre volets remonte ce fil, du sympt&#244;me diplomatique &#224; ses racines institutionnelles, fiscales, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo_720-58-8bf56.jpg?1789158695' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Madagascar n'a jamais manqu&#233; de vision ni de b&#226;tisseurs &#8212; il a manqu&#233; d'un endroit o&#249; leur &#339;uvre puisse tenir au-del&#224; de son auteur. Le pivot russe de f&#233;vrier 2026 n'est qu'un cas r&#233;cent d'un r&#233;flexe ancien : pr&#233;f&#233;rer le geste imm&#233;diat &#224; l'&#339;uvre diff&#233;r&#233;e, chaque fois qu'un raccourci ext&#233;rieur &#8212; hier la France, puis les bailleurs multilat&#233;raux, aujourd'hui Moscou &#8212; le permet.&lt;br class='manualbr' /&gt;Cette s&#233;rie en &lt;strong&gt;quatre volets remonte ce fil, du sympt&#244;me diplomatique &#224; ses racines institutionnelles, fiscales, coloniales et compar&#233;es&lt;/strong&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;I. Le survivant et le b&#226;tisseur&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_20871 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://m.madagascar-tribune.com/IMG/jpg/le-survivant-et-le-batisseur.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH281/le-survivant-et-le-batisseur-14860.jpg?1789158695' width='500' height='281' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le grand th&#233;&#226;tre du Kremlin&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque chose de profond&#233;ment d&#233;risoire dans la mise en sc&#232;ne du 18 f&#233;vrier 2026, au Kremlin. Deux hommes s'y serrent la main devant les cam&#233;ras et &#233;voquent, dans la langue diplomatique de circonstance, une &#171; nouvelle &#232;re de coop&#233;ration &#187;&#8230; Le d&#233;cor se meuble en quelques semaines : blind&#233;s, drones et fusils d'assaut russes remis en grande pompe &#224; la garde pr&#233;sidentielle, formateurs de l'Africa Corps, chambre de commerce russo-malgache, &#233;missions coproduites sur les m&#233;dias gasy avec African Initiative &#8212; rattach&#233;e aux services ext&#233;rieurs russes &#8212; chantant les vertus de l'idylle poutino-malgache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comble de l'absurdit&#233; : la CENI se rapproche de son homologue russe pour les prochains scrutins&#8230; la Russie poutinienne, mod&#232;le &#233;minent de transparence &#233;lectorale&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait gloser sur l'absurdit&#233; calendaire de ce rapprochement. Les enqu&#234;tes Afrobarom&#232;tre 2024-2025, sur trente-huit pays africains, l'&#233;tablissent de mani&#232;re av&#233;r&#233;e : la Russie est, de tous les acteurs internationaux test&#233;s, le moins appr&#233;ci&#233; &#8212; trente-six pour cent d'opinions favorables, loin derri&#232;re la Chine, l'Union africaine, les &#201;tats-Unis, et m&#234;me l'Union europ&#233;enne, malgr&#233; lobbyistes, influenceurs et officines de propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Angola, alli&#233; historique de Moscou depuis un demi-si&#232;cle, vient d'expulser le diamantaire Alrosa et la banque VTB, et de d&#233;masquer une officine d'influence russe camoufl&#233;e en centre culturel. Au Mali, vitrine pourtant la plus favorable &#224; cette main gagnante que pr&#233;tend jouer la junte malgache, l'Africa Corps a d&#251; honteusement fuir Kidal. Partout o&#249; elle s'est d&#233;ploy&#233;e sur le continent, la martingale russe affiche un bilan d'&#233;chec largement document&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il ne faut pas se tromper de d&#233;bat. Le rapprochement russe met au jour un sympt&#244;me du syndrome que je caract&#233;risais d&#233;j&#224; en janvier 2025 sous le nom de &#171; g&#233;opolitique du pauvre &#187; &#8212; celle des nations structurellement fragiles qui, faute de ligne de d&#233;veloppement claire, s'&#233;puisent &#224; courir apr&#232;s l'image plut&#244;t qu'&#224; consolider leurs bases.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le temps du survivant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La Russie n'a rien invent&#233; &#224; cette logique : elle en est simplement l'imm&#233;diat partenaire du moment. Demain, un autre nom fera l'affaire &#8212; peu importe lequel. Le probl&#232;me n'est pas Moscou. Le probl&#232;me est que le pouvoir malgache, quel qu'il soit, raisonne structurellement &lt;strong&gt;dans le temps du survivant&lt;/strong&gt;, et &lt;strong&gt;non dans le temps du b&#226;tisseur&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas une facilit&#233; de tribune : un survivant et un b&#226;tisseur n'ont pas le m&#234;me rapport au temps &#8212; ils n'ont simplement pas la m&#234;me incitation &#224; en avoir un.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2002, aucun pouvoir malgache n'a acc&#233;d&#233; &#224; ses fonctions par continuit&#233; administrative pure : &#233;lections contest&#233;es, coups de force, transitions militaires se sont succ&#233;d&#233; sans discontinuer. Chaque r&#233;gime n&#233; d'une rupture doit d'abord se l&#233;gitimer et acheter la paix de sa coalition &#8212; l'arm&#233;e, le premier cercle, quelques bailleurs de dernier recours. C'est exactement ce que d&#233;crit la th&#233;orie du s&#233;lectorat : quand la survie d'un dirigeant d&#233;pend d'une coalition minimale plut&#244;t que d'un contrat large avec la population, la logique du pouvoir ne consiste plus &#224; produire des biens publics dont les effets se mesurent sur des d&#233;cennies &#8212; routes, &#233;coles, r&#233;seaux &#233;lectriques, &#201;tat de droit &#8212; mais &#224; distribuer &lt;strong&gt;des avantages priv&#233;s, imm&#233;diats et visibles &#224; cette coalition&lt;/strong&gt; : soldes vers&#233;es, &#233;quipements livr&#233;s, c&#233;r&#233;monies organis&#233;es en commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La livraison de blind&#233;s russes &#224; la garde pr&#233;sidentielle r&#233;pond exactement &#224; cette logique : r&#233;compenser imm&#233;diatement et spectaculairement les forces dont la loyaut&#233; peut garantir le maintien du r&#233;gime &#8212; soutien contre ressources, &#233;quipements, reconnaissance privil&#233;gi&#233;e. Une centrale &#233;lectrique, elle, ne procure aucun b&#233;n&#233;fice direct &#224; cette coalition, et ses effets sont bien trop lents pour entrer dans ce calcul.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une fiscalit&#233; sans contrat&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Seconde raison, plus profonde, tir&#233;e de la sociologie historique de l'&#201;tat. L'extr&#234;me faiblesse des moyens de l'&#201;tat tient &#224; l'extr&#234;me faiblesse de sa fiscalit&#233; &#8212; un probl&#232;me auquel personne ne veut vraiment s'atteler, pour les m&#234;mes raisons politiques : son co&#251;t social &#233;lev&#233;, et l'incapacit&#233; d'imaginer sur un temps plus long les compensations n&#233;cessaires. Ce sont ces m&#234;mes contradictions &#8212; co&#251;t de l'essence, co&#251;t de l'&#233;nergie maintenus artificiellement bas &#224; coups de subventions &#8212; qui s'expriment ici, quitte &#224; saigner l'&#233;conomie et priver l'&#201;tat de ses ressources principales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#201;tat se construit (Charles Tilly) en n&#233;gociant, sur plusieurs si&#232;cles, la lev&#233;e de l'imp&#244;t contre repr&#233;sentation et l&#233;gitimit&#233;. Ce marchandage fiscal-l&#233;gitimit&#233; finit par obliger un pouvoir &#224; composer avec sa population et &#224; penser au-del&#224; de son propre mandat. Madagascar n'a jamais vraiment travers&#233; ce processus. L'&#201;tat malgache tire depuis trop longtemps l'essentiel de ses moyens, non pas d'un imp&#244;t n&#233;goci&#233; avec les citoyens, mais d'une rente &#8212; mati&#232;res premi&#232;res, aide internationale, transferts de la diaspora, et d&#233;sormais partenariats s&#233;curitaires troqu&#233;s contre de la reconnaissance diplomatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pouvoir qui ne d&#233;pend pas fiscalement de sa population n'a aucune raison de raisonner &#224; son &#233;chelle g&#233;n&#233;rationnelle. Il raisonne &#224; l'&#233;chelle de son bailleur du moment &#8212; Moscou aujourd'hui, un autre nom hier, un troisi&#232;me demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce filet de s&#233;curit&#233; ext&#233;rieur, pr&#233;cis&#233;ment, d&#233;responsabilise. L'aide budg&#233;taire, les dons post-cyclone, les transferts de la diaspora comblent les d&#233;ficits sans qu'aucune r&#233;forme structurelle ne soit vraiment exig&#233;e &#8212; m&#234;me quand elle l'est sur le papier. &lt;strong&gt;Un dirigeant sait, quelque part, que sa gestion calamiteuse n'ira jamais tout &#224; fait jusqu'&#224; l'effondrement&lt;/strong&gt;, parce qu'il y aura toujours quelqu'un pour renflouer a minima. Cette certitude diffuse dissout l'incitation &#224; l'anticipation. On ne pr&#233;pare pas l'avenir d'un pays qu'on sait, inconsciemment, toujours rattrapable in extremis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat pourrait s'&#233;tendre &#224; l'int&#233;r&#234;t de l'aide &#233;trang&#232;re et &#224; notre capacit&#233; &#224; nous en passer &#8212; mais au prix de r&#233;formes drastiques et g&#233;n&#233;ralis&#233;es de la fiscalit&#233; et du foncier ; le reste n'est que mesurettes &#224; l'aune des enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'asym&#233;trie des temporalit&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; tout cela s'ajoute une derni&#232;re et cruelle asym&#233;trie : celle des temporalit&#233;s. Le geste russe produit un effet imm&#233;diat et photog&#233;nique &#8212; la poign&#233;e de main au Kremlin, le d&#233;fil&#233; de blind&#233;s, la c&#233;r&#233;monie de remise de mat&#233;riel. Il occupe l'espace m&#233;diatique le jour m&#234;me. Une politique &#233;nerg&#233;tique, un syst&#232;me &#233;ducatif refond&#233;, une r&#233;forme fiscale ne produisent leurs fruits que sur dix ou vingt ans &#8212; largement apr&#232;s la fin, probable et parfois brutale, du mandat de celui qui l'aurait engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le court-termisme ne rel&#232;ve donc pas seulement d'une paresse intellectuelle des dirigeants successifs. &lt;strong&gt;C'est un calcul rationnel&lt;/strong&gt; &#8212; une &#233;conomie de la survie : pourquoi investir dans un b&#233;n&#233;fice qu'on ne r&#233;coltera jamais soi-m&#234;me, quand on peut engranger tout de suite les dividendes symboliques d'un geste spectaculaire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement au Sahel, o&#249; la menace jihadiste impose &#8212; m&#234;me mal, m&#234;me &#224; contretemps &#8212; un minimum d'arbitrage strat&#233;gique parce que l'&#233;chec s'y paie en pertes de territoire imm&#233;diates, Madagascar n'a pas d'ennemi ext&#233;rieur qui vienne sanctionner l'improvisation &#224; court terme. Ce vide s&#233;curitaire, loin d'&#234;tre une chance, est un pi&#232;ge : il laisse le champ libre &#224; une diplomatie de posture, o&#249; l'on peut se permettre l'incoh&#233;rence &#8212; Russie, France, Chine, &#201;tats-Unis courtis&#233;s simultan&#233;ment et sans ligne directrice &#8212; pr&#233;cis&#233;ment parce que rien, &#224; court terme, ne vient punir cette absence de vision.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le carburant, cas d'&#233;cole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pivot russe n'est pas le seul r&#233;v&#233;lateur de ce travers. Le FMI vient de suspendre un d&#233;caissement de 189 millions de dollars, faute d'ajustement du prix de l'essence par la junte Randrianirina &#8212; un m&#233;canisme d'alignement automatique lanc&#233; en janvier 2025 avait pourtant d&#233;bloqu&#233; 101 millions sans accroc. Il a suffi d'un &#171; &#233;tat d'urgence &#233;nerg&#233;tique &#187; pour le suspendre et geler le d&#233;caissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le reniement d'un engagement d&#233;j&#224; tenu, pas un simple retard : la cr&#233;dibilit&#233; de la conditionnalit&#233; y perd pour le FMI, la survie politique imm&#233;diate y gagne pour une junte n&#233;e d'une contestation sur le co&#251;t de la vie&#8230; et les partenaires alternatifs &#8212; la Russie en t&#234;te &#8212; en sortent grands gagnants indirects. Cas d'&#233;cole du temps du survivant : sacrifier un gain diff&#233;r&#233; pour &#233;viter un co&#251;t (social) imm&#233;diat. Mais le coup d'apr&#232;s, c'est quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le colonel Randrianirina n'invente donc rien. Il rejoue, avec des partenaires diff&#233;rents et sur des dossiers distincts, la m&#234;me dramaturgie du geste imm&#233;diat que ces chroniques d&#233;crivaient d&#233;j&#224; &#224; propos du tourisme de prestige, des projets pharaoniques de girafes sur le Tampoketsa et des &#171; Miami sur Pangalanes &#187; annonc&#233;s sans lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie question n'est jamais &#171; la Russie est-elle un bon choix ? &#187;. Elle est : tant que la structure d'incitation du pouvoir malgache r&#233;compensera le survivant et jamais le b&#226;tisseur, quel partenaire, quel qu'il soit, pourrait faire une diff&#233;rence ? C'est cette question &#8212; celle de la structure, non celle du partenaire &#8212; que les trois volets qui suivent tenteront de d&#233;rouler jusqu'au bout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) 2 Ao&#251;t 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Madagascar, le peuple qui, avant, n'existait nulle part</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Madagascar-le-peuple-qui-avant-n.html</link>
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		<dc:date>2026-07-23T04:53:01Z</dc:date>
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		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



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&lt;p&gt;Ou &#171; Il est temps de reprendre l'&#233;criture &#8212; et la lecture &#8212; de notre histoire &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
Abstract : Nous sommes l'un des plus jeunes peuples de la Terre, et l'un des rares n&#233;s de deux mondes que tout s&#233;parait : l'Asie insulaire et l'Afrique, r&#233;unies sur une m&#234;me &#238;le il y a &#224; peine quinze si&#232;cles. De ce brassage, nous avons fait un peuple &#8212; fabriqu&#233; ici, de toutes pi&#232;ces. Mais on nous a appris &#224; nous lire autrement : par vagues et par rangs, Asiatiques en haut, Africains en bas. Ce mythe n'est pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo_510x340-68586.jpg?1789158695' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ou &lt;i&gt;&#171; Il est temps de reprendre l'&#233;criture &#8212; et la lecture &#8212; de notre histoire &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abstract : Nous sommes l'un des plus jeunes peuples de la Terre, et l'un des rares n&#233;s de deux mondes que tout s&#233;parait : l'Asie insulaire et l'Afrique, r&#233;unies sur une m&#234;me &#238;le il y a &#224; peine quinze si&#232;cles. De ce brassage, nous avons fait un peuple &#8212; fabriqu&#233; ici, de toutes pi&#232;ces. Mais on nous a appris &#224; nous lire autrement : par vagues et par rangs, Asiatiques en haut, Africains en bas. Ce mythe n'est pas une erreur, c'est une arme politique. Enqu&#234;te sur un r&#233;cit d'origine forg&#233; pour nous diviser &#8212; et qu'il est temps de reprendre en main.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20826 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH647/illustration-10-97c44.jpg?1789158695' width='500' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous avons tendance &#224; l'oublier&#8230; et cet oubli nous co&#251;te probablement tr&#232;s cher : le peuple malgache est l'un des plus jeunes de la Terre&#8230; C'est aussi l'un des rares n&#233;s de deux mondes que tout s&#233;parait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; la plupart des peuples se forment du m&#233;lange de voisins, le Malgache na&#238;t d'une double travers&#233;e. D'un c&#244;t&#233;, l'Asie insulaire : des navigateurs austron&#233;siens de Born&#233;o, cousins des Ma'anyan, franchissant l'oc&#233;an Indien en pirogue &#224; balancier, il y a peut-&#234;tre quinze si&#232;cles. De l'autre c&#244;t&#233;, l'Afrique : des populations bantoues venues par le canal du Mozambique, rejointes par les apports arabo-swahilis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux rives&#8230; deux oc&#233;ans&#8230; un seul peuple&#8230; fabriqu&#233; ici&#8230; tard&#8230; et de toutes pi&#232;ces. Cette &#233;vidence, qui devrait &#234;tre notre fiert&#233; la plus tranquille, on nous en a soigneusement d&#233;tourn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la place, on nous a racont&#233; l'histoire inverse : celle des vagues et des rangs. Des Asiatiques d'abord, plus clairs, plus &#171; civilis&#233;s &#187;, install&#233;s sur les Hautes Terres. Des Africains ensuite, plus fonc&#233;s, refoul&#233;s vers les c&#244;tes. Chacun &#224; sa place, chacun &#224; son &#233;tage &#8212; comme si le brassage n'avait jamais eu lieu, et comme si l'ordre d'arriv&#233;e d&#233;cidait, encore aujourd'hui, de qui prime sur qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cit-l&#224;, commode, n'est pas tomb&#233; du ciel. Il a une g&#233;n&#233;alogie&#8230; Et cette g&#233;n&#233;alogie est politique de bout en bout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Anatomie d'un mensonge utile&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re main &#224; &#233;crire ce r&#233;cit a &#233;t&#233; malgache. Avant m&#234;me les Europ&#233;ens, la monarchie de l'Imerina ne s'est pas content&#233;e de hi&#233;rarchiser &#8212; toute soci&#233;t&#233; politique le fait. Mais elle a fait plus &#8230; et de mani&#232;re plus lourde de cons&#233;quences : elle a justifi&#233; le rang par l'origine a&lt;i&gt;ndriana, hova, andevo&lt;/i&gt; ; &lt;i&gt;fotsy&lt;/i&gt; contre &lt;i&gt;mainty&lt;/i&gt;&#8230;, et elle a adoss&#233; la pr&#233;&#233;minence de son &#233;lite au mythe d'une souche sup&#233;rieure &#171; venue d'ailleurs &#187;&#8230; tandis que les &lt;i&gt;Vazimba&lt;/i&gt;, ces &#171; premiers habitants &#187; qu'on aurait supplant&#233;s / d&#233;cim&#233;s, servaient &#224; l&#233;gitimer l'ordre par l'ant&#233;riorit&#233; et la conqu&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la hi&#233;rarchie qui nous a divis&#233;s&#8230; c'est cette habitude de lire le rang dans l'origine&#8230; C'est cette grammaire que le colonisateur n'aura plus qu'&#224; durcir et &#224; &#171; prouver &#187; au compas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une souche plus noble &#171; venue d'ailleurs &#187; est donc, pour une part, endog&#232;ne. Nous nous sommes divis&#233;s nous-m&#234;mes avant qu'on ne nous divise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis arrivent les missionnaires britanniques de la London Missionary Society, qui travaillent main dans la main avec cette aristocratie des Hautes Terres. En &#233;tablissant, &#224; juste titre, la parent&#233; linguistique austron&#233;sienne de notre langue, ils offrent une caution savante &#224; un classement social : l'&#233;lite qu'ils fr&#233;quentaient, plus claire, se trouvait rattach&#233;e &#224; une lign&#233;e asiatique &#171; distincte &#187; des peuples c&#244;tiers. La linguistique, qui disait vrai, s'est alors mise au service d'un pr&#233;jug&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis vient la main coloniale&#8230; la plus lourde. L'&#339;uvre monumentale d'Alfred Grandidier&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Grandidier &#8212; Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, avec ses classifications ethnographiques relay&#233;es opportun&#233;ment par l'administration, fige la population malgache en une vingtaine de &#171; tribus &#187; aux fronti&#232;res nettes (Merina, Betsileo, Sakalava&#8230;). Mais Grandidier et l'administration ne d&#233;crivent pas des groupes pr&#233;existants aux identit&#233;s en r&#233;alit&#233; fluides et m&#234;l&#233;es &#8212; ils les &lt;i&gt;cr&#233;ent&lt;/i&gt;&#8230; souvent pour les besoins du recensement et du gouvernement colonial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Gallieni transforme cet outil en instrument de gouvernement. Sa &lt;strong&gt;politique des races&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La politique des races de Gallieni (gouverneur g&#233;n&#233;ral de 1896 &#224; 1905) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a fait tr&#232;s exactement ce que son nom annon&#231;ait : apr&#232;s avoir bris&#233; l'h&#233;g&#233;monie merina, elle r&#233;ifia la cat&#233;gorie &#171; c&#244;tiers &#187;&#8230; pour dresser les p&#233;riph&#233;ries contre le centre. Diviser pour r&#233;gner exige des fronti&#232;res ethniques stables ; l'administration les fabrique, m&#232;tre-ruban et compas cr&#226;nien &#224; l'appui, &lt;i&gt;dolichoc&#233;phales&lt;/i&gt; contre &lt;i&gt;brachyc&#233;phales&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le vocabulaire de l'anthropologie raciale de l'&#233;poque, qui pr&#233;tendait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, dans le grand d&#233;lire classificatoire de l'&#233;poque. Le mod&#232;le en mille-feuille &#8212; les Asiatiques dessus, les Africains dessous &#8212; n'est pas une lecture de notre pass&#233; : c'est une &lt;strong&gt;grille de commandement&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; ce qu'il faut nommer, sans d&#233;tour : le r&#233;cit dominant de nos origines n'est pas un r&#233;sum&#233; neutre du savoir. Il s&#233;lectionne, arrange et hi&#233;rarchise les donn&#233;es au service d'un int&#233;r&#234;t &#8212; hier l&#233;gitimer une aristocratie ou un pouvoir colonial, aujourd'hui nourrir des rivalit&#233;s &#233;lectorales. Un projet politique d&#233;guis&#233; en savoir objectif.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;coupler l'origine de la hi&#233;rarchie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qu'on m'entende bien : il ne s'agit pas de nier les briques du r&#233;cit. La parent&#233; avec le ma'anyan de Born&#233;o est r&#233;elle. Le fond bantou l'est tout autant. La g&#233;n&#233;tique elle-m&#234;me &#8212; l'&#233;tude, souvent cit&#233;e, qui sugg&#232;re une poign&#233;e de fondatrices &#224; l'origine de la population &#8212; confirme le double apport.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La diversit&#233; de nos origines est notre patrimoine ; le classement de ces origines est une greffe &#233;trang&#232;re &#8212; aristocratique, puis coloniale. Et le seul h&#233;ritage vraiment allog&#232;ne que nous portons encore, ce n'est pas le sang asiatique ni le sang africain : c'est la hi&#233;rarchie qu'on a plaqu&#233;e sur notre brassage pour mieux nous tenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historien Pier Larson&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;History and Memory in the Age of Enslavement : Becoming Merina in Highland (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; a montr&#233;, que l'identit&#233; &#171; merina &#187; elle-m&#234;me, et la standardisation de notre langue, sont en grande partie des produits de l'&#232;re de la traite et de la &#171; cr&#233;olisation &#187; : des populations d'origine diverse, brutalement mises en contact dans le cadre de l'esclavage, y ont produit une culture et une identit&#233; nouvelles. Le groupe suppos&#233; &#171; le plus pur &#187; et &#171; le plus ancien &#187; n'est donc pas une essence primordiale surgie du fond des &#226;ges, mais lui aussi une construction r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'existe, en amont, aucun peuple ant&#233;rieur et intact dont on pourrait r&#233;clamer l'h&#233;ritage exclusif&#8230; Et toc !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ce que le mensonge nous cache&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On touche ici au plus grave : cette rivalit&#233; ethnique &lt;strong&gt;fabriqu&#233;e&lt;/strong&gt; n'est pas seulement fausse, elle est &lt;strong&gt;utile&lt;/strong&gt; &#224; qui veut d&#233;tourner notre regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;tendre d&#233;passer la fausse guerre merina/c&#244;tiers, ce n'est surtout pas demander &#224; quiconque d'oublier les injustices bien r&#233;elles. C'est bien l'inverse : c'est comprendre que le r&#233;cit ethnique est pr&#233;cis&#233;ment l'&#233;cran de fum&#233;e qui nous emp&#234;che de les voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;canisme, on le conna&#238;t : quand une crise &#233;clate &#8212; accaparement des terres, mis&#232;re d'une r&#233;gion, captation d'un march&#233; public &#8212;, on nous la pr&#233;sente comme un vieil antagonisme entre Merina et c&#244;tiers. L'indignation se d&#233;tourne alors vers l'ethnie : on cherche le coupable dans &#171; l'autre groupe &#187; plut&#244;t que dans le syst&#232;me qui produit l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce syst&#232;me n'a pas de couleur. &lt;strong&gt;L'oligarchie qui capte la rente se recrute aussi bien sur les Hautes Terres que sur les c&#244;tes&lt;/strong&gt; ; le centralisme qui &#233;touffe les r&#233;gions sert des int&#233;r&#234;ts, pas une &#171; race &#187;. Mais tant que la col&#232;re reste capt&#233;e par le clivage ethnique, elle ne remonte jamais jusqu'&#224; sa vraie cause : le peuple se divise horizontalement &#8212; r&#233;gion contre r&#233;gion &#8212; au lieu de regarder verticalement, vers ceux qui gouvernent et profitent. Le r&#233;cit ethnique occupe le regard, d&#233;signe de faux adversaires, prot&#232;ge les vrais b&#233;n&#233;ficiaires. D&#233;noncer les fausses rivalit&#233;s d'origine, ce n'est donc pas minimiser les injustices : c'est &#233;carter le rideau qui les dissimule, pour enfin les combattre l&#224; o&#249; elles se trouvent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tant que nous lisons 1972, 2002, 2009, 2025 comme un affrontement de &#171; races &#187; malgaches, nous ne verrons pas les v&#233;ritables lignes de fracture. Les in&#233;galit&#233;s de d&#233;veloppement entre le centre et les p&#233;riph&#233;ries sont un fait ; elles n'ont pas besoin de l'alibi ethnique, elles n'en ont m&#234;me que faire. L'ethnie est le d&#233;guisement que rev&#234;t la lutte pour la rente pour se faire passer pour une fatalit&#233; ancestrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;approprier la v&#233;rit&#233; de notre peuplement a donc un b&#233;n&#233;fice tr&#232;s concret : en retirant l'alibi, on rend enfin visibles les vraies fractures. Ce n'est pas un apaisement de fa&#231;ade. C'est un d&#233;sarmement &#8212; celui du meilleur &#233;cran des puissants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Reprendre la plume, et le regard&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste une derni&#232;re question, qui les r&#233;sume toutes : qui a &#233;crit cette histoire ? La LMS, Grandidier, l'administration coloniale, la craniom&#233;trie. D'autres, presque toujours, et pour des raisons qui n'&#233;taient pas les n&#244;tres. Nous nous sommes pens&#233;s, pendant plus d'un si&#232;cle, dans des cat&#233;gories forg&#233;es pour &#234;tre gouvern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit d'ordinaire qu'un pays devient souverain le jour o&#249; il obtient son drapeau, sa monnaie, son si&#232;ge aux Nations unies. Ce sont l&#224; les signes visibles de l'ind&#233;pendance ; ils ne suffisent pas. Il existe une souverainet&#233; plus profonde, et plus difficile &#224; conqu&#233;rir : celle du r&#233;cit &#8212; le pouvoir de dire soi-m&#234;me qui l'on est, d'o&#249; l'on vient, ce que l'on a &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car un peuple ne se d&#233;finit pas seulement par un territoire, mais par l'histoire qu'il se raconte. Cette histoire &#233;tablit qui appartient &#224; la nation et qui lui est &#233;tranger, qui a le droit de gouverner et au nom de quoi, ce dont on doit &#234;tre fier et ce dont on doit avoir honte. Celui qui l'&#233;crit tient, en r&#233;alit&#233;, les cl&#233;s de l'identit&#233; collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce r&#233;cit, nous ne l'avons pas &#233;crit : il fut r&#233;dig&#233; pour nous tenir &#8212; pour nous diviser en tribus, nous hi&#233;rarchiser, nous rendre plus faciles &#224; administrer. Nous avons h&#233;rit&#233; d'un pays dont l'acte de naissance porte la main m&#234;me qui voulait le poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rabaisser le drapeau colonial ne suffit pas si l'on continue de se penser dans les cat&#233;gories que le colonisateur a forg&#233;es. Tant que nous nous lisons avec sa grille &#8212; vagues, rangs, races &#8212;, une part de notre esprit reste colonis&#233;e&#8230; quand bien m&#234;me le territoire ne l'est plus. La v&#233;ritable ind&#233;pendance exige donc ce dernier geste, le plus intime : reprendre la plume, et r&#233;&#233;crire nous-m&#234;mes notre commencement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes le peuple qui n'existait nulle part. C'est la plus solide des fondations : nul ne peut nous renvoyer &#171; chez nous &#187;, car il n'y a pas d'ailleurs &#8212; il n'y a que cette &#238;le, et ce que nous y avons fait ensemble. Il ne tient qu'&#224; nous de le relire, et de le r&#233;&#233;crire, enfin de notre propre main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais s'il est ais&#233; de d&#233;noncer un mensonge, il est autrement plus exigeant de (re)b&#226;tir la v&#233;rit&#233; qui doit en prendre la place. La nature a horreur du vide&#8230; Si nous nous contentons de dire &#171; le r&#233;cit des vagues et des rangs est faux &#187;, sans rien construire &#224; sa suite, il reviendra &#8212; car il est d&#233;j&#224; l&#224;, dans les manuels, dans les blagues, dans les r&#233;flexes &#233;lectoraux, dans la bouche des a&#238;n&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Se r&#233;approprier notre histoire n'est pas un acte de d&#233;molition. C'est un chantier. Et tout chantier commence par des fondations, des outils, des mains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(on en parlera dans les prochaines chroniques de Rafetsy)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) Juillet 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Alfred Grandidier &#8212; &lt;i&gt;Histoire physique, naturelle et politique de Madagascar&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La politique des races&lt;/i&gt; de Gallieni (gouverneur g&#233;n&#233;ral de 1896 &#224; 1905) consistait &#224; administrer chaque &#171; race &#187; malgache s&#233;par&#233;ment, selon son pr&#233;tendu caract&#232;re propre, plut&#244;t que comme une nation unie. Un pur &lt;i&gt;diviser pour r&#233;gner&lt;/i&gt;, qui transforma des cat&#233;gories ethniques fluides en r&#233;alit&#233;s administratives fig&#233;es &#8212; et pr&#233;vint ainsi toute r&#233;sistance nationale unifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le vocabulaire de l'anthropologie raciale de l'&#233;poque, qui pr&#233;tendait classer les humains d'apr&#232;s la forme du cr&#226;ne, mesur&#233;e &#224; l'indice c&#233;phalique. Les &lt;i&gt;dolichoc&#233;phales&lt;/i&gt; ont le cr&#226;ne allong&#233; (long d'avant en arri&#232;re), les &lt;i&gt;brachyc&#233;phales&lt;/i&gt; le cr&#226;ne court et large. Les tenants de cette pseudoscience coloniale se servaient de ces mesures pour &#171; prouver &#187; des origines distinctes &#8212; cr&#226;ne allong&#233; &#171; africain &#187; contre cr&#226;ne rond &#171; asiatique &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;History and Memory in the Age of Enslavement : Becoming Merina in Highland Madagascar, 1770&#8211;1822&lt;/i&gt;, Heinemann / James Currey / David Philip, coll. &#171; Social History of Africa &#187;, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les chroniques de Rafetsy &#8211; Le mouvement Ady Fototra : reconstruire la confiance</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Les-chroniques-de-Rafetsy-Le-mouvement-Ady-Fototra-reconstruire-la-confiance.html</link>
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		<dc:date>2026-06-22T05:57:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Cette chronique veut marquer un tournant &#233;ditorial : l&#8216;evolution de Ragidro &#224; Rafetsy&#8230; &lt;br class='autobr' /&gt;
De l'observation politiste critique, il s'agit de s'&#233;tendre d&#233;sormais &#224; un souci de diss&#233;quer, valoriser et th&#233;oriser les initiatives, citoyennes en particulier ( les &#171; p&#233;pites &#187; dirait une jeune amie ), jug&#233;es &#224; fort impact. L'&#233;valuation du mouvement Ady Fototra / Move On refl&#232;tera la premi&#232;re illustration de cette ligne &#233;ditoriale : il ne s'agit plus seulement de commenter la crise malgache, la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L450xH300/logo_720-51-4044a.jpg?1789158695' class='spip_logo spip_logo_right' width='450' height='300' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cette chronique veut marquer un tournant &#233;ditorial : l&#8216;evolution de Ragidro &#224; Rafetsy&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'observation politiste critique, il s'agit de s'&#233;tendre d&#233;sormais &#224; un souci de diss&#233;quer, valoriser et th&#233;oriser les initiatives, citoyennes en particulier ( les &#171; p&#233;pites &#187; dirait une jeune amie ), jug&#233;es &#224; fort impact. L'&#233;valuation du mouvement Ady Fototra / Move On refl&#232;tera la premi&#232;re illustration de cette ligne &#233;ditoriale : il ne s'agit plus seulement de commenter la crise malgache, la soci&#233;t&#233; ou la g&#233;opolitique, mais d'analyser les laboratoires d'ing&#233;nierie sociale qui foisonnent et ici qui fusionnent philosophie endog&#232;ne et modernit&#233; manag&#233;riale pour transformer durablement la Grande &#206;le.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://m.madagascar-tribune.com/IMG/jpg/adyfototra.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH375/adyfototra-3bc57.jpg?1789158695' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div style=&#034;background-color:powderblue;&#034;&gt;
&lt;p&gt;N&#233; en 2018 &#224; Antananarivo, le mouvement Move On se constitue en cellule de coaching et d'incubation, avant de lancer sa premi&#232;re action de terrain en f&#233;vrier 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De cette dynamique na&#238;t &lt;a href=&#034;https://adyfototra.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ady Fototra&lt;/a&gt; &#8212; &#171; la lutte pour les fondations &#187; &#8212;, mouvement citoyen qui se d&#233;ploie autour de trois axes : l'&#233;ducation et le r&#233;armement des consciences (programme Famoha), l'environnement et le reboisement (HETSORO, ROHIAINA), la culture et la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ses r&#233;alisations vont du dessalement de l'eau dans l'Androy au soutien &#224; la fili&#232;re vanille de Manakara, des tourn&#233;es &#171; Lecture en Rire &#187;, jusqu'&#224; la sensibilisation civique dans les &#233;coles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement revendique aujourd'hui dix-huit p&#244;les, des antennes dans une quinzaine de localit&#233;s et une pr&#233;sence diasporique sur cinq pays &#8212; un maillage enti&#232;rement b&#233;n&#233;vole, du Sud aride aux relais de France et des &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; quoi un mouvement citoyen n&#233; d'une crise doit-il d'abord s'attaquer ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ady Fototra&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; r&#233;pond : &#224; la conscience du citoyen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est forte. Elle affirme qu'aucune transformation durable ne viendra d'institutions que l'on attendrait, immobiles, qu'elles se r&#233;forment d'elles-m&#234;mes. Le changement commence plus bas : dans les comportements, les liens, la capacit&#233; &#224; agir ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le mal malgache ne tient pas seulement &#224; des consciences assoupies. Il tient aussi &#224; un vide. D'un c&#244;t&#233;, le &lt;i&gt;fanjakana&lt;/i&gt; : un pouvoir trop souvent v&#233;cu comme lointain, ext&#233;rieur, pr&#233;dateur. Le pouvoir du colon hier. Celui des r&#233;seaux et des int&#233;r&#234;ts capt&#233;s aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre, l'individu&#8230; Et entre les deux un &#171; presque &#187; plus rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; o&#249; tenaient autrefois le &lt;i&gt;fihavanana&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;fokonolona&lt;/i&gt;, le &lt;i&gt;dina&lt;/i&gt;, des d&#233;cennies d'anomie en ont d&#233;fait le tissu. Ni l'&#201;tat, ni le march&#233;, ni les partis n'en ont r&#233;ellement rempli l'espace.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le vide social n'est jamais neutre. Le clan s'y installe. Le client&#233;lisme s'y nourrit. L'homme providentiel y propose une appartenance pr&#234;te &#224; l'emploi. L'individu isol&#233; devient disponible pour toutes les captures. La solitude est la mati&#232;re premi&#232;re des emprises. Un peuple dispers&#233; se gouverne ais&#233;ment. Un peuple reli&#233; discute, contr&#244;le et r&#233;siste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai probl&#232;me n'est pas qu'on ait &#224; faire face &#224; des consciences &#171; assoupies &#187; &#8230; Le vrai probl&#232;me c'est qu'on ait install&#233; les consciences dans la d&#233;fiance&#8230; Ces consciences o&#249; s'est ancr&#233;e la conviction, acquise &#224; force de d&#233;ceptions, de frustrations que l'autre finira par trahir, que le bien commun sera d&#233;tourn&#233;, que celui qui s'engage poursuit un int&#233;r&#234;t cach&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors chacun se retire. Le commun se d&#233;grade, l'espace public se vide. La d&#233;fiance nourrit l'abandon ; l'abandon confirme la d&#233;fiance. Ce cercle n'a rien d'une fatalit&#233; culturelle. Il r&#233;sulte d'une histoire, de rapports de pouvoir, d'institutions ab&#238;m&#233;es et de promesses trop souvent trahies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'Ady Fototra trouve sa raison d'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement ne cherche pas &#224; conqu&#233;rir l'&#201;tat. Il tente de (re)construire ce qui manque entre l'&#201;tat et l'individu : un espace o&#249; les citoyens agissent ensemble &#8230; Un moment o&#249; la confiance redevient une exp&#233;rience avant d'&#234;tre un discours. Reconstruire un &#171; nous &#187; n'est pas acqu&#233;rir un suppl&#233;ment d'&#226;me. C'est un acte politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La confiance par la preuve&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La premi&#232;re force&lt;/strong&gt; d'Ady Fototra est de relier ce que les politiques publiques et l'aide au d&#233;veloppement ont tendance &#224; d&#233;couper. &#8230; L'&#233;cole d'un c&#244;t&#233;. L'environnement de l'autre. L'emploi ailleurs. Comme si une communaut&#233; vivait par secteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ady Fototra proc&#232;de autrement. Dans le Sud, restaurer les sols, produire des l&#233;gumes et renforcer l'autonomie alimentaire rel&#232;vent d'un m&#234;me geste. &#192; Tamatave, une action de salubrit&#233; devient un apprentissage &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bien commun existe vraiment lorsqu'il rassemble plusieurs acteurs. C'est ainsi que commence un collectif : non par une proclamation, mais par une t&#226;che partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Deuxi&#232;me force&lt;/strong&gt; : le mouvement ne pr&#233;tend pas transformer les territoires en passant au-dessus d'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'Androy, il compose avec les autorit&#233;s coutumi&#232;res qui conservent une l&#233;gitimit&#233;. &#192; Betafo, il sollicite les anciens. Dans plusieurs antennes, il travaille avec les structures existantes au lieu de leur substituer un mod&#232;le con&#231;u ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement &#233;choue souvent moins par manque d'id&#233;es que par d&#233;faut d'ancrage. Une solution peut &#234;tre techniquement juste et socialement inop&#233;rante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ady Fototra cherche &#224; r&#233;-irriguer les formes locales de coop&#233;ration. Il ne s'agit pas d'id&#233;aliser le pass&#233;, mais de reconna&#238;tre que la transformation devient plus solide lorsqu'elle s'appuie sur des l&#233;gitimit&#233;s comprises et reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Troisi&#232;me force : le b&#233;n&#233;volat.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un contexte o&#249; l'engagement est vite soup&#231;onn&#233; d'&#234;tre int&#233;ress&#233; ou instrumentalis&#233;, donner son temps n'est pas seulement une vertu morale. C'est une preuve. La confiance ne revient pas parce que quelqu'un affirme servir le peuple. Elle revient lorsqu'un comportement co&#251;te quelque chose &#224; celui qui l'adopte, &#224; savoir du temps, de l'&#233;nergie au d&#233;triment de son propre confort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le b&#233;n&#233;volat ne r&#232;glera &#233;videmment pas tout. Il ne doit surtout pas devenir un mod&#232;le &#233;conomique permanent. Mais lorsqu'un collectif se constitue de cette mani&#232;re, il envoie un signal puissant : tout n'est pas &#224; vendre, tout engagement ne cache pas une rente. Cet engagement gratuit (d&#233;sint&#233;ress&#233; ?) ouvre une br&#232;che dans le mur la d&#233;fiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatri&#232;me force : personne ne semble devoir tout commander.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les antennes gardent leurs noms, leurs priorit&#233;s, leur mani&#232;re d'agir. Le m&#234;me mouvement peut soutenir la vanille &#224; Manakara, travailler sur l'eau dans le Sud, nettoyer &#224; Tamatave ou d&#233;velopper des actions &#233;ducatives ailleurs. Cette diversit&#233; peut devenir une forme de robustesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une organisation pyramidale concentre la vision, la d&#233;cision et la l&#233;gitimit&#233; au sommet. Elle gagne en lisibilit&#233;, mais devient vuln&#233;rable &#224; la captation. Une organisation en r&#233;seau r&#233;partit le pouvoir. Elle accepte une part de d&#233;sordre, mais rend l'appropriation locale possible. La confiance ne reste plus suspendue &#224; une personnalit&#233; centrale&#8230; elle se consolide entre des personnes qui se voient agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'intuition est juste : le pays ne se reconstruira pas depuis un centre monoc&#233;phale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cinqui&#232;me force : la diaspora n'est pas seulement sollicit&#233;e pour financer.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Convoqu&#233;e (grossi&#232;rement et maladroitement) pour payer, elle reste &#233;videmment &#224; l'ext&#233;rieur&#8230; Invit&#233;e &#224; agir, elle apporte autre chose que de l'argent : des comp&#233;tences, des r&#233;seaux, des d&#233;bouch&#233;s, une capacit&#233; de m&#233;diation. Et elle retrouve surtout une place dans le &#171; nous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;part ampielezana ne nie pas l'appartenance. Mais celle-ci s'affaiblit lorsqu'on veut ne la traduire que par des transferts financiers. Impliquer la diaspora dans l'action doit permettre de recoudre une partie de la d&#233;chirure. Le collectif national ne doit pas s'arr&#234;ter aux fronti&#232;res de l'&#238;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ady Fototra qui relie entre elles ces cinq forces dessine une m&#233;thode et ne se limite pas &#224; enseigner le civisme. Il cr&#233;e des situations o&#249; des personnes coop&#232;rent, se rendent utiles et d&#233;couvrent qu'elles peuvent compter les unes sur les autres&#8230; C'est ainsi que la confiance se reconstruit : par des actes r&#233;p&#233;t&#233;s, visibles et individuellement couteux en termes d'engagement personnel&#8230; On ne d&#233;cr&#232;te pas un peuple. On le tisse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La ligne de cr&#234;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste une tension : il existe deux mani&#232;res de former un collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re consiste &#224; faire ensemble, puis &#224; d&#233;couvrir, dans l'action, que la coop&#233;ration est possible. Cette voie produit de l'autonomie&#8230; chacun apprend &#224; juger, d&#233;cider, prendre sa part et r&#233;pondre de ses choix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde consiste &#224; fixer des r&#232;gles, des valeurs, des engagements, une discipline commune. Les &lt;i&gt;Didy Folo Hafatra&lt;/i&gt; rel&#232;vent de cette logique. Ils donnent un cadre et rendent l'appartenance lisible parce qu'un collectif a en effet besoin de rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une charte peut prot&#233;ger l'action et rappeler les exigences&#8230; de probit&#233; et de respect en particulier. Mais le cadre doit caract&#233;riser un appui, un support &#8230; Il ne peut pas et ne doit pas constituer tutelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confiance ne peut en effet se commander&#8230; Tout comme l'appartenance ne peut s'ordonner &#8230; On ne convainc pas durablement un citoyen que son pays lui appartient en lui demandant seulement de r&#233;citer les conditionnalit&#233;s d'une bonne conduite qu'on lui aura &#233;dict&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque serait de ramener un probl&#232;me politique (i.e la corruption, la collusion av&#233;r&#233;es et reconnues en d&#233;faillance de l'Etat) &#224; une tare individuelle exprim&#233;e en manque de confiance, de discipline, de volont&#233;&#8230; ou de &#171; bonne mentalit&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La corruption, la captation des richesses, l'in&#233;galit&#233; d'acc&#232;s aux services publics et la faiblesse de la justice ne rel&#232;vent pas de probl&#232;mes de d&#233;veloppement personnel de l'individu. Et on ne peut pas rendre les citoyens personnellement responsables des tares qu'ils subissent. Je sais : &#171; on a les dirigeants qu'on m&#233;rite &#187; dit l'adage&#8230; La formule, qui a tendance &#224; disculper les politiques, atteint ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La force d'Ady Fototra se situe dans l'articulation des deux niveaux : faire grandir l'individu sans absoudre le syst&#232;me &#8230; Restaurer la responsabilit&#233; personnelle sans effacer la responsabilit&#233; publique &#8230; R&#233;habiliter l'effort sans transformer l'injustice en insuffisance morale des victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement des mentalit&#233;s ne pr&#233;c&#232;de pas m&#233;caniquement celui de la gouvernance. Les deux avancent ensemble. Des institutions plus justes rendent la confiance rationnelle. Des citoyens mieux organis&#233;s obligent les institutions &#224; devenir plus justes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ady Fototra semble le plus convaincant lorsqu'il fait de cette relation une pratique : des personnes agissent, cr&#233;ent du commun, mesurent ce qu'elles peuvent accomplir, puis deviennent plus exigeantes envers elles-m&#234;mes et envers le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa vocation n'est donc peut-&#234;tre pas de commander la confiance. Elle est de lui donner des raisons de revenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) &#8211; 21/06/2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Rafetsy&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://adyfototra.org/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://adyfototra.org/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>2028 : la campagne a-t-elle d&#233;j&#224; commenc&#233; (dans les coulisses du faux) ?</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/2028-la-campagne-a-t-elle-deja-commence-dans-les-coulisses-du-faux.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://m.madagascar-tribune.com/2028-la-campagne-a-t-elle-deja-commence-dans-les-coulisses-du-faux.html</guid>
		<dc:date>2026-05-29T05:24:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Abstract : Ou comment la popularit&#233; num&#233;rique se fabrique-t-elle &#224; la commande ? La page de Siteny aligne 808 000 followers et 96 % d'avis favorables. Mais derri&#232;re un seul post, cinquante profils pass&#233;s syst&#233;matiquement et exhaustivement au crible r&#233;v&#232;lent une arm&#233;e de comptes flambant neufs, orn&#233;s de visages de synth&#232;se. Bienvenue dans le th&#233;&#226;tre du faux consensus, o&#249; l'on cherche d&#233;j&#224; peut-&#234;tre moins &#224; convaincre qu'&#224; dissuader. Eternelle pr&#233;f&#233;rence d'une classe politique qui, une fois (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L443xH295/logo_720-46-f6aff.jpg?1789158695' class='spip_logo spip_logo_right' width='443' height='295' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Abstract : Ou comment la popularit&#233; num&#233;rique se fabrique-t-elle &#224; la commande ? La page de Siteny aligne 808 000 followers et 96 % d'avis favorables. Mais derri&#232;re un seul post, cinquante profils pass&#233;s syst&#233;matiquement et exhaustivement au crible r&#233;v&#232;lent une arm&#233;e de comptes flambant neufs, orn&#233;s de visages de synth&#232;se. Bienvenue dans le th&#233;&#226;tre du faux consensus, o&#249; l'on cherche d&#233;j&#224; peut-&#234;tre moins &#224; convaincre qu'&#224; dissuader. Eternelle pr&#233;f&#233;rence d'une classe politique qui, une fois encore, soigne son image au lieu d'&#233;couter ceux qu'elle pr&#233;tend servir. D&#233;cryptage d'une mise en sc&#232;ne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20654 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L443xH638/illustration-8-e50dc.jpg?1789158696' width='443' height='638' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a des chiffres qui ont la rondeur tranquille de l'&#233;vidence. Voil&#224; ce qu'a offert, un matin, un post sur la page Facebook du pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale : deux nombres align&#233;s comme des m&#233;dailles. 807 000 abonn&#233;s. 97 % d'opinions favorables. Et un message limpide, qui s'en d&#233;gage tout seul : Siteny est un homme appr&#233;ci&#233;. Aim&#233; &#8230; pl&#233;biscit&#233;&#8230; port&#233;. Les 900 000 followers d&#233;j&#224; &#224; port&#233;e de main.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait s'arr&#234;ter l&#224;, hocher la t&#234;te et passer son chemin, comme nous le faisons mille fois par jour devant ces indicateurs abstraits qui ont remplac&#233; le suffrage. 800 000 followers, why not &#8230; La page Andry Rajoelina en compte 1,2M &#8230; Pour ce que &#231;a lui a servi &#8230; Quant &#224; RA8, &#224; titre indicatif, il en recense 1100.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le 96 % interpelle. Quatre-vingt-seize pour cent de gens contents&#8230; d'un homme politique ? &#192; Madagascar ? En 2026 ? Dans un pays qui n'est pas sorti de l'effondrement, qui se d&#233;chire sur la rue et les treillis, sur Base Toliara, sur les amiti&#233;s russes et les financements de Duba&#239; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait mati&#232;re &#224; douter. La politique, par construction, divise, clive, agace. Un score d'unanimit&#233; sovi&#233;tique &#8212; tiens donc &#8212; ne d&#233;crit jamais une opinion. Il d&#233;crit une mise en sc&#232;ne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La descente dans la salle des machines&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne fallait pas m'interpeller&#8230; J'ai donc fait cette chose incongrue &#224; l'&#232;re du zapping : j'ai cliqu&#233;, cliqu&#233;, cliqu&#233;. Non pas sur le score &#8212; mais sur les profils cens&#233;s se presser derri&#232;re. Le post &#233;tait une &#171; &lt;strong&gt;belle b&#234;te&lt;/strong&gt; &#187; : 9 100 like, 2 000 commentaires, 259 partages. J'ai relev&#233; &#224; la main &lt;strong&gt;strictement les soixante premiers&lt;/strong&gt; commentateurs : nom, sexe, date de cr&#233;ation, nombre de followers ou d'amis, nombre de publications. Boulot de greffier &#8212; l'ennui m&#233;thodique de celui qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et se r&#233;v&#232;lent des fissures. Premi&#232;re fissure : les dates de cr&#233;ation. Une grappe enti&#232;re surgie de nulle part entre fin 2025 et d&#233;but 2026. Huit en d&#233;cembre. Onze en janvier. D'autres en f&#233;vrier, mars, avril. Une quarantaine de profils flambant neufs, peu d'abonn&#233;s, peu de publications, &#233;clos juste &#224; temps pour la f&#234;te&#8230; des taux d'adh&#233;sion qui contredisent un nombre de publications d&#233;risoire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or Siteny n'est pas un nouveau-n&#233; de la vie publique : voil&#224; plus de dix ans qu'il l'arpente. Une vraie audience se s&#233;dimente par couches, par ann&#233;es. Celle-ci &#233;tait tomb&#233;e d'un coup. Comme un d&#233;cor qu'on d&#233;balle avant la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;On n'avait pas une foule de partisans, mais un peuplement : des coquilles v&#234;tues de minois emprunt&#233;s ou r&#234;v&#233;s par un algorithme, align&#233;es pour faire nombre&#8230; faire consensus.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seconde fissure, plus d&#233;rangeante. Une tr&#232;s grande partie de ces profils arboraient des portraits de jeunes femmes&#8230; Invariablement s&#233;duisantes&#8230; Soigneusement &#171; typ&#233;es &#187; &#8230; Normal : &#231;a maximise l'acceptation des demandes d'amis et le taux de clic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que ces femmes n'existent pas : les unes sortent de banques d'images, les autres sont fabriqu&#233;es par intelligence artificielle&#8230; et sans g&#233;nie &#8212; cette anatomie qui se d&#233;robe d&#232;s qu'on insiste du regard, ces rat&#233;s que la machine laisse tra&#238;ner. Un profil masculin aussi, beau gar&#231;on de catalogue. Sur les premiers profils pass&#233;s au crible d'une recherche d'image invers&#233;e : trois sur quatre, FAUX. On n'avait pas une foule de partisans, mais un peuplement : des coquilles v&#234;tues de minois emprunt&#233;s ou r&#234;v&#233;s par un algorithme, align&#233;es pour faire nombre&#8230; faire consensus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons honn&#234;te&#8230; Tout n'&#233;tait pas faux : j'y ai aussi crois&#233; de vrais comptes, anciens, vivants, parfois critiques m&#234;me. La page m&#234;le les deux, une audience r&#233;elle et &lt;strong&gt;une amplification artificielle qui la grossit&lt;/strong&gt;. Je p&#232;se mes mots : j'&#233;tablis qu'on gonfle, je n'affirme pas qui &#171; souffle dans le ballon &#187;. Il s'agit de documenter un fait, pas une intention&#8230; et laisser &#224; d'autres le soin des proc&#232;s. Mais le fait, lui, tient debout.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'art de vaincre sans combattre&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste la question : pourquoi peupler une page d'avenants avatars avenants ? Il faut redescendre de vingt-cinq si&#232;cles, jusqu'&#224; Sun Tzu, qui consignait dans L'Art de la guerre la phrase qui &#233;claire tout : &#171; L'excellence supr&#234;me consiste &#224; soumettre l'ennemi sans combattre. &#187; Le faux consensus comme ici ne cherche pas &#224; convaincre &#8212; il cherche &#224; dissuader l'ennemi, le concurrent. Ces 807 000 abonn&#233;s, ce mur de commentaires laudateurs ne sont pas un argument : ils sont un rempart.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message n'est pas &#171; voici pourquoi cet homme a raison &#187;&#8230; Le message dit : &#171; regardez comme il est d&#233;j&#224; puissant &#187;. &#192; quoi bon s'y opposer ? Vous seriez seul. Vous seriez ridicule. Rentrez chez vous. La bataille est gagn&#233;e avant d'&#234;tre livr&#233;e, sans un coup, par la seule mise en sc&#232;ne de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;&#171; la preuve sociale &#187; : face &#224; l'incertitude, l'humain se tourne vers ses semblables pour d&#233;cider quoi penser. Le nombre devient boussole.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le ressort log&#233; dans nos t&#234;tes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le plus g&#234;nant, c'est que cela fonctionne &#8212; parce que la man&#339;uvre ne s'attaque pas &#224; nos opinions mais &#224; des m&#233;canismes que nous portons tous de mani&#232;re anthropologique, planqu&#233;s sous la raison. Le premier m&#233;canisme, les psychologues le nomment &#171; la preuve sociale &#187; : face &#224; l'incertitude, l'humain se tourne vers ses semblables pour d&#233;cider quoi penser. Le nombre devient boussole. &#171; Beaucoup approuvent, donc ce doit &#234;tre bon. &#187; Notre jugement, paresseux et gr&#233;gaire, d&#233;l&#232;gue &#224; la foule le soin de trancher. M&#234;me quand la foule est en carton-p&#226;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;&#171; la spirale du silence &#187;. Qui se croit minoritaire se tait, par cette peur ancestrale de l'isolement, souvent plus forte que la conviction.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second m&#233;canisme est plus retors : &#171; la spirale du silence &#187;. Qui se croit minoritaire se tait, par cette peur ancestrale de l'isolement, souvent plus forte que la conviction. Et chaque silence &#233;paissit l'illusion majoritaire, qui fait taire le suivant. Le faux consensus fabrique du vrai silence &#224; partir de faux applaudissements. &#192; ce stade, la machine peut s'arr&#234;ter de tourner : elle a fait son nid dans les t&#234;tes et s'entretient toute seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre sociologue de r&#233;f&#233;rence, G&#233;rald Bronner&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je ne saurais trop recommander de l'excellent Bronner trois ouvrages de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, a donn&#233; un nom savant &#224; ce peuple de figurants : &#171; le calibrage social &#187;, cette mani&#232;re dont les r&#233;seaux faussent notre perception de qui est majoritaire. Sur le march&#233; cognitif qu'il d&#233;crit, on ne truque plus seulement l'information &#8212; on truque la popularit&#233;. Et notre cerveau, dans sa gr&#233;garit&#233; ancestrale, y mord &#224; plein neurones. C'est ainsi qu'on gagne sans combattre : non pas &#233;craser l'adversaire, mais le persuader, doucement, qu'il a d&#233;j&#224; perdu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le contre-poison &#233;tait &#224; port&#233;e de clic&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire, alors, devant un d&#233;cor qu'on sait enfin reconna&#238;tre ? La r&#233;ponse, ironie d&#233;licieuse, g&#238;t dans le m&#234;me vieux livre. Car le strat&#232;ge qui enseignait la ruse enseignait aussi son rem&#232;de : &#171; Connais ton ennemi et connais-toi toi-m&#234;me, tu ne seras jamais en p&#233;ril. &#187; La parade &#224; Sun Tzu, c'est de nouveau Sun Tzu : la connaissance. La v&#233;rification. Le refus obstin&#233; de prendre le compteur pour la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;La d&#233;mocratie num&#233;rique nous a vendu une promesse empoisonn&#233;e : la mesure comme v&#233;rit&#233;, le &#171; like &#187; comme bulletin.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce que j'ai fait ici n'a, je le confesse, rien d'h&#233;ro&#239;que. C'est lent, laborieux, presque sot&#8230; Cliquer. Regarder les visages. Noter des dates sur un tableur. Glisser une photo dans un moteur de recherche invers&#233;e. Voil&#224; tout l'arsenal &#8212; et c'est parce que personne ne prend ce temps que la mise en sc&#232;ne prosp&#232;re. La d&#233;mocratie num&#233;rique nous a vendu une promesse empoisonn&#233;e : le nombre comme v&#233;rit&#233;, le &#171; like &#187; comme bulletin. Mais le nombre ment aussi bien qu'il parle &#8212; d'autant mieux, d&#233;sormais, que les visages s'ach&#232;tent au kilo&#8230; et se g&#233;n&#232;rent &#224; la commande. Bien s&#251;r, beaucoup sur les r&#233;seaux sociaux se cachent derri&#232;re de faux portraits &#8230; C'est le mod&#232;le syst&#233;matique qui interroge.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_20655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://m.madagascar-tribune.com/IMG/jpg/faux_1024.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L500xH201/faux_1024-5afff.jpg?1789158696' width='500' height='201' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;On rode les outils, on calibre les fermes &#224; comptes, on apprend &#224; fabriquer de la ferveur. Pour le jour o&#249; il faudra fabriquer un vainqueur.&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que r&#233;v&#232;le, au fond, cette petite industrie du faux applaudissement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un m&#233;pris. Tranquille, presque administratif, de l'&#233;lecteur. Fabriquer un consensus, c'est parier que personne ne v&#233;rifiera. Que les Malgaches gobent les chiffres ronds comme une rumeur de march&#233;. Bref : qu'&lt;strong&gt;on nous prend pour des imb&#233;ciles&lt;/strong&gt;. Et le calendrier donne &#224; ce m&#233;pris toute sa saveur : 2028 approche. Ce n'est probablement pas une lubie de communicant en mal de likes, mais un banc d'essai : on rode les outils, on calibre les fermes &#224; comptes, on apprend &#224; fabriquer de la ferveur. Pour le jour o&#249; il faudra fabriquer un vainqueur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt; &lt;strong&gt;&lt;span style=&#034;color:red&#034;&gt;Le citoyen qui doute, qui clique, qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu, exerce la fonction la plus d&#233;mocratique qui soit : la contradiction&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la seule parade qui vaille, et elle n'a rien d'h&#233;ro&#239;que : la vigilance&#8230;T&#234;tue, permanente, ennuyeuse. V&#233;rifier ne doit plus &#234;tre un r&#233;flexe de parano&#239;aque&#8230; c'est un devoir civique. Dans un espace o&#249; la popularit&#233; se truque aussi facilement qu'une photo de profil, le citoyen qui doute, qui clique, qui compte les fagots pendant que les autres admirent le feu, exerce la fonction la plus d&#233;mocratique qui soit : la contradiction. Celle qui emp&#234;che le d&#233;cor de passer pour la r&#233;alit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une d&#233;mocratie ne meurt pas seulement sous les coups de force&#8230; elle s'&#233;tiole aussi sous les consensus fabriqu&#233;s, faute de voix pour dire &#171; ces chiffres mentent &#187;. Le contre-pouvoir tient dans un geste minuscule et obstin&#233; : refuser de croire sur parole. Et le r&#233;p&#233;ter. &#192; chaque chiffre trop rond, &#224; chaque unanimit&#233; trop belle. Jusqu'aux urnes &#8212; et apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) Mai 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Je ne saurais trop recommander de l'excellent Bronner trois ouvrages de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;Apocalypse cognitive, La D&#233;mocratie des cr&#233;dules, &#192; l'assaut du r&#233;el&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Madagascar, Justice d&#233;faillante, transition d&#233;faillante</title>
		<link>https://m.madagascar-tribune.com/Madagascar-Justice-defaillante-transition-defaillante.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://m.madagascar-tribune.com/Madagascar-Justice-defaillante-transition-defaillante.html</guid>
		<dc:date>2026-05-21T05:20:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lalatiana Pitchboule</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La pi&#232;ce qu'on rejoue tous les quinze ans &lt;br class='autobr' /&gt;
On la conna&#238;t pour l'avoir &#233;nonc&#233;e 100 fois cette &#233;num&#233;ration de dates : 1972, 1991, 2002, 2009, 2025&#8230; &#192; r&#233;p&#233;ter le m&#234;me sc&#233;nario, on aurait pu esp&#233;rer que les acteurs finissent par trouver du sens &#224; la pi&#232;ce&#8230; Eh bien non. Les acteurs sont mauvais, les sc&#233;naristes sont mauvais, le d&#233;cor s'use et tombe en ruine&#8230; et l'intrigue reste identique avec le m&#234;me d&#233;sesp&#233;rant d&#233;nouement : un r&#233;gime tombe sous la pression de la rue, une &#171; transition &#187; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://m.madagascar-tribune.com/-Editorial,002-.html" rel="directory"&gt;Editorial&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L418xH279/logo-19-89596.jpg?1789158696' class='spip_logo spip_logo_right' width='418' height='279' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_20619 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://m.madagascar-tribune.com/local/cache-vignettes/L418xH523/illustration-7-b78e0.jpg?1789158696' width='418' height='523' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pi&#232;ce qu'on rejoue tous les quinze ans&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On la conna&#238;t pour l'avoir &#233;nonc&#233;e 100 fois cette &#233;num&#233;ration de dates : 1972, 1991, 2002, 2009, 2025&#8230; &#192; r&#233;p&#233;ter le m&#234;me sc&#233;nario, on aurait pu esp&#233;rer que les acteurs finissent par trouver du sens &#224; la pi&#232;ce&#8230; Eh bien non. Les acteurs sont mauvais, les sc&#233;naristes sont mauvais, le d&#233;cor s'use et tombe en ruine&#8230; et l'intrigue reste identique avec le m&#234;me d&#233;sesp&#233;rant d&#233;nouement : un r&#233;gime tombe sous la pression de la rue, une &#171; transition &#187; s'installe avec son lot de promesses de refondation, de moralisation, de r&#233;conciliation&#8230; Et puis le rideau retombe sur une distribution identique, qui reprend sans la moindre inspiration les m&#234;mes mises en sc&#232;ne, avec la m&#234;me gourmandise, et qui pr&#233;pare d&#233;j&#224; le public &#224; l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;crivais en octobre 2025&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, au lendemain du basculement, que la transition ne pouvait &#234;tre cr&#233;dible que si elle s'accompagnait d'une v&#233;ritable justice transitionnelle. Pas pour punir. Pas pour venger. Mais pour &#233;tablir la v&#233;rit&#233;, reconna&#238;tre les torts, r&#233;parer les victimes et garantir qu'on ne recommence pas. Une commission ind&#233;pendante v&#233;rit&#233; et justice. Un r&#233;cit officiel, document&#233;, des d&#233;rives. Une r&#233;forme des institutions judiciaires,p&#233;nales, carc&#233;rales et s&#233;curitaires&#8230; En bref, un nouveau sc&#233;nario.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sept mois plus tard, force est de constater : &lt;strong&gt;c'est rat&#233;&lt;/strong&gt;. Comme c'&#233;tait rat&#233; en 1972, en 1991, en 2002 et en 2009. Et pour la m&#234;me raison qui revient comme un mauvais refrain : on a encore confondu &lt;strong&gt;r&#233;conciliation et oubli&lt;/strong&gt;. On a encore r&#233;int&#233;gr&#233; dans le jeu, sans reddition de comptes, les h&#233;ritiers de ceux qui avaient les mains les plus sales. Et l'&#233;lite (encore nos 72%)&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, infatigable, s'est encore r&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#224; l'identique &#8212; m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, nouveaux visages, m&#234;me app&#233;tit&#8230; M&#234;me m&#233;pris&#8230; M&#234;me cynisme&#8230; M&#234;me irresponsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La refondation introuvable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a bri&#232;vement esp&#233;r&#233; que la nouvelle Ministre de la Justice puisse apporter le changement radical promis de longue date. On y a cru : elle devait servir de caution &#224; la l&#233;gitimit&#233; du pouvoir mis en place par la rue. Elle aurait d&#251; s'atteler &#224; ce qu'une &lt;strong&gt;justice transitionnelle&lt;/strong&gt; aurait d&#251; produire, &#224; savoir d'abord &lt;strong&gt;un grand m&#233;nage structurel&lt;/strong&gt; dans la maison judiciaire &#8212; au-del&#224; des annonces de poursuites contre Ravatomanga qui, on doit le reconna&#238;tre, nous ont r&#233;jouis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est par l&#224; qu'il fallait commencer. Par les fondations. Pas seulement par des coups d'&#233;clat m&#233;diatiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La justice ne s'occupe plus prioritairement de d&#233;sengorger les prisons, ni de r&#233;duire la d&#233;tention provisoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y avait &#8212; et il y a toujours &#8212; du travail. 915 magistrats pour 26 millions de justiciables. Moins de quatre pour 100 000 habitants. Des pr&#233;venus qui croupissent des ann&#233;es sans proc&#232;s. Une aide juridictionnelle inexistante pour ceux qui ne peuvent pas se payer un avocat ou &#171; graisser &#187; discr&#232;tement quelqu'un. Une culture punitive qui jette en prison celui qui a vol&#233; un poulet par n&#233;cessit&#233;, pendant que les vrais pr&#233;dateurs &#233;conomiques se prom&#232;nent tranquillement &#224; Duba&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;taient l&#224; les chantiers de la &lt;strong&gt;refondation r&#233;elle&lt;/strong&gt;. Voil&#224; ce qu'aurait d&#251; &#234;tre l'agenda du minist&#232;re de la Justice de la transition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de quoi, on assiste, m&#233;dus&#233;s, &#224; un glissement spectaculaire du centre de gravit&#233;. La justice ne s'occupe plus prioritairement de d&#233;sengorger les prisons, ni de r&#233;duire la d&#233;tention provisoire, ni de l'aide juridictionnelle aux plus pauvres. Elle s'occupe de &lt;strong&gt;nominations strat&#233;giques&lt;/strong&gt;, de &lt;strong&gt;dossiers politico-financiers&lt;/strong&gt; et de &lt;strong&gt;complots contre la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mai 2026 : vague de nominations sur les postes les plus sensibles &#8212; Commissaire g&#233;n&#233;ral de la loi, parquets d'Antananarivo et de Fianarantsoa, juridictions financi&#232;res. Rotation quinquennale, nous dit-on. Soit. Mais le timing, le p&#233;rim&#232;tre, et le fait que le Conseil sup&#233;rieur de la magistrature soit pr&#233;sid&#233; par le Pr&#233;sident lui-m&#234;me, avec le ministre de la Justice en vice-pr&#233;sident, rendent l'argument fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La trahison des priorit&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ministre Fanirisoa Ernaivo, &#224; son cr&#233;dit, a pos&#233; des diagnostics justes &#8212; bien qu'il s'agisse de constats reconnus de longue date. Peines alternatives, travaux d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, libert&#233; sous caution pour les infractions mineures, humanisation de la d&#233;tention. Les mots sont les bons. Les pistes sont pertinentes. Sur le &lt;strong&gt;plan doctrinal&lt;/strong&gt;, c'est &lt;strong&gt;irr&#233;prochable&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;On annonce solennellement vouloir &#171; humaniser la d&#233;tention &#187;, mais on y recourt massivement pour des dossiers politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais entre le doctrinal et l'op&#233;rationnel, il y a tout un monde. Et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce monde-l&#224; &#8212; celui des modalit&#233;s, des calendriers, des budgets, des d&#233;crets d'application, des indicateurs de suivi &#8212; qui reste, &#224; ce jour, d&#233;sesp&#233;r&#233;ment vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant que les annonces s'empilent, les mandats de d&#233;p&#244;t politiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, eux, pleuvent. Treize personnes poursuivies douteusement en avril 2026 pour &#171; tentative d'assassinat &#187;&#8230; Des militants Gen Z arr&#234;t&#233;s quelques jours plus tard pour &#171; atteinte &#224; la s&#251;ret&#233; de l'&#201;tat &#187;. Paul Rabary et Yves Maurice Rakotoniaina incarc&#233;r&#233;s en mai pour &#171; d&#233;stabilisation &#187; et &#171; association de malfaiteurs &#187;. Amnesty International d&#233;nonce explicitement l'usage d'&lt;strong&gt;accusations vagues&lt;/strong&gt; pour r&#233;duire au silence des opposants et des voix critiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voil&#224; le &lt;strong&gt;contraste insoutenable&lt;/strong&gt; qui devient le fil conducteur de cette transition : on annonce solennellement vouloir &#171; humaniser la d&#233;tention &#187;, mais on y recourt massivement pour des dossiers politiques. On promet la r&#233;duction de la d&#233;tention provisoire mais on multiplie les placements sous mandat de d&#233;p&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La main droite r&#233;pare ce que la main gauche aggrave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le d&#233;tenu ordinaire, lui, attend toujours son proc&#232;s dans une cellule con&#231;ue pour dix o&#249; ils sont quarante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'enfer carc&#233;ral, autre insupportable angle mort de la justice de la transition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce qu'il faut le redire, encore. Les chiffres sont r&#233;voltants &#224; force d'&#234;tre r&#233;p&#233;t&#233;s sans susciter de sursaut. Taux d'occupation moyen &#224; &lt;strong&gt;277 %&lt;/strong&gt;. Plus de &lt;strong&gt;1 000 %&lt;/strong&gt; dans certains &#233;tablissements, selon le Sous-Comit&#233; de l'ONU pour la pr&#233;vention de la torture qui qualifie ces conditions de &#171; &lt;strong&gt;cruelles, inhumaines et d&#233;gradantes&lt;/strong&gt; &#187;. La prison d'Antanimora, con&#231;ue pour 900 d&#233;tenus, en accueille plus de 4 000.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Six d&#233;tenus morts de faim &#224; Mananjary en octobre 2024. Pas de m&#233;dicaments. Pas d'eau.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La malnutrition est devenue end&#233;mique. Six d&#233;tenus morts de faim &#224; Mananjary en octobre 2024. Pas de m&#233;dicaments. Pas d'eau. Pas de s&#233;paration entre pr&#233;venus et condamn&#233;s. Pas de s&#233;paration entre mineurs et adultes. Et pour les malades psychiatriques, le summum du renoncement &#233;tatique : on les confie &#224; des structures religieuses o&#249; l'on pratique l'exorcisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; le pays r&#233;el. Voil&#224; ce dont la transition a h&#233;rit&#233;. Et voil&#224; ce qu'elle ne traite pas en priorit&#233;. Et c'est aussi ici qu'elle perd toute cr&#233;dibilit&#233; dans la l&#233;gitimation de sa sinc&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le test ultime : l'or, ou la sinc&#233;rit&#233; retrouv&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il fallait un seul crit&#232;re pour juger la sinc&#233;rit&#233; de l'agenda anticorruption de la transition, ce serait celui-l&#224; : que fait-on de l'&lt;strong&gt;or&lt;/strong&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;le pouvoir communique fortement sur la chasse aux figures politiques de l'ancien r&#233;gime, sur les biens mal acquis, le FSM&#8230; Mais pas sur la reprise en main de la fili&#232;re aurif&#232;re.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour m&#233;moire, en 2024, le Guichet Unique d'Exportation, cens&#233; encadrer la fili&#232;re, avait enregistr&#233; &lt;strong&gt;douze kilos&lt;/strong&gt; d'or sur dix mois. Douze kilos. Quand on sait qu'&lt;strong&gt;au moins sept tonnes&lt;/strong&gt; quittent clandestinement le pays chaque ann&#233;e&#8230; Et probablement bien davantage. Soit, au cours actuel, plusieurs centaines de millions de dollars qui s'&#233;vaporent, blanchis dans l'immobilier de luxe &#224; Duba&#239;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pendant ce temps, le pouvoir communique fortement sur la chasse aux figures politiques de l'ancien r&#233;gime, sur les biens mal acquis, le FSM&#8230; Mais pas sur la reprise en main de la fili&#232;re aurif&#232;re. Pourtant identifi&#233;e depuis des ann&#233;es comme le foyer majeur &#8212; structurant &#8212; de la corruption malgache, avec ses sponsors hauts grad&#233;s, ses magistrats complices, ses op&#233;rateurs &#233;conomiques prot&#233;g&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, si la lutte anticorruption se contente de fixer les vaincus politiques sans d&#233;manteler les circuits &#233;conomiques structurants &#8212; or, douanes, transitaires, banques, soci&#233;t&#233;s-&#233;crans, complicit&#233;s transnationales &#8212; elle devient une arme de l&#233;gitimation du nouveau pouvoir. Pas une r&#233;forme de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'on doit, en honn&#234;tet&#233;, mettre dans la balance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On doit toutefois reconna&#238;tre qu'aucune transition n'op&#232;re dans un environnement vierge. Les contraintes existent. Elles sont r&#233;elles. Elles &lt;strong&gt;n'excusent rien&lt;/strong&gt; &#8212; mais elles &lt;strong&gt;expliquent&lt;/strong&gt; une partie des lenteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;strong&gt;contraintes budg&#233;taires&lt;/strong&gt; sont &#233;videntes : minist&#232;re de la Justice traditionnellement parent pauvre des arbitrages, prisons &#224; construire, magistrats &#224; recruter, tribunaux &#224; &#233;quiper&#8230; tout cela co&#251;te. Et si le support des PTFs se r&#233;duit, on n'est pas pr&#232;s de soulager le syst&#232;me satur&#233; sans r&#233;elle volont&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;strong&gt;contraintes administratives&lt;/strong&gt; ne sont pas moins &#233;videntes : on ne forme pas 500 magistrats en six mois &#8212; pour peu que le concours soit respect&#233; &#8212; et on ne rec&#226;ble pas une cha&#238;ne p&#233;nale d'un claquement de doigt. &#192; moins d'une r&#233;elle et sinc&#232;re volont&#233; politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &lt;strong&gt;contraintes politiques&lt;/strong&gt; p&#232;sent aussi : dans le cadre d'une transition issue d'une rupture, en &#233;quilibre instable avec ses propres alli&#233;s, toucher au CSM, au statut du parquet, aux carri&#232;res des magistrats, c'est s'attaquer &#224; des corporations puissantes et &#224; des &#233;quilibres factionnels qu'on ne bouscule pas impun&#233;ment&#8230; &#192; moins d'un v&#233;ritable et sinc&#232;re courage politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, les &lt;strong&gt;contraintes humaines&lt;/strong&gt; ne sont pas moindres : demander &#224; une magistrature traditionnellement soumise &#224; l'ex&#233;cutif de devenir, du jour au lendemain, ind&#233;pendante et exigeante, c'est esp&#233;rer qu'un d&#233;cret fasse ce qu'aucun d&#233;cret n'a jamais fait : transformer les habitudes. Le Journal officiel n'a nulle part acquis ce super-pouvoir. &#192; moins d'une sinc&#232;re et v&#233;ritable ambition politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les contraintes ne sont jamais qu'&#224; moiti&#233; subies : l'autre moiti&#233; rel&#232;ve du choix.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est vrai. Tout cela m&#233;rite d'&#234;tre dit. MAIS&#8230; aucune de ces contraintes n'explique pourquoi on a trouv&#233; le temps, l'argent et l'&#233;nergie politique pour mener une vague de nominations strat&#233;giques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;(&#233;nergie politique BOF)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; en mai 2026 et pour multiplier les mandats de d&#233;p&#244;t politiques, sans trouver les m&#234;mes ressources pour publier le premier d&#233;cret d'application des peines alternatives. Les contraintes ne sont jamais qu'&#224; moiti&#233; subies : l'autre moiti&#233; rel&#232;ve du &lt;strong&gt;choix&lt;/strong&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans pour la transition. 730 jours. Le temps file. Et nous voil&#224;, sept mois apr&#232;s la rupture, avec une justice qui se mobilise sur des complots plut&#244;t que sur ses fondamentaux&#8230; Avec des prisons qui restent de honteux mouroirs&#8230; avec une &#233;lite qui se r&#233;g&#233;n&#232;re sous d'autres costumes&#8230; et avec une fili&#232;re aurif&#232;re dont les ma&#238;tres continuent tranquillement de saigner le pays &#224; blanc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transition sera jug&#233;e &#8212; par l'histoire et peut &#234;tre par les urnes, si elles sont sinc&#232;res &#8212; sur un crit&#232;re : sa justice aura-t-elle eu le courage de se lier elle-m&#234;me par des r&#232;gles ind&#233;pendantes opposables &#224; ses propres alli&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce stade, on a du mal &#224; r&#233;pondre oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on attend, sinc&#232;rement, qu'ils nous prouvent le contraire. A moins qu'on ne veuille poursuivre la s&#233;rie : 1972, 1991, 2002, 2009, 2025&#8230; 2036 ?&#8230;2043 ?&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Par Patrick Rakotomalala (Lalatiana PitchBoule) Mai 2026&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Chroniques de Ragidro&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;pub_gramica_inread&#034;&gt; &lt;p&gt;-----&lt;/p&gt; &lt;div id=&#034;sas_49048&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;div id=advertising_inread&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class=&#034;base64javascript1346395586aa470cfee7118.71952215&#034; title=&#034;PHNjcmlwdCB0eXBlPSJhcHBsaWNhdGlvbi9qYXZhc2NyaXB0Ij4KICAgICAgc2FzLmNtZC5wdXNoKGZ1bmN0aW9uKCkgewogICAgICAgICBzYXMucmVuZGVyKCI0OTA0OCIpOyAgLy8gRm9ybWF0IDogUGF2ZSAyIDMwMHgyNTAKICAgICAgIH0pOwogICA8L3NjcmlwdD4=&#034;&gt;&lt;/div&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/2025/10/18/les-chroniques-de-ragidro-transition-politique-a-madagascar-deux-ans-pour-restaurer-la-legitimite-par-la-justice/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://madagoravox.com/2025/10/18/les-chroniques-de-ragidro-transition-politique-a-madagascar-deux-ans-pour-restaurer-la-legitimite-par-la-justice/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/2026/05/07/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-quand-28-dune-elite-signent-lacte-de-deces-dun-contrat-social/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://madagoravox.com/2026/05/07/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-quand-28-dune-elite-signent-lacte-de-deces-dun-contrat-social/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/2026/04/24/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-letat-citadelle/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://madagoravox.com/2026/04/24/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-letat-citadelle/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://madagoravox.com/2026/04/24/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-letat-citadelle/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://madagoravox.com/2026/04/24/les-chroniques-de-ragidro-madagascar-letat-citadelle/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;(&#233;nergie politique BOF)&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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