Moins de 72 heures après que des groupes se réclamant de la Gen Z avaient exigé la démission du Premier ministre et de ses ministres, le gouvernement Rajaonarivelo a été limogé. [1] Un regard superficiel permettrait d’imaginer que le Président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM) a pris en considération la demande.
Mais un doute raisonnable n’est pas illégitime : il n’est donc pas interdit de se demander si ce petit ballet n’était pas juste que du cinéma, avec une conférence de presse téléguidée d’en haut lieu pour servir de prétexte au limogeage ? Dans cette hypothèse, l’opération satisfait les parties prenantes : le PRRM se débarrasse d’un Premier ministre dont son clan voulait se défaire depuis un certain temps, et la Gen Z donne l’impression de peser sur le cours des affaires nationales. En fait, dans l’histoire, seul Herintsalama Rajaonarivelo est mécontent. On soulignera toutefois la classe de sa réaction à travers un communiqué empreint de noblesse et de lumière.
Si on veut l’exemple d’une Gen Z qui a véritablement une influence sur la vie politique de son pays, il faut tourner de nouveau le regard vers le Népal. Balendra Shah, le candidat soutenu par la Gen Z népalaise, est en passe de devenir le nouveau Premier ministre (PM) du pays, après une large victoire de son parti aux législatives du 5 mars dernier. On se souvient que les représentants de la Gen Z dans ce pays avaient très rapidement gagné une crédibilité telle qu’ils ont été consultés par le Président de la République et le chef de l’armée dans la nomination du Premier ministre de transition, et ils ont réussi à imposer le nom de Shashila Karki. Voilà en quelques mots un exemple de succès dans la manière de la Gez-Z de peser dans la vie politique du pays, avec une interaction fructueuse avec la classe politique et l’armée.
On peut donc mesurer le grand écart entre la Gen Z népalaise et son homologue malgache. À Madagascar, beaucoup se sont extasiés de la « népalisation » dans ses aspects violents, et plusieurs ont appelé à répliquer cette violence, allant même jusqu’à se complaire dans le partage d’adresses de personnalités du régime Rajoelina sur Facebook pour les livrer à la vindicte populaire. C’est sans doute le genre de mentalité basse que les années Rajoelina ont fini par inculquer aux Malgaches, et qui continue à se traduire jusqu’à présent par des insultes, des diffamations, des appels aux limogeages et des revendications fantasques sur les réseaux sociaux. C’est à ce niveau que la Gen Z malgache s’est arrêtée. Pendant ce temps, au Népal, la Gen Z a réussi à bâtir un projet politique en phase avec ses aspirations, à s’imposer comme une force de changement, et à avoir eu voix au chapitre dans la nomination du Premier ministre de transition, puis dans celle du nouveau futur PM.
Actions de façade
Mais à Madagascar, quelle est la véritable influence que la Gen Z a eu dans la vie politique du pays ? Il y a un fait indéniable à son actif : c’est elle qui est descendue dans la rue en masse et animé les manifestations qui ont acculé Rajoelina à limoger le gouvernement Ntsay. C’est la persévérance de son courage face la répression sauvage de la gendarmerie qui a été un élément fondamental de la crise 2025. Malheureusement, la Gen Z a réussi à faire vaciller Rajoelina, mais cela n’a pas suffi à l’emporter. En effet, les politiciens expérimentés ont réussi à tirer leur épingle du jeu, et à mettre la Gen Z de côté. Les événements se sont enchainés : prise de position de certains officiers du Capsat, renversement du bureau de l’Assemblée nationale, décision de la Haute cour constitutionnelle pour entériner le pouvoir de fait du colonel Randrianirina.
La Gen Z a marqué l’essai, mais ce sont les politiciens qui l’ont transformé. Dans la succession d’événements cités ci-dessus, il est fort probable qu’un clan politique a été à la manœuvre pour coordonner, voire financer certaines actions. On se souvient par exemple que Andry Rajoelina et certains membres de son entourage avaient pointé du doigt une ingérence étrangère à travers les réseaux sociaux pour déstabiliser le régime. On a vu que de nombreux influenceurs ont participé à l’animation du mouvement de contestation de 2025. S’il est tout à fait possible, voire probable, qu’ils ont agi par patriotisme, il faut aussi se demander qui a coordonné et financé leur mouvement, et quelle puissance étrangère a été accusée par le clan Rajoelina d’ingérence. Le souvenir de l’enquête de Gaelle Borgia sur le rôle des trolls est une piste qui mériterait sans doute d’être explorée.
La Gen Z malgache est donc finalement la grande cocue de la crise de 2025. Il y a certes ce qu’on qualifiera d’actions-vitrines, celles qui donnent l’impression que les nouvelles autorités accordent de l’importance à la Gen Z : la nomination de Mikolo catapulté conseiller technique de la Primature, ou l’inclusion de Soa de Valiha dans la délégation officielle lors de la visite du PRRM en France. Mais si la Gen Z s’attend à des réponses concrètes et satisfaisantes à ses revendications de fond sur le renouveau des pratiques politiques ou la corruption, elle risque d’aller devant de grandes désillusions. Comment peut-on expliquer qu’après avoir gagné autant en puissance jusqu’à la fuite de Rajoelina, elle ait fini par perdre du terrain pour n’être qu’un élément de décor dont personne ne tient compte ?
D’ailleurs, quand un groupe s’exprime au nom de la Gen Z, qui représente-t-il vraiment ? Quand les autorités prétendent avoir consulté la Gen Z, quelle est la représentativité de ceux qu’ils ont rencontré ? En fait, il y a de multiples groupuscules sous la pancarte Gen Z, mais qui sont animés d’objectifs divers, d’envergure variées et de motivations différentes. Il est indéniable que certains de ces groupes sont téléguidés par des forces politiques proches du pouvoir, dans le but de faire de l’ombre aux groupes qui ont la mauvaise idée de vouloir faire œuvre d’esprit critique et de parler trop fort. La crédibilité, l’indépendance et la motivation patriotique ne sont donc pas assurées partout.
Il y a certes eu le groupe Gen Z Madagasikara (31k followers), qui avait la crédibilité mais qui s’est malheureusement structuré trop tard, avec six porte-paroles officiels dont certains étaient des personnalités brillantes, voire ministrables. Exactement le genre de personnalités dont le pays a besoin, mais dont les politiciens se méfient, car pas malléables et peu corruptibles. Ce groupe a fini par perdre sa dynamique, noyé sous le nombre et l’activisme des groupuscules et les manœuvres politiciennes visant à diviser la Gen Z pour régner.
Finalement, l’échec de la Gen Z est à mettre sur le compte de ses choix stratégiques au début de la crise : ne pas désigner de porte-parole pour représenter le mouvement, laisser la dynamique informelle sans structure, et refuser avec une certaine arrogance les conseils et avertissements des membres de la société civile. Résultat : la junte et les politiciens ont créé une alliance derrière leur dos. Malheureusement pour elle, ce n’est pas maintenant que la Gen Z malgache va pouvoir renverser la vapeur : les sponsors des influenceurs qui ont travaillé à la mobilisation de jeunesse en Septembre et Octobre ont maintenant d’autres préoccupations. Au moment où la nomination d’un nouveau Premier ministre est attendue, l’Exécutif va-t-il faire une consultation de façade de la Gen Z, ou va-t-il jouer la partition des règles constitutionnelles qui veulent que ce soit le Parlement qui fasse la proposition ? Dans ce dernier cas, la Gen Z sera donc arrivée au stade de simple spectateur de la suite des évènements, contrairement à la jeunesse népalaise.
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Vos commentaires
Bonjour.
Personne ne doit sous-estimer personne
Mais rien ne vaut l’expérience.. Celle favoir fait de bonnes études puis celle d’avoir parcouru une longue vie active avrc fes succes et des échecs.
Malheureusement les postes politiques sont remplis d’incompétents, d’ignorant, d’inexperimentes dans les domaines occupés etc...
Les GENZ ont sûrement fait un bonheur, mais ce nest quun debut. De la a réclamer des postes de hautes responsabilités, cela dev8ent ridicule pour ne pas dire plus.
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Bon debut et pas bonjour. Quoique ..
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Article de presse d’Ikala Paingotra, très pertinent et qui explique tout. On peut même donner un titre : "Comment la Gen Z a raté la Révolution Malgache".
Je dois me répéter encore une fois : La bourgeoisie malgache détient encore et encore la clefs de pouvoir économico-politique du pays. Le président a très petit marge de manœuvre pour faire face et ne peut pas gérer tout lui seul. Or, il est entouré de personnalités, qui sont tout sauf de saintes ! Malheureusement se sont tjrs eux en alliance avec des milliardaires indo-pakistanes, qui reignent en maîtres dans ce pays ruiné faisant une contrôle absolu pour préserver leur intérêts privés selon leur dire : "Kapoiko adala !"
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Nous aussi à cette époque...
On était encore très jeune, animé par la fougue, très énervé par la situation, obligé d’aller faire la queue dès 4 h du matin auprès du bureau de Fokontany muni de carnet avant d’aller étudier, juste pour obtenir 5 kilos de riz à fort taux de brisure.. Oui, au début des années 80...
Les années noires sous le joug d’un socialisme marxiste avec des dirigeants aux antipodes de l’idéologie qu’ils essayent de véhiculer, des Conseillers Suprême de la Révolution avec des voitures "Lada", des apparatchicks qui fumaient du Marlboro et Gitane bien habillés d’articles importés de France...
Et nous, apportant nos contributions nocturnes en posant des affiches Ronéo typés très tard dans la soirée, et appelant le peuple à la révolte par un soulèvement populaire d’envergure...
A l’époque, nous avions espèré que nos vaillants professeurs vont prendre la relève prochaine de ces ignobles dirigeants kleptocrates...
Et la peur au ventre la nuit, peur des raffles et de tomber sous la capture des "bérets rouges" issus du 1er RFI venant d’ Ivato... A cette époque, très peu echappaient indemnes après avoir passé sous les mains de ces bérets rouges de l"Amiral...
Oui, il faudrait aussi apprendre à lutter, il faudrait savoir analyser et étudier les phénomènes et événements, il faudrait apprendre la sociologie politique permettant d’apprendre le comportement societal face à des intenses pressions dictatoriales...
On ne peut brûler les étapes, il ne faudra surestimer ses propres capacités, il ne faudra jamais se gaver d’orgueil inutile... Tout le monde a passé par une époque de jeunesse estudiantine...et on n’avait aucune prétention à vouloir diriger quoi que ce soit...
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L’effet boomerang semble agir dans le contexte d’un pouvoir, pris à la hussarde, mettant ses auteurs devant une évidence : une refonte ne pourra se faire, sans, un climat, apaisé, une conjoncture économique stable et un milieu politique, respectueux du bien public…
Aujourd’hui, tout cela n’est pas requis, conséquences de plusieurs décennies de clientélisme politique, de culte de la personne, de replâtrage économique et d’affairisme d’état …
La conjoncture reste excessivement dégradée, en pointant le spectre de l’échec pour le pouvoir transitionnel, ainsi que le mécontentement, fédéré, de la jeune génération..
Remettre les compteurs à zéro participe, au bon principe de lucidité, qui avait totalement échappé à Rajoelina , mais, au-delà de revoir sa copie, se pose le problème, insoluble, de désigner de nouveaux intervenants dans un microcosme, de l’entre-soi , exsangue de personnalités, sans passé, compromettant, ni capacité à servir, mais, à se servir !..
Aujourd’hui, on est en train de prendre conscience que plus de deux décennies de pouvoir personnel ont grippé le fonctionnement adéquat d’une société où, désormais, un retour « à la normale » n’est pas aussi simple qu’une annonce en tribune !..
Le choix du président de cette transition interpelle, aussi , dans la mesure où l’on peut se demander quels auraient été ses soutiens, internes, pour le désigner pour accéder à cette place d’honneur ?.
Et surtout, certains, n’y auront-ils pas entrevu un intérêt, particulier, de le placer, ainsi, dans le but de préparer, eux, des conditions optimales pour accéder au pouvoir au travers d’une « version démocratique » ?..
Le voyage express au Qatar et le rapprochement avec Moscou dans un empressement, révélateur, a tout d’une feuille de route, établie, en coulisse, qui en dit bien plus long que tout discours de temporisation en offrant aux rumeurs, infondées ?, un poids, naissant, de discorde au sein du quarteron présidentiel ..
À cela s’ajoute le poids de la conjoncture internationale qui risque d’alourdir la facture énergétique et de redémarrer une inflation du quotidien.
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Suite…
Les clignotants sont au rouge et l’on peut se demander, de quelle manière, cette transition qui se voulait, réformatrice, trouvera les moyens d’entamer ses réformes promises en disposant d’aussi peu d’atouts pour inverser le cours des choses.
L’aveu d’impuissance est la suite logique d’une lucidité retrouvée au sommet d’un état qui recherche des solutions à un problème de société, entretenu durant des décennies par un clan de citoyens, qui, eux, ont trouvé, dans ce système de rentes, des raisons impératives pour qu’il ne change pas, quel qu’en puisse le nouveau président…
La génération Z a tenté de briser cette spirale, infernale, en rappelant que son action aura été, celle, qui aura permis de la dénoncer tout en donnant une impulsion, inédite, à cette tentative de changement.
Les conditions, intérieures, comme, internationales ne sont pas propices pour un tel challenge, et le risque d’enlisement est important d’autant que la surenchère avec ce nouveau partenariat y contribuera parce qu’il lui faut de telles circonstances pour qu’il gagne en influence et qu’il place ses hommes de main, si ce n’était déjà fait ?, aux commandes d’un état, sans consistance.
Contrainte ou forcée de dissoudre, la transition joue sa crédibilité devant l’opinion publique en tentant d’imposer ses orientations, ses préférences, au risque, toutefois, de mobiliser contre elle, une opposition qui aurait bu, bien, trop tôt, ses paroles de reconstruction en oubliant qu’un maçon ne se voit pas au pied, mais, en haut du mur !..