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Tribune libre

L’eau potable est chaque fois plus difficile à trouver

mercredi 23 juin 2010

Pourvoir d’eau potable où l’on en a besoin, c’est une tâche qui devient de plus en plus difficile dans le monde entier. Pendant les dernières décennies, les pays ont investi en infrastructure pour compenser la diminution d’eau. Mais, cette réponse a laissé de côté, plusieurs fois, le problème de la détérioration des sources hydriques. Pour aborder efficacement la grandissante crise d’eau, les actions entreprises devront lier l’utilisation et la protection de l’environnement.

Dans quelques endroits, même là où l’eau est abondante, la destruction de l’environnement a rendu le coût de l’eau inabordable. Dans autres endroits, où l’eau est amplement disponible, elle est utilisée d’une manière inadéquate. Dans certains cas, la hiérarchisation des priorités atteint un tel degré d’aberration que certaines agglomérations manquent cruellement d’eau, tandis que les agriculteurs irriguent des cultures dans le désert. Encore plus inacceptable est l’emploi d’eau potable pour entretenir des jardins et des terrains de golf, tandis que les populations démunies des villes sont contraintes de payer un prix prohibitif pour un seau d’eau pure.

Environ 700 millions de personnes de plus de 40 pays souffrent du manque d’eau. L’invasion humaine des milieux aquatiques est aussi un problème croissant. Les Nations Unies prévoient que pour l’année 2030, 75 % de la population mondiale habitera dans les régions côtières, mettant en péril les zones humides qui contribuent à purifier les milieux aquatiques et exposant des centaines de millions d’individus aux dangers liés à l’eau dans le contexte du changement climatique.

La Banque mondiale est le principal bailleur de fonds officiel concernant les investissements en faveur de l’eau dans les pays en voie de développement. Ses engagements de prêts ont atteint 55 milliards de dollars au cours de la dernière décennie. À Madagascar, un projet d’eau rural a couvert 24 petites villes et environ 400.000 personnes. Une étude d’impact faite en mai 2005, a constaté que la distance pour aller chercher l’eau a diminué d’environ 3 kilomètres au moins de 500 mètres, le temps moyen employé pour aller chercher l’eau a été réduit de 40 minutes par trajet, la consommation d’eau a presque doublé ; des maladies transmises par l’eau, comme le choléra et la diarrhée ont été réduites et, en outre, le coût des médicaments a été réduit de 37%.

Les projets financés, qui couvrent aussi bien l’irrigation et l’hydroélectricité que l’aménagement des bassins versants et les voies d’eau intérieures, se sont révélés ces dernières années plus fructueux que ceux qui sont engagés dans d’autres secteurs.

Toutefois, la difficulté demeure de satisfaire les actuelles exigences en eau tout en mettant en place des stratégies innovantes pour répondre aux besoins futurs. Cinq points majeurs se dégagent en matière d’aménagement hydraulique et environnemental.

Premièrement, les 45 pays soumis aux stress hydriques les plus intenses, dont 35 se trouvent en Afrique, doivent donner à la durabilité de l’eau une place centrale dans leurs plans de développement, avec des mesures spécifiques pour satisfaire les priorités les plus pressantes. En outre, des nations avec une abondante source hydrique peuvent aussi connaître une pénurie d’eau lorsque le niveau des barrages et des sources naturelles diminue.

Deuxièmement, les nappes phréatiques sont de plus en plus menacées par la surexploitation, les écoulements inappropriés et la pollution. Il est notamment nécessaire de surveiller la qualité des eaux souterraines, améliorer les décharges contrôlées et limiter l’infiltration des nappes par les eaux de surface contaminées.

Troisièmement, la réhabilitation des milieux dégradés peut avoir un impact positif. Par exemple, un projet de préservation des zones humides littorales au Viet Nam a permis de réduire de 40 % l’étendue de l’érosion côtière.

Quatrièmement, les Nations Unies estiment que 1,8 milliard d’êtres humains ne disposeront toujours pas d’installations sanitaires de base en 2015. Il est nécessaire de privilégier davantage, non seulement les solutions peu coûteuses dans ce domaine, mais aussi le raccordement des foyers aux réseaux d’assainissement. L’Asie de l’Est est la région en développement qui a réalisé les progrès les plus importants en matière d’assainissement.
Cinquièmement, les investissements portant sur l’approvisionnement en eau doivent impérativement s’accompagner d’une gestion de la demande. L’agriculture apparaît typiquement comme le secteur le plus gourmand en eau dans les cas où les technologies permettant d’améliorer les rendements ne parviennent pas à rationaliser l’utilisation de l’eau. Un recours accru au recouvrement des coûts serait bénéfique pour les projets touchant à ce domaine. L’approche relativement récente, consistant à fixer et imposer des quotas pour la consommation d’eau, mérite d’être examinée attentivement.

Même si ces impératifs étaient connus, ils ont été difficiles à mettre en œuvre. Lorsque les principaux protagonistes se livrent à des marchandages sur la répartition des ressources hydriques, l’environnement est relégué au second plan. Le sauvetage d’un aquifère en déclin s’il existe encore une possibilité d’en extraire de l’eau ou le maintien d’un débit suffisant dans une rivière afin de préserver la faune et de prévenir l’invasion d’eau salée suscitent rarement l’enthousiasme.

De sérieuses lacunes dans la compréhension de la situation hydrologique d’un pays privent souvent les réformes d’un appui politique. Des informations plus pertinentes, un suivi systématique et la divulgation des conclusions sont essentiels pour alimenter la mobilisation et l’action. En retour, le partage du savoir compense les dépenses engagées et permet d’obtenir de meilleurs résultats sur le terrain.

Vinod Thomas, Directeur Général et Ronald S. Parker, Consultant du Groupe d’évaluation indépendant de la Banque Mondiale à Washington

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