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mardi 13 octobre 2026
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Politique

La coupe amère de Mamy

mardi 13 octobre | Ikala Paingotra |  174 visites  | 2 commentaires 

La Justice mauricienne a donc intelligemment considéré que ce serait trop risqué d’accorder une liberté provisoire à Mamy Ravatomanga, et a décidé son maintien en détention. Les risques de fuite et d’ingérence ont été parmi les arguments utilisés comme justifications pour rejeter la demande de mise en liberté sous caution. Le souvenir de la fuite du franco-libanais Carlos Ghosn du Japon a probablement été présent dans les mémoires. Avec les moyens considérables financiers et logistiques dont Mamy Ravatomanga dispose également, il n’est pas inconcevable qu’un parallèle puisse potentiellement être envisagé, d’où la méfiance des juges mauriciens qui sont restés imperméables à la campagne de communication visant à influencer l’opinion publique en sa faveur. En particulier, les interventions médiatiques de son épouse n’ont pas réussi à faire de son mari une pauvre victime innocente d’un complot visant à l’éliminer politiquement.

Mamy Ravatomanga traîne depuis des années une réputation sulfureuse, animée par des rumeurs sur la façon dont ses relations d’affaires avec ses mentors Alfred Raboanarijaona et Tovonanahary Rabetsitonta se sont terminées en queue de poisson. Ces rumeurs ont tellement été persistantes qu’elles ont été évoquées lors des rares talk-show télévisé auxquelles il s’est prêté avec des journalistes auxquels il a donné l’autorisation de poser la question pour lui donner l’occasion de répondre. Le dernier en date a eu lieu quelques semaines avant sa fuite en exil en octobre 2025, et la parade systématique a été invariable : « sortez les preuves ! ».

D’ailleurs, on ne compte plus les réactions favorables sur les réseaux sociaux après ces interventions télévisées destinées à le dédiaboliser. Beaucoup avaient trouvé que finalement, le personnage ne correspondait pas à sa mauvaise réputation. Il faut dire que l’homme avait un talent et un aplomb qui pouvaient donner le change aux crédules et aux peu regardants. D’autres choisissaient comme posture de considérer que quelles que soient ses pratiques, ses investissements et les emplois créés restent à Madagascar, ce qui devrait justifier une certaine tolérance à son égard. On serait curieux d’entendre la réaction de ces tenants d’un patriotisme économique dévoyé au vu des chiffres vertigineux annoncés par les enquêteurs mauriciens.

On se souvient également des représailles judiciaires que Mamy Ravatomanga a tentées de téléguider contre le bureau malgache de Transparency International, qui avait osé porter plainte à cause des suspicions de corruption dans la filière letchi depuis qu’il s’y était impliqué. Fait suffisamment rare pour être mentionné : c’est un communiqué du corps diplomatique qui a fait reculer le régime Rajoelina.

On rappellera également la confession enregistrée de la députée Lanto Rakotomanga, qui avait avoué à Andry Rajoelina que c’est elle et le magistrat Dina Andriamaholy qui avaient obéi à Mamy Ravatomanga pour faire emprisonner Rolly Mercia, qui avait osé témoigner dans une plainte contre lui auprès de la Justice française.

Sans aller jusqu’à évoquer les rumeurs sur d’autres sujets, comme le traitement express par le ministère des Finances en-dehors de toute orthodoxie financière des factures du groupe Sodiat, les faits mentionnés ci-dessus suffisent pour mettre en doute le portrait du bon dieu sans confession que son épouse Haingo Ravatomanga tente de faire de son mari.

Mamy Ravatomanga a donc été rattrapé par les bras de la Justice, après avoir fait la pluie et le beau temps à Madagascar. Durant des décennies, Mamy Ravatomanga a donc bénéficié, au mieux d’une complaisance, et au pire d’une complicité de la part de nombreux Malgaches, y compris ceux qui trouvaient acceptable de fermer les yeux, sous prétexte que pour une fois, c’est un Malgache qui réussit économiquement, et non un karana ou un vazaha.

Heureusement que ce dossier est géré par la Justice de l’île Maurice, pays soucieux de son image internationale en matière de bonne gouvernance et d’état de droit, car elle garantit la confiance des investisseurs. Contrairement à d’autres pays où la Justice est moins scrupuleuse, comme en témoignent les sorties miraculeuses de prison de prisonniers chinois ou de condamnés nationaux, ou encore les certificats médicaux magiques pour faire emprisonner des innocents.

Il a suffi que les Mauriciens enquêtent pour que sortent les dossiers et les preuves que Ravatomanga réclamait avec arrogance. Selon le Financial Crimes Commission de l’île Maurice (FCC), il y a des suspicions de blanchiment d’argent évalué pour le moment à 163 millions de dollars américains, même si, suivant la formule consacrée, il est présumé innocent jusqu’à ce qu’il soit déclaré coupable. Ce qui est désolant dans cette histoire, c’est qu’il a fallu moins d’un an au système judiciaire mauricien pour soulever le couvercle sur de potentielles malversations de l’ empire économique de celui surnommé « PDG », alors que le système judiciaire malgache a été muet et aveugle pendant des décennies. La bonne question est-elle "Pourquoi ?", "Comment ?", ou "Combien ?".

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2 commentaires

Vos commentaires

  • 13 octobre à 09:19 | citoyendumonde (#4292)

    Étant donné la corruption qui règne dans notre pays, l’extradition de ce personnage vers Madagascar ne devrait pas être imaginable. Mais jusqu’à aujourd’hui, il n’y a pas encore de procès contre lui, pour combien de temps la justice mauricienne peut encore le garder en prison ?
    On sait très bien que Ravatomanga avait de bonnes relations avec l’ancien premier ministre de l’île Maurice et qu’un changement de majorité au parlement risquerait d’avoir une influence néfaste sur cette affaire. Wait and see

    Répondre

  • 13 octobre à 09:44 | Vohitra (#7654)

    "Le système judiciaire Malagasy a été muet et aveugle... Pourquoi et comment ?"

    La réponse est évidente et sans détour : la complaisance, la cupidité, la complicité monayée...

    Mais pas que le système judiciaire...mais aussi et SURTOUT le système sécuritaire.

    Rappelons-nous d’un fait dans le passé :

    Quand le régime au pouvoir était constitué par le HVM avec ses habitudes légendaires de distribution de mallettes, le régime avait bien voulu se débarrasser et mettre à l’ombre notre Al Capone tropical, la force sécuritaire avait agi autrement : c’était son puissant conseiller occulte et amie intime personnelle du couple présidentiel qui avait été cueillie et mise au cachot par les bidasses à la sortie d’une compétition sportive, en plein jour au vu et au su de tous sans que Al Capone soit inquiété de quelle manière que ce soit...

    Et n’oublions pas que le candidat de substitution choisi par le français Calife lors de l’élection présidentielle marquant la fin de transition 2009-2013 n’est autre que...le commissaire aux comptes d’Al Capone. Et devenu président par la suite.

    Rappelons-nous aussi de l’introduction d’armes de guerre au pays au mois de septembre 2018 en pleine campagne électorale pour la présidentielle afin d’influencer et d’agir au cas où le français Calife ne serait pas le vainqueur programmé...

    Mais pour la partie Mauricienne, le refus par la justice d’une liberté conditionnelle ou sous caution, c’est justifiée par la pression politique qui risquerait de surgir étant donné que les noms d’au moins deux anciens Premier ministre de l’île sœur avaient été évoqués lors de l’arrivée impromptue et en catastrophe du puissant homme "des affaires" dans le pays au mois d’octobre...

    Pour dire que Al Capone gêne beaucoup de gens, ici ou ailleurs, des révélations faites par l’homme risque de faire vaciller des gens de pouvoir, ici ou ailleurs dans l’océan indien...

    Retenu en prison, il ne se hasardera pas à parler de ses relations d’autrefois et des bénéficiaires de ses largesses d’antan... Le milieu bancaire Mauricien et Malagasy risquent aussi d’entrer dans une zone de turbulence difficile à traverser...

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