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samedi 22 août 2026
Antananarivo | 10h13
 

Editorial

FOLISOPHIE DU ÇA ME DIT

Les retourneurs de palitao

samedi 22 août | Andy M. |  179 visites 

Numéro 3 de la série hebdomadaire dans laquelle notre folisophe aborde des sujets de société qui peuvent effleurer la politique, et vice-versa. Mais toujours sans prise de tête, car de toutes façons, c’est le week-end !

Bienvenue, ami du samedi.

Notre cabinet ausculte aujourd’hui un patient increvable, contagieux depuis des siècles, et qui refuse obstinément toute guérison : le mpamadika palitao. [1]

Madagascar est une terre connue pour sa tradition du famadihana, le retournement des morts.

Mais dans notre pays, on ne retourne pas seulement les morts. On y retourne aussi les vestes.

Les politiciens et les courtisans s’affichent sans scrupules comme sakaizan’ny mpandresy. Littéralement, les potes du vainqueur. Savoir changer d’écurie au bon moment permet d’attirer la chance, ou éviter les problèmes.

Cela entretient la transhumance cyclique des troupeaux de caméléons, derrière le saint paravent du fitiavan-tanindrazana. Mpamadika palitao ou mpamadika [2] tout court.

À chaque changement au pouvoir, on assiste à un mercato. Mais contrairement au monde du football de haut niveau, le mercato politique ne concerne qu’un seul talent : celui de la conjugaison des verbes du deuxième groupe. Trahir, se dédire, travestir, pervertir, subvertir, désunir, avilir, salir. Sans oublier la rime avec mentir, verbe du troisième groupe.

Cela donne des parcours impressionnants pour certains sujets qui passent allègrement d’un parti à un autre, en fricotant sans aucun scrupule avec le maximum parmi les râteliers présents dans le paysage : Mfm, Arema, Mapar, Hvm, Tim, sans oublier Pisodia.

À leur suite, les bravo-merci-prezidàistes changent aussi de poulain sans vergogne. Hier, on solelakait Rakoto, aujourd’hui on solelaka Ranaivo. Demain on solelakera Rasoa. Dieu merci, il y a autant de jours dans le calendrier que de temps grammaticaux.

Mais à force de retourner les vestes, tout ce beau monde finira par retourner leur pantalon, leurs chaussettes et même leur caleçon.

Comme dit la fameuse formule, je te lèche ; je te lâche ; je te lynche. Le cycle est immuable. Que ce soit la langue de la lèche, les mains qui lâchent ou les actes qui lynchent : tout est au plus offrant. Politika no atao  [3] : on laissera l’éthique aux manuels de philosophie, aux thèses de science politique, aux communiqués de la société civile, aux prédications du FFKM, et bien entendu aux kabary et velirano des politicards. Dans l’ordre décroissant en matière d’honorabilité.

Les épidémies de trahison sont cycliques. Celle des Iznogoud qui veulent devenir calife à la place du calife et des Dilat Larat qui les applaudissent.

On se souvient.

Des anciens membres du Front national de défense de la révolution qui ont allumé la crise de 1991 contre Ratsiraka. Des proches de Ravalomanana qui ont soutenu le coup d’État de 2009. Des artisans du coup d’État de 2009 qui sont ensuite devenus membres du parti de Ravalomanana. Des anciens soutiens de Rajoelina qui se sont ligués pour le faire chuter en 2025. En attendant ceux qui vont un jour savonner la planche de Randrianirina.

Car les mêmes causes produisent les mêmes effets. Et à Madagascar, les causes s’appellent les mpamadika palitao. Les tsy misy hazon-damosina [4]. Les tsy mena-mivadika toa ny andro ririnina [5]. Les faucons, qui sont toujours à proximité des vrais.

On ne citera pas de noms. On les reconnaîtra. Ils se reconnaîtront. Ou pas.

Souvent, ce sont les mêmes qui naviguent d’un camp à l’autre, car cela leur garantit un statut : celui du glouton professionnel. En politique à Madagascar, c’est la faim qui justifie les moyens. Contrairement à la misère, le ridicule ne tue pas.

Ce n’est pas de ce cirque que l’on va attendre une vraie refondation, et encore moins la fin de la descente aux enfers. Ni en 2026. Ni en 2027. Ni en 2037.

On pourrait s’interroger sur le pourquoi et le comment de cette propension des politiciens malgaches à changer de camp comme des girouettes. Mais finalement, est-on sûr que les bonnes questions sont le pourquoi et le comment, ou bien le combien ?

Si nécessaire, l’éthique peut en effet se mettre au plus offrant, surtout à l’approche des élections présidentielles. Par expérience, les mpamadika palitao savent que les robinets vont s’ouvrir. C’est donc la course pour réserver sa place bien en dessous afin de recueillir les "indemnités" en échange de sa dignité. En politique, enveloppes et mallettes servent souvent de tapi-maso, et même de tapi-kenatra.

À Madagascar, peu restent fidèles à leur parti pendant les traversées du désert, une fois le pouvoir perdu. Quoi que l’on pense d’eux et de leurs partis politiques, la fidélité et la constance de gens comme Ange Andrianarisoa (AREMA), Julien Andriamorasata (TIM), Rivo Rakotovao (HVM), ou Sahondrarimalala Marie Michelle (TGV) méritent le respect.

Géographiquement, le Palais des députés à Tsimbazaza jouxte celui des académiciens et le zoo des lémuriens. On déplore que le flux des inspirations ne suive pas toujours le sens idéal.

La nouvelle de la semaine : plus de 80 députés de l’IRMAR ont décidé de créer un nouveau regroupement appelé VFM (Vovonan’ny Fihavaozan’i Madagasikara). Ils y transforment le fanatisme de leur soutien d’autrefois à Andry Rajoelina en enthousiasme pour la refondation de Randrianirina. Il n’y a pourtant pas si longtemps, ces "élites" de la politique étudiaient les moyens de changer la Constitution pour permettre à l’ancien DJ de nous faire danser sur l’air du troisième mandat.

De quelle capacité à contribuer à une refondation cette nouvelle espèce de caméléon encore inconnue du National Geographic espère-t-elle nous convaincre ?

Sans doute ces anciens députés du clan orange ont décidé que l’herbe serait plus verte ailleurs. Du côté d’Ambohidahy, on ferme les yeux : la seule couleur digne d’intérêt est le rose des flamants.

Consultation terminée. Ordonnance délivrée gratuitement car sans illusion sur les maladies incurables.

Ainsi parle le folisophe du ça me dit. Qui vous dit à samedi prochain.

Notes

[1Littéralement, celui qui retourne sa veste.

[2Traitre

[3C’est de politique dont il s’agit.

[4Sans colonne vertébrale.

[5Changeant comme une météo d’hiver.

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