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mercredi 26 août 2026
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Madagascar sur les traces de la Centrafrique

mercredi 26 août |  178 visites  | 3 commentaires 

La Grande Île accélère son rapprochement avec Moscou. Coopération militaire, intérêts miniers, assistance électorale. La stratégie déployée par la Russie à Madagascar rappelle, à bien des égards, celle mise en œuvre en République centrafricaine. Ce choix fait peser le risque d’une dépendance croissante à l’égard du Kremlin et d’une captation des ressources stratégiques du pays, au moment où la transition est censée préparer un retour à l’ordre constitutionnel.

C’est devenu un classique en Afrique. Chaque fois qu’un putschiste accède à la tête de l’État, il s’empresse de revisiter les alliances traditionnelles de son pays et d’engager celui-ci dans des voies hasardeuses, alors même qu’il n’a reçu aucun mandat du peuple. C’est exactement ce qui s’est produit au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Et c’est ce qui est en train de se dérouler à Madagascar, où le tropisme russe du colonel Michaël Randrianirina engage l’île sur les mêmes chemins que la République centrafricaine.

Rappelons que quelques mois seulement après son coup d’État d’octobre 2025, le chef de la junte malgache s’est précipité à Moscou. Le 19 février 2026, Vladimir Poutine lui a tracé une liste de secteurs d’intérêt pour la Russie : agriculture, géologie, exploitation minière, santé et formation. De tous ces domaines, un seul intéresse véritablement le Kremlin, celui de l’exploitation minière. Très vite, on a vu débarquer sur la Grande ile, les instructeurs russes d’Africa Corps. Ils se sont installés dans le camp du bataillon parachutiste d’Ivato, officiellement pour former l’armée malgache.

Cette offensive de la Russie à Madagascar trouve également un relais au sein des institutions politiques. À cet égard, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, est l’une des figures les plus engagées dans le renforcement des relations entre Antananarivo et Moscou. Depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition, il a multiplié les échanges avec les représentants russes, plaidant pour un approfondissement de la coopération parlementaire, économique et stratégique. Plusieurs observateurs le décrivent comme l’un des principaux artisans du rapprochement entre les deux pays.

Son rôle dépasse le seul registre institutionnel. Dans un contexte où la Russie cherche à consolider son influence dans l’océan Indien, le président de l’Assemblée nationale contribue à donner une traduction politique à ce rapprochement, en soutenant l’élargissement des partenariats dans les secteurs jugés prioritaires par Moscou, notamment les mines, l’énergie et les infrastructures. Pour les analystes, cette convergence entre les plus hautes autorités de l’État et les intérêts russes conforte la stratégie d’implantation du Kremlin à Madagascar, où l’influence militaire, économique et diplomatique progresse de manière parallèle.

Gardes prétoriennes

C’est exactement de cette manière que les Russes de Wagner étaient arrivés en Centrafrique. Sous prétexte de livrer des armes pour lutter contre les groupes armés et d’assurer la formation des soldats centrafricains, ils se sont durablement implantés dans le pays. Comme en Centrafrique, l’arrivée des Russes à Madagascar a été suivie d’une violente campagne anti-française. De la formation de l’armée, les Russes se transforment progressivement en gardes prétoriennes du pouvoir malgache. Exactement comme les mercenaires de Wagner sont devenus les anges gardiens de Faustin-Archange Touadéra.

On se souvient que la plus importante mine d’or de Centrafrique, celle de Ndassima, a été confié par les autorités centrafricaines au groupe Wagner, qui l’exploite sans s’acquitter des taxes dues à l’État. Les Russes ne s’intéressent généralement qu’aux ressources extractives. À Madagascar, ils mettront la main sur les richesses minières de l’île au détriment de ses finances publiques.

Les associations malgaches ont raison de contester la proposition de Moscou d’apporter un « soutien technique » à l’organisation du scrutin prévu en 2027, censé mettre un terme à la transition. Car cela ouvrirait la voie à une ingérence russe dans les affaires malgaches et à la manipulation des résultats. Exactement comme cela s’est passé en Centrafrique, où les Russes ont clairement imposé à Faustin Archange Touadéra de faire un troisième mandat à la tête de l’État afin de continuer de piller les ressources du pays.

État affaibli et peuple appauvri

Il est évident que la proposition de « soutien technique » russe au processus électoral est manœuvre destinée à maintenir l’actuel chef de la junte à la tête de Madagascar. Il faut être à peu près sûr que Michaël Randrianirina fera tout pour être candidat lors de ce scrutin et se maintenir au-delà du temps imparti à la transition. C’est la seule motivation qui le jette dans les bras de Moscou.

Car il craint que, le moment venu, les partenaires traditionnels de Madagascar lui demandent des comptes s’il ne respecte pas ses engagements. La Centrafrique montre déjà le résultat de ce type de pari, avec un État affaibli, un peuple appauvri et des ressources minière captées sans scrupule. Madagascar s’engage manifestement sur la même pente.

L’impact économique de cette orientation risque d’être particulièrement lourd pour une économie déjà fragile. Le secteur minier malgache représente environ 5 % du PIB et emploie plus de 60 000 personnes. En 2025, le nickel et le cobalt à eux seuls ont pesé 21,5 % de la valeur totale des exportations, générant plus de 2 425 milliards d’ariary pour un volume de 32 000 tonnes.

Ces métaux, aux côtés du graphite, de l’ilménite et des terres rares, constituent l’un des rares leviers de devises et de recettes fiscales du pays. Or, l’arrivée d’acteurs russes, dont le modèle économique en Afrique repose largement sur l’opacité des contrats et la capture de la rente extractive, menace directement ce fragile équilibre.

En Centrafrique, le précédent est clair. La mine de Ndassima, contrôlée par des sociétés liées à Wagner a produit des quantités d’or estimées à plusieurs tonnes par an, pour une valeur pouvant atteindre plusieurs centaines de millions de dollars sur le marché international. Pourtant, l’État centrafricain n’a perçu qu’une fraction dérisoire des redevances dues. Des rapports indépendants évoquent des pertes annuelles de plusieurs millions de dollars en impôts non versés, tandis que l’or est exporté hors de tout contrôle effectif. Les profits servent à financer les opérations militaires russes plutôt qu’à alimenter le budget national. Le résultat est connu : un État captif, des recettes publiques anémiées et une population qui continue de vivre dans l’extrême pauvreté malgré la richesse souterraine.

Dépendance accrue à un partenaire peu fiable

Madagascar n’est pas à l’abri du même scénario. La levée progressive du moratoire sur les permis miniers, combinée à l’empressement de la junte à ouvrir le secteur aux intérêts russes, crée un terrain favorable à des accords peu transparents. Si des concessions stratégiques – or, graphite, terres rares ou extensions de projets existants – venaient à être accordées dans des conditions similaires à celles de Ndassima, les pertes fiscales pourraient rapidement se chiffrer en dizaines, voire en centaines de millions de dollars sur plusieurs années.

Ces manques à gagner interviendraient au moment où le pays a le plus besoin de ressources pour financer la reconstruction des infrastructures, la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté énergétique, causes premières des protestations de 2025.

Au-delà des recettes perdues, le modèle russe pèse sur la qualité de la croissance. Madagascar dispose d’un potentiel de transformation locale encore largement inexploité. Des études récentes de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED) soulignent que le pays pourrait générer près de 1,1 milliard de dollars d’exportations supplémentaires et créer près de 20 000 emplois en développant la transformation des minerais, l’agroalimentaire et d’autres filières.

Cependant, l’expérience centrafricaine et sahélienne montre que les partenaires russes privilégient l’extraction brute et l’exportation rapide, sans investissement significatif dans la valeur ajoutée locale ni dans les chaînes d’approvisionnement domestiques. Le risque est donc double : non seulement l’État perd des revenus, mais le tissu économique local reste confiné dans un rôle de simple pourvoyeur de matières premières.

Les signaux d’alerte se multiplient déjà. Les discussions autour d’un éventuel hub pétrolier russe et de la nationalisation des importations de carburant soulèvent des inquiétudes quant à l’exposition du pays à des produits sous sanctions internationales. Une telle orientation pourrait freiner les investissements occidentaux et asiatiques dans les mines et les infrastructures, tout en compliquant l’accès aux financements concessionnels des institutions multilatérales. À moyen terme, l’économie malgache risquerait de se trouver enfermée dans une dépendance accrue à un partenaire dont le principal intérêt est extractif, au détriment d’une diversification pourtant indispensable pour absorber les 300 000 jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

En choisissant de s’adosser à Moscou pour garantir sa survie politique, le colonel Randrianirina expose Madagascar à une capture progressive de sa rente minière. L’exemple centrafricain démontre que ce choix n’apporte ni stabilité durable ni développement inclusif. Il appauvrit l’État, privant les populations des bénéfices de leurs propres ressources. Pour une île dont le PIB par habitant stagne autour de 600 dollars, les conséquences d’un tel détournement pourraient s’avérer dramatiques.

Adrien Poussou
Ancien ministre centrafricain de la Communication et expert en géopolitique

3 commentaires

Vos commentaires

  • 26 août à 09:40 | Lesvisseamiltonne (#11901)

    C’est JIPO qui doit jouir. Mais les faits sont là et ils sont tétus.

    Répondre

    • 26 août à 09:42 | Lesvisseamiltonne (#11901) répond à Lesvisseamiltonne

      Par ailleurs excellent article. Des vérités criantes. On voit bien aujourd’hui les résultats dans tous ces états africains qui se sont rapprochés des "amis" russes. Etats africains putchistes bien sur.

    • 26 août à 10:41 | kartell (#8302) répond à Lesvisseamiltonne

      « La véritable souveraineté supposerait que Madagascar puisse dire non à Paris comme à Moscou, disposer de forces armées nationales efficaces, d’institutions légitimes, d’une justice fonctionnelle, d’une économie diversifiée et d’une capacité à négocier avec plusieurs puissances sans remettre leur sécurité entre les mains d’une seule.
      Le constat le plus affligeant, finalement, n’est donc peut-être pas que la Russie cherche à profiter de la fragilité africaine — les grandes puissances le font depuis toujours. C’est que la fragilité politique, militaire et institutionnelle de certains États est devenue suffisamment profonde pour qu’une puissance extérieure puisse acheter de l’influence relativement bon marché, parfois avec quelques centaines de combattants, des armes, des campagnes de désinformation et des accords miniers.
      Madagascar montre en outre que ce modèle n’est plus limité au Sahel : Moscou semble chercher des positions politiques et stratégiques dans des pays où il n’existe même pas le prétexte sécuritaire du djihadisme. C’est ce qui rend l’évolution particulièrement préoccupante. »
      https://www.criticalthreats.org

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