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Tribune libre

Lu ailleurs

Réflexions citoyennes

vendredi 15 avril 2011

Miarahaba, tompokolahy.
Manaja, tompokovavy.
BEzoro isika mianakavy.

Parlons un peu de développement. Nous avons 3 Pôles intégrés de croissance - PIC - à Madagascar. Mises en place par le régime précédent [1], ces unités de référence sont censées faire office de pilote pour le développement, pour ainsi dire de champ d’application ou autrement dit de laboratoire et de vitrine.

Le coup d’État de 2009 ayant provoqué la tiédeur de la Banque Mondiale en matière de déblocage de financements, les artisans du PIC ont, malgré ce handicap de taille, poursuivi leur mission en consacrant leurs efforts aux « opérations » d’ordre humanitaire.

Pour le cas de Taolagnaro, leur intervention permet à la valeur humaine de sauvegarder son sens. Ce, même au plus fort de la crise. Juste à titre d’exemple parmi tant d’autres, ils s’occupent des voies de desserte comme celle de Ranomafana. Résultat obtenu : approvisionnement régulier de Taolagnaro en denrées alimentaires de base. Bonne anticipation de leur part ! La pire des crises est alimentaire, n’est-ce pas ?

Faire un état des lieux des PIC doit s’avérer fort intéressant. Surtout actuellement. Contentons-nous pour l’instant d’un petit survol.

Antsirabe, notre ville de résidence, dispose en plus de tous ses atouts régionaux en termes de moyens et de ressources, du gros avantage de ressembler à un carrefour. Mieux encore : c’est les loges pour ceux qui vont soit à l’Ouest, soit au Sud. C’est les coulisses pour ceux qui veulent joindre Antananarivo avant de poursuivre vers le Nord.

Nosy-Be, vedette de notre devanture touristique, bénéficie aujourd’hui d’un accès hautement facilité. De la capitale, on parvient en voiture à Ambanja rien qu’en une bonne mais grosse journée. Il suffit d’attraper, par la suite, les horaires des traversées pour Nosy-Be. Celles de la matinée, de préférence. La mer est plus clémente, quelques fois même presque douce, pour ceux qui appréhendent les voyages maritimes.

Taolagnaro, aujourd’hui, nous semble la moins lotie. Parlons des coûts de la vie, dont ceux qui touchent autant le panier de la ménagère que le portefeuille du bon père de famille. Les meilleurs rapports sont ceux d’Antsirabe. Nosy-Be est pratiquement invivable sauf pour les gens du crû. On y raisonne euro, à défaut dollar. Mais à Taolagnaro, c’est encore pire.

Et comme on s’y retrouve, par-dessus le marché, pratiquement enclavé avec une pluviométrie fort élevée… La RN 13 est devenue, par certains endroits, aussi cassante que les pires pistes. Ambovombe est désormais à plus de 4 heures de Taolagnaro, vous imaginez ? N’évoquons même plus les points critiques jusqu’à Ihosy.

Aussi, s’échappe-t-on mal de Taolagnaro si on veut trouver mieux ailleurs ! Et décider d’y demeurer sans « être QMM », selon les dires d’un intellectuel engagé du coin, c’est du vrai patriotisme.

La caricature est vite dressée, et le décor planté !

Recto : employés à l’extraction d’ilménite et bénéficiaires d’emploi indirect.

Verso, zanatany - enfants du terroir – qui incluent grosso modo tous ceux qui y ont toujours habité, avant que le géant QMM ne se soit activé. Tous ceux qui voient leur style de vie bouleversé, se rangent naturellement dans cette catégorie-ci.

Donc, le rôle du PIC s’avère ici crucial : articuler 2 vitesses différentes d’ascension vers le mieux-vivre. Réduire absolument leur éventuelle antinomie en agissant incessamment sur les disparités culturelles, sociales et économiques. Il apparaît clairement que le « standard QMM » sert à étalonner la réussite pour la conscience collective. Que le désir enfoui soit exprimé, rejeté ou refoulé.

Parmi les dispositions prises par le PIC dans ce sens, figure l’intervention du CFHimo [2] pour réaliser, dans la délimitation de la commune urbaine, le pavage de 4 km de rues. Et comme les voies de circulation y sont dans un état lamentable, …

Le CFHimo, spécialiste de l’application du système HIMO structuré [3], transfère ses capacités en la matière, de la conception à la réalisation des travaux. Offrir de l’emploi pour la main d’oeuvre non-qualifiée, donc les couches vulnérables. Renforcer la compétence des micro, petites et moyennes entreprises locales. En somme, rehausser les performances de ceux qui ont besoin d’atteindre le seuil minimal requis aujourd’hui par les offres sur le marché du travail.

Premier résultat attendu : soutien aux démunis grâce à une activité rémunératrice pour le commun de la population. Soulager les gens des difficultés du quotidien tout en leur indiquant comment faire pour travailler de plus en plus décemment.

Il ne faut nullement, en effet, perdre de vue que le genre de financements attribué à ce genre d’opération est remboursable, d’une manière ou d’une autre. Contracter pour contracter, autant que ces dettes que chaque malgache a et aura à rembourser, bénéficient réellement à la population. Pour cette fois-ci, nous témoignons que c’est effectivement le cas.

Au moins, une évidence majeure surgit-elle au bout de ce survol. Pour nous développer, il nous faut nous ouvrir au monde contemporain et nous épanouir en même temps. On pourrait énumérer, à ce propos, mille recommandations.

Nous nous limiterons, pour aujourd’hui, à une seule.

Pour faire correctement du développement, il faut anticiper et accompagner. Comment ? En se préoccupant en priorité de l’homme, mieux encore : du maha-olona.

N’est-ce pas le rôle des philosophes, sociologues, ethnologues et autres anthropologues ? Du moins ceux qui agissent effectivement dans le cadre de l’inter-culturalité, la médiation culturelle, voire même de l’ingénierie culturelle.

Dès que les ingénieurs culturels seront aussi considérés que les ingénieurs techniques, Madagasikara rejoindra les pays émergents.

En tout cas, merci à tous les artisans actifs de notre développement national. Nous en avons beaucoup vu, toutes spécialités confondues, à l’oeuvre à Taolagnaro. Ces citoyens engagés dans l’action font vraiment de leur mieux. Malgré tout.

Mankasitraka indrindra,

VAHÖMBEY (FAnambinana MAdagasikara)

Antsirabe 13 avril 2011 à 20.30

Notes

[1Voir DSRP et MAP.

[2Centre de Formation en Haute Intensité de Main d’Oeuvre. Etablie à Antsirabe, cette structure, unique au sein de l’espace francophone en Afrique, offre des formations complètes ou à la carte en :

  • Technique de construction routière et bâtiment
  • Gestion et entretien des infrastructures
  • Logiciels de calcul et de dessin
  • Logiciels de gestion de chantier (GETHIMO)

[3Système HIMO structuré à différencier absolument de Vivres Contre Travail (VCT).

Le système HIMO structuré, nettement pragmatique dans son approche du monde de l’Emploi et au vu des résultats obtenus, est reconnu comme étant un modèle du genre.

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