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Maison de force de Tsiafahy : l’affaire du colonel Patrick ravive la polémique sur les droits des détenus

mardi 8 septembre | Mandimbisoa R. |  88 visites 

Derrière les hauts murs de Tsiafahy, que se passe-t-il réellement ? Les inquiétudes entourant l’état de santé du colonel Patrick Rakotomamonjy remettent la maison de force au centre d’une vieille polémique : celle des conditions de détention et du respect des droits fondamentaux dans les prisons malgaches.

Médecin militaire incarcéré depuis le 16 avril 2026, Patrick Rakotomamonjy est poursuivi dans une affaire de tentative d’assassinat visant le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, et de projet de coup d’État. Onze autres personnes avaient également été placées en détention dans ce dossier.

Mais depuis plusieurs jours, le débat s’est déplacé sur le terrain carcéral. Son épouse, le docteur Minohasina, affirme ne plus être autorisée à lui rendre visite depuis le 23 août. Elle évoque des douleurs au dos et à la poitrine ainsi que des difficultés respiratoires et réclame son transfert à l’hôpital militaire de Soavinandriana.

Dans une nouvelle vidéo, elle affirme qu’après sa première prise de parole, son mari aurait subi un nouvel épisode de maltraitance : de l’eau chaude lui aurait été jetée dans la cour de la prison, le laissant, selon elle, dans l’incapacité de marcher.

L’épouse du colonel évoque également le décès d’un militaire dans l’établissement il y a environ un mois. Les circonstances de cette mort restent inconnues.

Au moment où nous publions cet article, ni le ministère de la Justice, ni la maison de force de Tsiafahy n’ont pas apporté des explications ou démentis concernant ces allégations.

Tsiafahy, « l’enfer » déjà décrit par Amnesty

Ces accusations prennent une résonance particulière lorsqu’on remonte quelques années en arrière. Tsiafahy avait déjà été sévèrement épinglée par Amnesty International.

Le 12 février 2018, l’organisation publiait une déclaration au titre saisissant : « Surpopulation à la prison de Tsiafahy : prévenus et condamnés vivent “en enfer” ».

Le constat dressé était accablant. En octobre 2017, 988 hommes s’entassent dans une prison prévue pour 350 personnes. Certaines cellules conçues pour environ 70 détenus en accueillent plus de 200. Manque d’espace, ventilation insuffisante, couchages précaires : Amnesty avait qualifié ces conditions de « totalement inacceptables », estimant qu’elles pouvaient constituer des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

Et Tsiafahy n’était que la partie visible d’un problème beaucoup plus vaste. Après des recherches dans neuf prisons malgaches, Amnesty décrivait la même année des cellules surpeuplées et insalubres, une alimentation et des soins insuffisants ainsi que de graves problèmes sanitaires. En 2017, 129 personnes sont mortes dans les prisons de Madagascar, dont 52 détenus en attente de jugement, selon l’organisation.

Houcine Arfa, un précédent qui avait fait grand bruit

À cette même époque, un nom avait déjà braqué les projecteurs sur Tsiafahy : Houcine Arfa. Cet ancien conseiller en sécurité du président Hery Rajaonarimampianina, Français d’origine tunisienne, y avait été incarcéré en 2017 avant de s’évader à la faveur d’une sortie pour soins médicaux, puis de rejoindre Mayotte et la France.

Une fois en France, il avait raconté avoir subi à Tsiafahy des violences, des passages à tabac et des traitements qu’il qualifiait d’inhumains. Il disait également avoir craint pour sa vie. Les autorités malgaches avaient contesté ses accusations, mais l’affaire avait contribué à jeter une lumière crue sur cette prison de haute sécurité.

Huit ans plus tard, les mêmes inquiétudes

Le temps a passé, mais Tsiafahy continue de faire parler d’elle. En juin 2026, Amnesty International s’est de nouveau inquiétée des conditions de détention dans cet établissement, cette fois dans le dossier de l’ancien sénateur et candidat à la présidentielle Sylvain Rabetsaroana. L’organisation faisait état de sa détention provisoire dans des conditions de surpopulation et exprimait ses préoccupations face à la dégradation de son état de santé.

L’affaire Patrick Rakotomamonjy arrive donc sur un terrain déjà lourd de précédents. Elle remet surtout sur la table un problème qui ne s’arrête pas aux portes de Tsiafahy : la surpopulation carcérale à Madagascar, la détention provisoire, mais aussi l’accès aux soins, l’hygiène, l’alimentation et la dignité des prisonniers. Son épouse interpelle d’ailleurs les juristes et leur demande de déterminer si les conditions de détention de son mari respectent la loi et les droits humains.

Les accusations de mauvais traitements qu’elle formule restent à vérifier. Mais le passé de Tsiafahy, lui, est documenté. De Houcine Arfa aux rapports d’Amnesty, jusqu’aux nouvelles alertes de 2026, une même question revient, lancinante : près d’une décennie après les premières dénonciations, qu’est-ce qui a réellement changé derrière les murs de Tsiafahy et des prisons malgaches ?

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